Christophe SÉMONT : Les enfants de Chango

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France
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  • Éditions Critic le 7 septembre 2017
  • Pages : 320
  • ISBN : 9782375790106
  • Prix : 18,00 €

PRÉSENTATION ÉDITEUR

 » Des rumeurs circulaient sur une vieille femme murmurant à l’oreille des dirigeants du pays, une conseillère occulte aussi influente que redoutée, une santera aux pouvoirs terribles, dont les adeptes se compteraient par milliers.  » Cuba. Amalia gagne sa vie en collectant des canettes d’aluminium qu’elle revend ensuite à des coopératives de recyclage. Un éreintant travail de fourmi. Ce soir, sa fille aura quatre ans et Amalia compte bien lui offrir un beau gâteau. Malheureusement, la fête prévue n’aura pas lieu… Franck Carnac est un tueur à gages désabusé. Lorsqu’il est envoyé à Cuba pour s’occuper d’une cible, il décide que cela sera son dernier contrat. Mais ce qu’il devra affronter là-bas se révélera bien plus terrible que ses propres démons.

L’AVIS DE CATHIE L.

Les enfants de Chango a été publié en septembre 2017 par les éditions Critic, basées à Rennes, en partenariat avec la région Bretagne et la ville de Rennes. Le style est acerbe, précis comme un scalpel, témoignant d’un sens du détail quasi chirurgical :

« Un feu de signalisation le tira brusquement de ses rêveries. Il freina pour laisser passer une vieille femme juchée sur un vélo avant de s’engager sur l’Avenida Las Americas. Il repéra l’Avenida Mariana Grajales sur sa droite en enclencha son clignotant. Encore quelques centaines de mètres et il rejoindrait Quibari. » (Page 104)…

« L’embarcadère. Quelques planches clouées sur des poteaux en bois répercutaient dans la nuit le clapotis des vagues. Des cordes de chanvre imbibées d’eau de mer retombaient à intervalles réguliers au-dessus de pneus usagés destinés à amortir le choc de l’accostage. Au bout de la jetée, une échelle de rouillée aidait au transit des passagers se risquant jusqu’ici. » (Page 148).

Construction : le récit est constitué de chapitres courts, chacun selon un point de vue différent. La mise en place de l’action est lente; la tension monte peu à peu ; on sent qu’un drame va se jouer, mais on ne sait ni où, ni quand, ni comment, entretenant ainsi un suspense insidieux. Ce n’est qu’à la page 98 que les choses se précisent avec le kidnapping de la fille d’Amalia.

Thèmes: le roman aborde les sujets épineux des réfugiées cubains et de la politique américaine en lutte contre les communistes ; avec, au passage, une intéressante théorie concernant l’assassinat des frères Kennedy.

L’intrigue

Franck Canac, tueur à gages désabusé, se voit confier une mission : se rendre à Cuba pour y exécuter un certain Pierre Cuevas, Français installé dans l’île depuis de nombreuses années. Pourtant, Franck sent que quelque chose cloche : le salaire beaucoup plus élevé que ses missions habituelles ; le fait que son commanditaire connaissent sur lui des informations confidentielles.

La vie d’Amalia, jeune cubaine estropiée qui gagne sa vie en ramassant des canettes usagées qu’elle revend à des coopératives de recyclage, vire au cauchemar le jour où sa fille, Aylin, est kidnappée avec la complicité de son mari. Après le meurtre de ce dernier, elle parvient à s’enfuir de son appartement. Réussira-t-elle à retrouver sa fille saine et sauve ?

Sa mission accomplie, Franck met le feu à la bicoque. Contrairement à ses habitudes, il s’empare d’un carnet noir en cuir, se demandant ce qu’il peut bien contenir. Dès lors, tout va de travers, à commencer par son exfiltration qui ne se passe pas tout à fait comme prévu. Quel rapport entre ces deux histoires qui avancent en parallèle ?

Les lieux

Au fil de l’intrigue, Christophe Sémont dresse un portrait de Cuba aussi bien physique, avec les nombreuses indications de rues et d’endroits selon les déplacements des personnages :

« Onofre Vega logeait Calle Calvario, à deux pas du Parque Cespedes et du musée du Rhum. Un modeste pavillon dans une rue calme et ombragée. Malgré les façades de nombreux bâtiments en rénovation masquées par des échafaudages en bois, le quartier paraissait propre et bien entretenu. » (Page 160)

…que psychologique, ses profondes cicatrices révélant l’omniprésence d’un passé douloureux ainsi que les difficultés traversées par le pays :

« Cet appartement tombait en ruine. Le pays tout entier se décomposait lentement comme une charogne en plein soleil, et l’odeur qu’elle exhalait se dissimulait de plus en plus difficilement. » (Page 22)…

« Comme des milliers d’autres Cubains, Amalia depuis longtemps cessé de croire à un futur radieux à l’ombre rassurante du Lider Maximo. Son horizon se cantonnait à nourrir sa famille et conserver sa dignité. » (Page 25)

Contexte

Comme dans ses précédents romans, Les Enfants de Chango ancre son histoire fictive dans la grande Histoire, lui donnant ainsi une dimension particulièrement vivante faisant oublier au lecteur qu’après tout il ne s’agit que d’une histoire. L’auteur l’invite ainsi, sinon à s’identifier, tout au moins à s’immerger dans le récit, à vibrer et à souffrir avec les personnages. L’histoire de Cuba tisse la toile de fond du roman, dont elle constitue l’un des plans, comme au cinéma. De nombreuses allusions au régime castriste et au gouvernement de Battista sont intégrées à l’histoire des personnages fictifs, comme l’engagement communiste de la tante Rosa.

L’histoire des pays et du monde est toujours racontée du point de vue des gouvernants, des officiels, jamais de celui des hommes et des femmes dont les vies sont ravagées par des décisions et des attitudes que souvent ils ne comprennent pas, pris dans une tourmente qu’ils ne maîtrisent pas. Il en est ainsi pour le peuple cubain pour qui « la chute du bloc soviétique provoqua un réveil brutal (…) Avec l’effondrement de l’URSS, ce n’est pas seulement la majorité de ses marchés à l’exportation que Cuba voyait s’envoler, mais également ses principaux fournisseurs en combustibles, engrais et produits alimentaires. » (Page 60).

En conclusion

Les enfants de Chango n’est pas un simple thriller fondé sur une intrigue policière. Il est également le portrait d’un pays mis à genoux par la crise économique, ravagé par l’héritage d’un passé qui n’en finit pas de mourir, empoisonnant son peuple de ses relents fétides. A peine le livre ouvert que nous sommes happés par l’intensité des mots, des phrases. Nous nous laissons glisser dans le récit avec délice, séduits par les personnages et le dépaysement.

Le + : un voyage dans le temps qui nous mène sur les côtes de Cuba, dans ses quartiers populaires, où l’on partage la réalité quotidienne de ses habitants, tout en faisant connaissance avec leurs origines, leurs coutumes, découvrant tout un monde occulte et fascinant.

Nul besoin, après la lecture de ses deux précédents romans, Une Danse avec le Diable et Soleil Noir, de confirmer le réel talent de Christophe Sémont pour tisser des intrigues complexes, riches d’un héritage historique et socio-politique des contrées visitées, où le destin d’une nation est intimement à celui des personnages fictifs. La réalité fait corps avec la fiction dans une valse intime et tragique emportant le lecteur dans son tourbillon de mots assassins pour un règlement de compte sans pitié.

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