Alice QUINN : Une enquête à la belle époque – 02 – Le portrait brisé

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Alice QUINN - Une enquete la belle epoque - 02 - Le portrait brise
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PRÉSENTATION ÉDITEUR

Cannes, janvier 1888.

La ville est secouée par un scandale financier qui entraîne la faillite de nombreux notables. C’est dans ce contexte troublé qu’un banquier est retrouvé assassiné. Aux yeux de la police, la coupable idéale est Anna, une jeune femme que l’homme avait tenté de séduire. Emprisonnée, Anna ne peut compter que sur Miss Fletcher, aristocrate ruinée et sur Lola, courtisane aux moeurs dissolues, pour l’innocenter. Avec l’aide de Maupassant, l’homme de lettres, elles vont jouer les détectives pour éviter la guillotine à leur jeune protégée. L’improbable trio se lance dans une course contre la montre qui va le conduire du monde feutré de la grande bourgeoisie jusqu’à un terrifiant asile d’aliénés. Une société où les mensonges règnent en maître et où la fortune est, bien souvent, une garantie d’impunité…

Origine France
Éditions City
Date 3 avril 2019
Pages 336
ISBN 9782824614465
Prix 19,00 €

L’AVIS DE CATHIE L.

Le Portrait Brisé, second opus de la série intitulée Une enquête à la Belle-Epoque, a été publié par les éditions City en 2019. L’histoire est racontée à la première personne par Miss Fletcher d’après ce qu’elle voit et ce qu’on lui rapporte : « Bien entendu, je ne fus informée de cet épisode intime que bien ultérieurement, lorsqu’un jour Lola se décida à tout me confier. » (Page 20). Le style vif, au vocabulaire soigné sans être trop recherché, imprime au récit un rythme alerte et vivant, enchaînant des chapitres courts, dans lequel le lecteur se laisse emporter, avide de suivre Miss Fletcher, Lola et Maupassant dans leurs investigations.

Thèmes : l’émancipation des femmes; crise de l’immobilier; traitement de l’aliénation mentale.

Contexte historique : on sent que derrière des aventures policières et romanesques se dissimulent une documentation sérieuse concernant la mode, les lieux, la nourriture et les transports en usage à cette époque, ce qui ajoute au roman une touche de réalisme très appréciable. Le statut particulier des deux héroïnes permet d’analyser la situation des femmes à l’époque, notamment celles qui ne pouvaient ou ne voulaient rentrer dans le moule érigé par la société de la femme mariée et mère de famille : « C’est pourquoi je vais être obligée de lui déclarer la guerre et d’intenter un procès. Pour récupérer ma dot et obtenir le droit d’utiliser mon argent comme bon me semble. -Mais c’est contre le droit commun! -Et alors? Il faut bien commencer par quelque chose! Les femmes veulent le droit de vote, commençons par nous dégager de la tutelle de nos maris. » (Pages 26-27) => Sans recourir à un discours féministe, l’auteur se plaît à associer à ses intrigues la volonté d’émancipation des femmes, ce qui donne à sa série une couleur sociale qui n’est pas pour me déplaire!!

Contexte social : Alice Quinn utilise en toile de fonds la crise immobilière qui entacha la ville de Cannes à la fin du 19e siècle et vit la ruine de nombreuses personnes, entraînant des drames familiaux parfois tragiques :

« …le commis avait été auparavant un riche négociant en vins et spiritueux. Etienne Lecerf. Il y a encore quelques mois, Lecerf était régulièrement reçu à la table de Cousin. Celui-ci lui avait vendu des terrains et prêté de l’argent pour faire construire une maison de rapport dans le quartier de la Foncière. Il avait comme tout le monde emprunté au banquier pour spéculer dans le foncier. Il lui est arrivé comme aux autres. Le marché s’est effondré, Lecerf a été ruiné. » (Page 101)…

« Hier, dans le journal, il y avait encore plusieurs adjudications annoncées. -Oui, vous avez remarqué? Je ne vois plus cela maintenant. » (Page 130)

Janvier 1888, quatre ans après les événements narrés dans La Lettre Froissée. Guy de Maupassant, missionné par sa mère pour trouver une maison de repos respectable où son frère Hervé, qui ne se porte pas très bien, pourrait être soigné, arrive à Cannes.

