Barbara ABEL : L’innocence des bourreaux

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Belgique
Barbara ABEL - innocence des bourreaux
L'Innocence des bourreaux
  • Éditions Belfond en mai 2015
  • Editions Pocket en octobre 2016
  • Pages : 352
  • ISBN : 9782266265249
  • Prix : 6,95 €

PRÉSENTATION ÉDITEUR

Dans une supérette de quartier, quelques clients font leur course, un jour comme tant d’autres. Parmi eux une jeune maman qui a laissé sa fille de trois ans seule à la maison devant un dessin animé. Seulement quelques minutes le temps d’acheter ce qui manquait pour son repas.

Parmi eux, un couple adultère, parmi eux une vieille dame et son aide familiale, un caissier qui attend de savoir s’il va être papa, une mère en conflit avec son adolescent…

Des gens normaux, sans histoire, ou presque.

Et puis un junkie qui, à cause du manque, pousse la porte du magasin, armé et cagoulé pour récupérer quelques dizaines d’euros. Mais quand le braquage tourne mal et que, dans un mouvement de panique, les rôles s’inversent, la vie de ces hommes et femmes sans histoire bascule dans l’horreur.

Dès lors, entre victimes et bourreaux, la frontière est mince. Si mince…

L’AVIS DE GILLES GOUFFE

Barbara Abel nous prend en otage au milieu d’un braquage qui tourne mal. Vous serez pris au piège psychologique des événements.

Tous ces gens « biens sous tous rapports » ne font que passer et ne devraient pas se retrouver là, pour des raisons diverses. Chacun a une bonne raison de vouloir en finir rapidement, ce qui va faire monter le stress dans cette supérette. Un huis clos sous tension va alors naître, jusqu’à « l’accident ».  Révélateur qui fait du chasseur, le chassé, et qui va faire (re)naître des peurs, des angoisses, des psychoses.

Vous ne ferez plus jamais vos courses à la superette du coin avec la même vision des clients, des voisins qui vous entourent. Un thriller psychologique qui va remettre en cause beaucoup de vos certitudes sur les gens « biens », sans histoire…en apparence. Mais allez savoir, on s’inquiète peut-être pour rien.

Gilles GOUFFE – Libraire

L’AVIS DE JEAN-MARC VOLANT

Et si cela vous (nous) arrivait ?

c’est la question que l’on est amené à se poser lorsqu’on lit la 4e de couverture du nouveau roman de l’auteure belge, Barbara Abel (dont je connais déjà très bien l’écriture et ses sujets de prédilection) et c’est une question que l’on se pose plus ardemment à la fin de la lecture de ces 315 pages…

Un état d’esprit qui nous hante longtemps avec ce récit raconté avec l’écriture que l’on connait bien de l’auteure : un style court, incisif, brutal parfois, net et précis.

Barbara Abel va comme à son habitude au principal, au fond des choses, sans fioritures, mais sans pour autant oublier le principal : ses personnages et le rythme du récit.

Racontant avec brutalité le braquage par un junkie en manque de came, d’une supérette de quartier, puis sa prise d’otages avec le caissier et les quelques clients, la romancière belge nous interroge sur ce que nous ferions en de telles conditions dramatiques. C’est un récit qui nous percute davantage à la lecture, car il fait écho à la peur actuelle de la population suite aux attentats de janvier dans la capitale et on sait que l’on n’aimerait pas revivre de tels moments tragiques…

Dans cette peur devant l’inconcevable (être retenu en otage, le risque d’etre blessé ou tué…) l’auteure transforme le simple récit d’un braquage en une terrible fiction, très (trop) proche de la réalité.

Distillant avec efficacité le suspens et les quelques rebondissements (dont la romancière a le secret, j’avoue me laisser berner à chaque fois et me faire surprendre par ces moments de surprise) tout au long de son récit, Barbara Abel nous conte via les destins et la vie actuelle (ou passée c’est selon les personnages) de chaque otage du braqueur, ces otages qui voient leur vie basculer dans l’horreur, où moment où ils allaient accomplir l’acte le plus anodin de la vie journalière : faire quelques achats dans un magasin d’alimentation. Chaque personnage a son rôle à jouer, même ceux qui sont extérieurs au braquage (mais chut ne rien révéler !) et l’auteure belge fait ce qu’il faut pour que l’on s’attache à eux… Un drame surgit et là la vie bascule avec un terrible dilemme : que faire devant l’innommable ? que faire devant le sang versé ? que faire pour se protéger, soi même ou les siens ?

