Antoine LEGER et G.D. NOGUÈS : Croix blanche sur fond blanc

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France
Antoine LEGER : Croix blanche sur fond blanc
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  • Éditions Cairn le 3 novembre 2017
  • Pages : 296
  • ISBN : 9782350683560
  • Prix : 10,00 €

PRÉSENTATION ÉDITEUR

« Coucou Jimmy, Peux-tu, pour me faire plaisir, mettre du blanc sur tes toiles ? J’aime bien le blanc. Bisous. Alfred » Jimmy Béquer sourit imperceptiblement. Voilà une demande inattendue provenant d’un jeune fan. C’est vrai qu’il n’y a jamais de blanc sur ses toiles. Le petit a vu juste. L’artiste toulousain qui a basé toute son oeuvre sur des monochromes aux couleurs tranchantes : rouge, jaune, bleu s’interroge… Et pourquoi prendrait?il en compte cette demande dans une prochaine toile ? L’artiste est loin de s’imaginer qu’il vient, en recevant ce courrier, de pénétrer dans un très long tunnel peut?être sans issue… Et s’il venait d’ouvrir une porte directe pour l’enfer ? Et quand il s’agit d’art, il ne faut jamais, jamais, jamais… faire sang blanc.

L’AVIS DE CATHIE L.

Antoine Léger, âgé de 42 ans, possède de multiples casquettes: coach en entreprise, musicien, créatif, marathonien, et, depuis une dizaine d’années, écrivain, avec pour objectif d’étonner, de renverser et de surprendre le lecteur. Auteur de Des fins, recueil de nouvelles hitchcokiennes, et de Le six coups de minuit.

G.D. Noguès est un inconditionnel touche-à-tout : cinéma, BD, dessin de presse, écriture. Auteur de deux romans Gaz in Marciac et Pas d’orchidées pour miss Armagnac. Il est également artiste plasticien sous le pseudonyme de Djebel.

Le roman

Croix blanche sur fond blanc a été publié par les éditions Cairn en 2017. Les chapitres sont courts, le style fluide et vif, les mots s’enchaînant dans un rythme soutenu. Pas une seconde de répit pour le lecteur et on aime ça… « Sa gorge irritée. Le verre. Il reste trois gouttes. Mal à la tête…Ça cogne dans sa tête…Non ! » (Page 244).

Parfois, l’écriture claque comme un drapeau dans le vent, ce qui n’empêche pas des moments d’émotions de se glisser çà et là; parfois elle se fait plus sensuelle, créant un contraste des plus heureux :

« Ces pots d’échappement chromés, ces jantes alu au design parfait, cet aérodynamisme, ce galbe, qui rendent le monstre au cheval cabré inimitable. L’odeur musqué du cuir imprègne l’habitacle. » (Page 65).

Le fil rouge: le monde de la peinture, que ce soient les œuvres, les techniques, ceux qui gravitent autour des peintres,  bien restitué grâce à de subtiles allusions :

« Debout sur le rebord de la piscine, les yeux plongés vers cette eau turquoise et transparente, -comme dans ce fameux tableau de David Hockney de la fin des années soixante-, Jimmy est ailleurs. » (Page 30).

L’intrigue

Jimmy Béquier, peintre français de renommée internationale, dont toute l’oeuvre repose sur des monochromes aux couleurs vives telles que rouge, jaune ou bleu, reçoit de bien curieuses lettres de fan : « Coucou Jimmy. Peux-tu, me faire plaisir, mets du blanc sur tes toiles? Je trouve que ça manque…J’aime bien le blanc. Bisous. Alfred. »

Jimmy, qui doit préparer une nouvelle expo à San Francisco, n’y attache aucune importance. Mais bientôt, les ennuis s’accumulent : tensions avec Flavien, ami d’enfance et attaché de presse de Jimmy aux USA ; l’expo qui prend feu, heureusement sans dommages irrémédiables… Quand Jimmy reçoit ce message : « Coucou Jimmy. Tu as aimé la couleur des flammes de San Francisco. Je change de ton. Mets sur toutes tes nouvelles toiles du blanc! C’est un ordre maintenant. Alfred. » (Page 68), il comprend que ce n’est pas un jeu.

Menaces, disparition de sa fille et de sa femme contre une inhabituelle rançon. Et qui est vraiment Esther ? Rose est-elle son amie ou son ennemie ? La vie de Jimmy tourne au cauchemar et il lui faudra faire de terribles concessions pour sauver sa famille.