Dans le même temps, Lady Sarah, l’ancienne patronne et amante de Miss Fletcher, menacée par son mari et son père d’être internée pour aliénation mentale, demande à Lola de récupérer pour elle un document compromettant détenu par le banquier Cousin.

Quant à Paul-Antoine, ami homosexuel de Lola, il vit sous la menace de son père de le faire enfermer dans la maison de santé du docteur Vidal afin de lui ôter ses « mauvais penchants ». Curieusement, tout semble converger vers l’établissement du docteur Vidal, dans lequel Cousin a investi de l’argent.

C’est alors qu’Anna, la protégée de Lola, se fait violemment agresser dans la rue et voler son bracelet en argent par un homme masqué. Quelques jours plus tard, le banquier Cousin, qui avait rencontré Anna seul à seule à plusieurs reprises, en essayant de la convaincre de quitter la maison de Lola, lieu de perdition inadapté pour une jeune fille de bonne famille, est retrouvé baignant dans son sang, justement le soir où Anna est sortie en catimini.

La jeune fille est aussitôt soupçonnée par la police d’avoir assassiner le riche homme d’affaires. Pour la sortir de cette très mauvaise passe, elle ne peut compter que sur l’improbable trio qui avait, quatre ans plus tôt, démêler les fils complexes de l’affaire de La Lettre Froissée. Les trois amis se lacent alors dans une enquête qui les mènera tout droit au sordide asile d’aliénés du docteur Vidal. Parviendront-ils à innocenter la jeune fille et à confondre le vrai coupable ?

Les différents mondes en opposition ainsi que les conditions sociales des personnes qui vivaient à Cannes fin 19e siècle sont clairement illustrés par les décors : le luxe côté cour :

« L’idée était de creuser le tracé d’un boulevard majestueux, tout droit, reliant le centre de Cannes au village du Cannet. Cela créerait un tout nouveau quartier dans Cannes qui s’asphyxiait, par manque de place. De part et d’autre de ce magnifique et grandiose boulevard, doté d’électricité et de tout-à-l’égout, on ferait d’élever de splendides villas comme des immeubles de rapport, ainsi que des hôtels et pensions de famille. » (Pages 156-157)…

…la misère morale côté jardin : l’asile du docteur Vidal, construit sur l’île Sainte-Marguerite, au large de Cannes, faisant face à son île sœur, dominant le passage entre les deux îles, renfermant des cellules avec paillasses pour les aliénés « irrécupérables ». Quant à la salle de traitement, c’est à faire froid dans le dos :

« La salle des bains calmants ressemblait aux établissements balnéaires qu’il y avait sur la Croisette. Mais au lieu d’être construites en bois, il s’agissait de l’une des pièces froides et immenses au centre de la grande tour. Une grande salle avec des baignoires qui s’alignaient les unes à côté des autres… Deux des baignoires étaient occupées, mais, étrangeté que Lola n’avait jamais vue nulle part, elles étaient comme fermées par un couvercle de bois cerclé d’acier et cadenassé à la baignoire. Seule la tête des deux baigneuses, car c’étaient des femmes, sortait par une sorte de trou. L’ensemble faisait penser à un drôle de cercueil, d’où la tête du mort dépassait. » (Pages 250-251).

Avec Le Portrait Brisé, Alice Quinn confirme ma bonne impression suscitée par le premier opus des enquêtes de miss Fletcher La Lettre Froissée : une intrigue intéressante abordant des sujets toujours d’actualité ; des personnages attachants et originaux, campés dans des portraits finement esquissés ; une reconstitution historique soignée et réaliste ; une plume virevoltante qui plante le décor et la situation de départ en quelques traits, créant une intimité avec le lecteur.

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