Délaissant momentanément son thème de prédilection (la famille, bien qu’elle en fait un peu mention toutefois à travers ses personnages mais de façon moins appuyée) Barbara Abel a donc écrit un roman qui vous prends aux tripes, vous fait mal au ventre, car ce qu’elle raconte, même sous la forme d’une fiction, résonne encore longtemps dans notre esprit : on n’est plus dans l’imaginaire, on est (presque) dans la vraie vie… Un fait divers banal et qui peut arriver à tout le monde.

Et là la question se pose à nouveau : que ferions nous si cela nous arrivait ?


L’AVIS DE PIERRE-MAC PANIGONI

Il y a parfois des romans plus difficiles à chroniquer que d’autres. Quand on adore, c’est assez simple de trouver les mots. Quand on n’aime pas, c’est également assez aisé de mettre le doigt sur ce qui a dérangé. Par contre, quand on ressort d’un roman avec un sentiment diffus, le challenge est là.

Vous l’aurez compris, et je préfère annoncer la couleur de suite, je suis donc mitigé sur ce roman.

En y réfléchissant bien, je me dis qu’avant de commencer j’ai peut-être fait une mauvaise projection de ce roman. En lisant la 4eme de couverture, je me suis dit « Génial, Barbara prend un super risque en nous proposant un huis clos ». Je parle de risque car il n’y a rien de plus piégeur que ce style. Il s’avère au final ça n’en est pas un. Forcement je suis déçu. C’est comme si je pensais manger une glace à la fraise et que finalement j’ai du chocolat. J’aime bien, certes, mais ce n’est pas ce que j’attendais.

Maintenant si je fais abstraction de cela, il y a encore un point essentiel c’est le faux rythme que j’ai ressenti. En effet, ce roman possède pour moi 3 parties : la présentation des acteurs, le braquage puis hors des murs.

L’entrée dans le roman est assez longue, car nous arrivons en pleine crise de manque d’un junkie, puis nous faisons connaissance assez longuement avec tous les autres personnages, et pour ne rien cacher, je me suis dit à chaque fin de chapitre « bon alors ça commence ? ». Quand ça commence enfin, ça dépote…

Le braquage qui se transforme en prise d’otage possède un rythme comme j’aime, c’est-à-dire assez rapide malgré les rouages psychologiques qui se mettent en place. Toute la partie de la supérette se déroule ainsi et c’est particulièrement réussi.

Par contre quand nous en sommes dans la partie hors des murs, le rythme perd un peu de sa dynamique même s’il se déroule énormément d’actions et de rebondissement. Dis comme cela mon ressenti peut paraitre paradoxal. Non ?

Vous avez l’impression qu’il n’y a que des choses qui ne m’ont pas convaincu ? non rappelez-vous je suis mitigé, donc il y a des éléments qui sont bons, comme la psychologie globale de ce roman.

Tout d’abord les personnages. Nous avons un panel assez réussi de la population : une vieille et son aide, une quadra et son ado, une jeune mère célibataire, un couple adultérin, un toxico et un jeune caissier célibataire qui remplace sa dulcinée.

Chacun des protagonistes est assez bien rendu, même si j’aurais préféré encore plus de profondeurs afin d’accentuer les ressorts psychologiques de l’intrigue.

Comme bien souvent, Barbara Abel construit son roman et ses intrigues sur les réactions de ces gens ordinaires à la base, mais qui deviennent des êtres qui ne le sont plus face aux situations qu’ils affrontent.

C’est là, sur ce point que le titre du roman est très intéressant car il renforce cette observation. L’innocence des bourreaux.

Les bourreaux sont innocents jusqu’au moment où les circonstances les obligent à devenir différents, soit en révélant leurs véritables natures, soit en mettant à jour un aspect de leur personnalité dont ils se seraient bien passés.

Sur ce point de vue c’est une réussite même si certaine situations donc réactions donc personnalité des personnages auraient mérité qu’on creuse un peu plus. En même temps je suis un tatillon dans l’âme donc ne vous en faites pas…ça doit être pour cela.

Je dois néanmoins vous avouer que j’ai un faible pour le personnage de Germaine, la petite vieille impotente et Léa, la mère célibataire qui a laissé seule son enfant de 3ans pendant qu’elle achetait rapidement des couches.

Pour finir, je dirais que si je ne m’étais pas fait prendre par la 4eme de couverture j’aurais sans doute un tout autre avis, mais il n’empêche néanmoins que j’ai passé un agréable moment de lecture et que c’est toujours un plaisir de retrouver la plume de Barbara Abel.

 

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