Philippe MIGNAVAL : Terreur en Gévaudan

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Philippe MIGNAVAL - Terreur en Gevaudan
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PRÉSENTATION ÉDITEUR

L’effroyable bête qui, au XVIII e siècle, avait tué et dévoré une centaine de petits bergers et bergères, est de retour dans les campagnes obscures du Gévaudan. La voilà qui aujourd’hui réitère son parcours meurtrier. La rencontre entre la jeune et troublante Margeride et un fringant scientifique n’y est pas pour rien. Magie noire ou manipulation génétique? Quoi qu’il en soit, si l’on tue ou capture le monstre échappé à ses re-créateurs, on connaîtra enfin son identité, lui qui cristallise tant de mythes, délires et fantasmes à propos de méchants loups, de loups-garous et de vampires. Ce thriller de Philippe Mignaval se fonde sur les cauchemars ancestraux de notre civilisation. Notre Gévaudan intérieur.

Origine France
Éditions Pré aux Clercs
Date 24 mars 2006
Éditions De Borée
Date 16 mai 2019
Pages 432
ISBN 9782812925276
Prix 7,00 €

L’AVIS DE JEAN-MARC VOLANT

Si j’ai voulu lire ce roman, mélangeant habilement véracité historique et enquête de fiction, c’est parce que le sujet m’a toujours intéressé, ayant lu quantité d’ouvrages sérieux ou non sur le sujet. La fameuse bête du Gévaudan, aura fait parler d’elle de son vivant, ayant décimé nombres femmes et enfants au XVIIIe siècle. Et encore maintenant, elle garde à tout jamais son aura de mystère. Qui était-elle ? Est-elle vraiment morte comme on le pensait ? Et par qui ?

De ce postulat, Philippe Mignaval, brode une trame, mêlant histoire et enquête policière sur une série de crimes horribles dans cette contrée sauvage du Gévaudan. La bête serait-elle de retour ? On n’ose y croire. Mais un scientifique, passionné et surtout renommé pour son expertise sur le sujet, assisté d’une jeune étudiante, va mener l’enquête, à leurs risques et périls.

Un fort sympathique roman, avec des personnages bien décrits tout au long de ce récit haletant et prenant, mené sur un très bon rythme, avec un bon dosage du suspens et de rebondissements. L’auteur a su de fort belle manière, conjuguer et mêler ensemble, les faits historiques sur la fameuse bête, les légendes et la véracité de l’enquête en cours sur les crimes commis. Un roman, qui alterne moments d’actions, de peurs mais sans dénué d’humour et de jolis passages écrits. Nos deux protagonistes s’entendent à merveille tout au long de cette enquête (un peu trop peut-être ?) et la résolution de cette énigme meurtrière prends son sens à la toute fin, le suspens a été savamment travaillé jusqu’à la dernière ligne de l’intrigue.

Un « polar historique » comme le nomme l’auteur de ce genre de romans, dont c’est le troisième. A continuer, ce type de lecture peut convenir à tout le monde : les passionné(es) de la grande histoire et les amateurs d’enquêtes policières.

L’AVIS DE CATHIE L.

Philippe Mignaval est né en Auvergne. Il a fait des études de lettres à Clermont-Ferrand avant d’entamer une carrière de journaliste. Il est l’auteur de cinq romans dont trois « polars archéologiques », selon l’auteur lui-même, prenant pour toile de fond des mystères historiques.

Le roman

Terreur en Gévaudan a été publié en 2006 par les éditions du Pré aux Clercs, puis réédité par les éditions De Borée en 2019, dans la collection « Polar ». Le style est fleuri, en même temps qu’abrupt dans les constructions de phrases et voluptueux dans son vocabulaire : « Les regards se détournent en direction des hautes fenêtres. Un vent sournois descendu du mont Mouchet fait frissonner les proches herbages. Au-delà se dresse un bois touffu et escarpé. Une forêt comme tant d’autres. » (Page 9)… « A 99%, je déteste l’art contemporain. Je n’y vois que bluff, frime, goût de chiottes, verbe prétentieux et (quand les collectivités achètent) détournements de fonds. » (Page 23).

L’histoire, racontée à la première personne, se déroule fébrilement au rythme de chapitres courts, ne laissant aucun répit au lecteur. Les scènes d’actions sont rythmées par des phrases courtes, un vocabulaire incisif : « Visions intermittentes. Violente nausée. Les chiens qui me lèchent sont sanglants… Mauriçou est tout souillé de mon sang. Il applique sur mes plaies je ne sais quel chiffon. » (Page 322).

