Cloé MEHDI : Rien ne se perd

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France

D’une plume acérée, vivante et poignante, Cloé Mehdi nous conte l’histoire terrible d’une famille qui se consume à petit feu

INFOS ÉDITEUR

Rien ne se perd - cloe mehdi

Parution aux éditions Jigal en mai 2016

Parution aux éditions J’ai Lu en septembre 2017

Prix Mystère de la Critique (2017)

Une petite ville semblable à tant d’autres… Et puis un jour, la bavure… Un contrôle d’identité qui dégénère… Il s’appelait Saïd. Il avait quinze ans. Et il est mort… Moi, Mattia, onze ans, je ne l’ai pas connu, mais après, j’ai vu la haine, la tristesse et la folie ronger ma famille jusqu’à la dislocation… Plus tard, alors que d’étranges individus qui ressemblent à des flics rôdent autour de moi, j’ai reconnu son visage tagué sur les murs du quartier. Des tags à la peinture rouge, accompagnés de mots réclamant justice ! C’est à ce moment-là que pour faire exploser le silence, les gens du quartier vont s’en mêler, les mères, les sœurs, les amis… Alors moi, Mattia, onze ans, je ramasse les pièces du puzzle, j’essaie de comprendre et je vois que même mort, le passé n’est jamais vraiment enterré ! Et personne n’a dit que c’était juste…

(Source : Jigal – Pages : 272 – ISBN : 9791092016703 – Prix : 18,50 €)

L’AVIS DE JEAN-MARC VOLANT

Cloé Mehdi signe un roman noir d’une grande sensibilité. Sur cette histoire de vengeance suite à la mort injuste d’un adolescent de quinze ans, suite à un contrôle policier qui a dégénéré, l’auteure a concocté une histoire forte en émotions, mais sans pathos. A travers des personnages fort attachants et auxquels il  n’est pas difficile de s’accrocher, tant leur trajet pourrait ressembler à n’importe quel citoyen lambda, on lit un récit fort poignant et dur. Un roman qui malgré la présence de la police dans les pages de celui ci, ne ressemble pas vraiment à un polar pur et dur, mais davantage à un roman social avec cette histoire qui nous plonge dans une atmosphère d’une grande noirceur.

A travers le regard du petit Mattia, onze ans, qui subit chaque jour, la détresse des siens (frères, mère, soeur, conjoint(e) ) suite au décès du jeune garçon. Un décès qui a traumatisé une famille et une communauté toute entière devant ce qu’ils considèrent comme une injustice. Et devant cette injustice, Mattia veut réagir à sa manière… et il n’est pas le seul.

On pourrait certes trouver le sujet un peu convenu, un sujet déjà traité et que j’ai rencontré dans diverses lectures (et pas nécessairement dans le registre du roman noir ou polar) mais l’écriture et le ton employé par Cloé Mehdi permet, en tant que lecteur, d’approcher une réalité qui nous est trop proche malheureusement. Combien d’affaires comme celle ci ont-elles déjà eu lieu ? Loin de moi l’idée d’ouvrir le débat sur ce délicat sujet (les violences policières envers les gens de couleurs) mais lire ce livre permet de se faire un avis personnel sur de telles histoires qui ont été vécues dans notre pays et ailleurs dans le monde… Sans dénoncer, sans vouloir stigmatiser, Cloé Mehdi met juste le doigt sur une réalité moins perceptible : la détresse et le vécu de l’après pour ces familles, frappées injustement par la douleur d’avoir perdu un des siens, suite à un contrôle policier qui a mal tourné. Comment vivre (survivre ?) après un tel drame ? Comment trouver sa place au sein du pays qui vous a « volé » votre enfant, ou un membre de votre famille ou proches ? Comment réagir et comment savoir pardonner après cela ?

D’une plume acérée, vivante et poignante, l’auteure remet les pendules à l’heure et nous conte l’histoire terrible d’une famille qui se consume à petit feu, dans la douleur, la détresse, l’abandon… Une fiction ce roman ? Non pas du tout. Ce roman est malheureusement trop réel pour ne pas réagir et rester indifférent.

Un roman à découvrir et à lire pour ne pas oublier ce qui pourrait arriver à n’importe qui.


L’AVIS DE STANISLAS PETROSKY

Il est des romans qui ramassent des prix et on se demande bien pourquoi ?

Quand on les lit, on ne comprend pas pourquoi cet engouement des jurés…

Puis il y a des romans comme celui-ci où dès les premières lignes on sait que l’on est dans un livre qui vous marquera. On voit à quel point l’auteur a mis la barre haute. Alors viennent en vous des noms tel Thierry Jonquet par exemple…

Car Cloé a commis un sublime roman noir.

Un livre que j’aurai aimé éditer, mieux encore, que j’aurai aimé savoir écrire…

Une véritable révélation que la plume de Cloé Mehdi.

Les personnages sont travaillés, ciselés et tellement torturés.

L’histoire d’un fait divers. Un gosse de cité tué par des flics.

Bavure ? Légitime défense ?

La justice a tranché, le policier qui a porté les coups mortels est acquitté. Bien sûr il y a eu des émeutes, des appels au calme, puis la vie a repris le dessus. Chacun est retourné à son destin. Doucement la plupart des gens ont oublié Saïd… Enfin pas tous. Non car quinze ans après des tags fleurissent dans toute la ville. Des inscriptions à la peinture rouge demandant justice.

Et c’est par les yeux d’un gosse de onze ans, Mattia, que l’on va découvrir la clé de cette histoire. Un gamin qui ne démarre pas avec toutes chances de son côté.

Jamais Cloé ne va sombrer dans la caricature, dans l’extrême. Toujours elle va écrire sur le fil du rasoir. Elle va rester sur cet équilibre qui donne ce livre sublime.

Une grande rencontre d’abimés de la vie, des boiteux du sentiments, oubliés ou lésés par la société qui tentent de comprendre, de vivre, voire de survivre.

Un vrai roman noir, magnifique et froid…

 

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