Le monde de la peinture : un polar instructif, vous avez dit ? Oui, c’est bien ça. Car ici on en apprend beaucoup sur le travail de recherche du peintre décrit avec des mots simples mais évocateurs pour la novice que je suis : « Réinventant sa peinture, proposant de nouvelles alternatives, bousculant les habitudes, évitant les clichés, il a su attirer le regard des critiques et des spécialistes de l’art contemporain. » (Page 12)… « Sa passion est la couleur, il utilise évidemment du blanc dans les mélanges, mais jamais le blanc pur n’apparaît sur ses toiles. C’est sa façon de faire, son vocabulaire, la touche Béquier… » (Page 32). Voilà, tout est dit.

Les lieux

Ville de Toulouse en fil rouge: nous découvrons la ville rose au fur et à mesure des déplacements des personnages, principalement ceux de Jimmy, par petites touches, comme dans un tableaux impressionniste : « De la terrasse, la vue sur Toulouse est splendide, au loin, on devine exceptionnellement les Pyrénées, belles et frêles à la fois. » (Page 30)… « Jimmy déambule dans les rues (…) Le muret de la petite fontaine ronde, sur lequel les ouvriers du Moyen-Age venaient aiguiser leur couteau, lui offre un siège réconfortant. Face à lui, l’immense cathédrale Saint-Etienne dresse son clocher roman avec ses dix-sept cloches. » (Page 76). On découvre aussi des lieux de spiritualité (église, jardin japonais) qui donnent un certain réconfort, même momentané.

Un soin particulier est apporté à l’ambiance dans laquelle se déroule le récit, créant des contrastes entre la vie paisible de la cité et l’atmosphère pesante et fébrile de l’enquête menée dans ses rues :

« De nombreux badauds se sont posés autour de la fontaine et de la statue du poète occitan. Le sourire et les cris de joie des enfants sur le manège, les notes de musique qui s’égrènent offrent une ambiance chaleureuse. Des personnes âgées, des amoureux enlacés sur les bancs publics, profitent de la joie de vivre toulousaine. » (Page 155).

Jeu des contrastes entre deux mondes opposés qui, pour les besoins de l’enquête, se télescopent  : celui de Jimmy, peintre fortuné qui vit dans un « immeuble réhabilité par un architecte de renom » et qui « se dresse sur quatre niveaux face à la fontaine de la place Saint-Scarbes. Un sous-sol, deux étages et une terrasse sur le toit avec la piscine. Les larges fenêtres, les tonalités ocre et rouge s’intègrent à merveille dans le quartier. Une impression de chaleur s’en dégage. » (Page 13)… et celui de la police qui, réductions budgétaires oblige, exerce dans un endroit qui « affiche austérité et état de délabrement: peinture des murs à la couleur indéfinissable qui se craquelle, prises électriques murales pendantes qui finiraient bien par s’évader, sièges éventrés qui crachent leurs tripes. » (Page 55). A vous, amis lecteurs, d’en tirer la leçon … Notez au passage le contraste des couleurs « chaudes » contre « indéfinissable ».

Mon avis

Croix blanche sur fond blanc, polar à quatre mains, possède de réelles qualités qui rendent sa lecture attractive et passionnante : au fur et à mesure que le récit se déroule, le lecteur tourne les pages à un rythme soutenu dans l’attente qu’il se passe quelque chose, mais il faudra laisser monter la tension dramatique à son point culminant avant de plonger dans le drame. Comme si cela ne suffisait pas, des éléments de mystère, comme la rencontre avec la vieille dame de l’église, attisent encore plus la curiosité du lecteur, pris d’une frénétique envie de dévorer les pages.

Et puis, parfois les auteurs nous imposent une trêve dans ce monde brutal pour des moments de pure magie : « La voix claire du policier s’était mêlée à la voix rocailleuse du trompettiste. Sur sa droite, par la fenêtre entrouverte, la cité médiévale de Carcassonne, illuminée d e mille lumières rosées, se détachait dans un ciel sombre où de blancs nuages filandreux filaient vers la mer. » (Page 116).

Un bon petit polar à consommer sans modération où il est question de peinture, bien sûr, mais aussi de l’importance que nous accordons dans notre vie à certaines valeurs humaines, où nous nous demandons ce qui vaut le coup d’être sacrifié et ce qui mérite qu’on se batte…

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