Fil rouge : histoire de la bête du Gévaudan qui, de 1764 à 1767, a fait plus de 120 victimes sans que ce mystère soit élucidé, le musée qui lui est consacré, les lieux, les détails historiques, les archives défaillantes => Une documentation sérieuse et approfondie de tous les aspects des attaques du XVIIIe siècle et des recherches actuelles, des traces encore palpables dans le folklore local. « Aujourd’hui, 19 juin, le colloque qui accompagne l’inauguration du musée est censé faire le point des connaissances sur la Bête. Mes récents articles et recherches me valent d’y être invité en tant qu’intervenant… La Bête et le Gévaudan, ça compte pour moi. Je suis né et j’habite près du Malzieu, dans une ferme depuis toujours familiale. La Bête, j’ai toujours baigné dans son jus. Enfant, c’est avec une douce horreur que j’entendais narrer ses exploits réels et imaginaires. Ce qu’était la Bête du Gévaudan ? Je ne suis pas le seul que le mystère de son identité fascine. » (Page 17).

L’intrigue

Margeride, jeune étudiante, se rend à l’inauguration du musée de la Bête à Ribeyrevieille situé à l’orée de la forêt de Ténazeyre, motivée par le désir de percer un dangereux secret détenu dans sa famille depuis des lustres, sous forme d’un bocal « fermé par un gros bouchon de liège », cacheté de cire, comportant « une sorte de sceau cabalistique en forme de main, index et auriculaire tendus, les autres doigts repliés, contenant un liquide trouble et jaunâtre dans lequel flotte « une fourrure associée à une doublure de chair filandreuse. » (Page 44)

Serait-ce un morceau de la Bête du Gévaudan ? Pour le savoir, le narrateur, avec l’aide de son ami Ulrich, se livre a des expériences génétiques consistant à cloner la Bête afin d’identifier son origine et sa race. Un peu plus tard, les deux amis partent huit mois en mission pour les îles Kouriles.

En leur absence, des événements inquiétants se produisent : plusieurs troupeaux de moutons auraient été attaqués par un prédateur, et des chiens auraient été dévorés. Aussitôt, la légende d’une assez grosse et inquiétante bête reprend vigueur. A l’aide des documents d’époque, Margeride et le narrateur se lancent sur les traces de la Bête. Une quête impossible ? Rumeurs ? Réalité ? Hallucination collective ? Magie noire ?

Le Musée : installé entre les murs du vieux manoir qui, au XVIIIe siècle, avait hébergé des hommes envoyés par le roi afin de mettre fin aux agissements de la Bête, ce qui ne l’avait pas empêchée d’égorger et de décapiter une fille de métayers. Un lieu inquiétant, chargé d’histoire :

« En haut des marches érodées du double escalier se dresse une porte zébrée de griffures étranges…Du haut de la tour de l’Ouest, la vue embrasse le théâtre dantesque de ses crimes. Le château de Ribeyrevieille règne sur un peuple de bergères ensanglantées. » (Page 16).

La Margeride : un paysage à l’aspect sauvage qui se prête admirablement aux événements tragiques du passé ainsi qu’à ceux d’aujourd’hui : « des chemins creux, des croix dévorées de lichen, des ruines, des bosquets de genêts et des bois hirsutes, des rochers et des replis étranges, des montagnes brumeuses. » (Page 7).

Le pays du Gévaudan: villages perdus, fermes isolées… un décor propice :

« Dans la cour sévit un vent froid. Le même vent qui fait vibrer dans le lointain les sapins verts et bleus du mont Mouchet. C’est le genre de vent qui ranime les corps et réveille la pensée. Un vent d’une vitalité aiguë, comme il en souffle dans les régions sauvages jusqu’au cœur du mois d’août. Il porte la mélancolie des hautes terres et fait se retourner dans leurs tombes les romantiques du temps jadis. »(Page 103).

L’ambiance: bien que les ravages de la Bête du Gévaudan aient été perpétrés presque deux cent cinquante ans plus tôt, la mémoire collective en a gardé une trace profonde, indélébile, si bien que dès les premières attaques « De nouvelles consignes de prudence sont données à la population. On s’organise pour accompagner les enfants lors des trajets scolaires et autres déplacements obligatoires. Personne ne doit s’aventurer seul à pied. En rase campagne, la Bête ne peut plus rencontrer que des gens armés. » (Page 300). =>C’est comme si les frontières du temps s’effaçaient.

Le bémol : très bon début se perdant malheureusement dans les méandres des fantasmes et péripéties sexuels du narrateur, négligeant parfois l’intrigue.
Ce qui est dommage car Terreur en Gévaudan est un roman érudit, très bien documenté, intelligemment construit, présentant des aspects scientifiques sans être rébarbatif.

Le + : une intrigue moderne tissée selon la trame des faits historiques concernant les attaques de la Bête du Gévaudan. Ainsi, le passé et le présent s’entrecroisent, donnant un parfum d’authenticité au récit : « Aujourd’hui, donc, je suis à Clermont-Ferrand sur le plateau des Cézeaux. Lieu assez vague au milieu de nulle part et qu’on nomme « complexe scientifique »… Après-demain, je suis à l’INSERM de Montpellier. Comme par hasard, Clermont et Montpellier sont les extrémités nord et sud non pas exactement du champ d’action, mais du champ de rayonnement de la Bête. Voilà qui m’offre une perception stéréoscopique du Gévaudan. » (Pages 47-48).

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