Aitor BERHO : Euskal barbecue

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France
Aitor BERHO - Euskal barbecue
Euskal barbecue
  • Éditions Cairn en novembre 2017
  • Pages : 280
  • ISBN : 978-2350685748
  • Prix : 10,00 €

PRÉSENTATION ÉDITEUR

Il y a quelque chose de roussi au Pays basque. Le meurtre d’un haut gradé de la police menace d’impliquer jusqu’à la ministre de l’Intérieur. Le commissaire Ferdinand Irrigaray est chargé de l’affaire, en dépit de son amour immodéré du vin, des astres et du jardinage. Avec l’aide de Beñat et Mariano, ses deux fidèles adjoints du commissariat de Tarroa, l’enquête semble décidément mal engagée. Mais en partant en quête de la mystérieuse Alba Xala, Irrigaray va lever le voile sur des histoires que bien des gens aimeraient oublier par ici, et peut‐être découvrir la vérité du barbecue.

L’AVIS DE CATHIE

Selon des sources convergentes, Aitor Berho est né il y a trente-trois ans. Il habite à Bordeaux. Déjà tout petit il racontait un tas de choses absurdes. Aujourd’hui, il consacre la plupart de ses journées à parler avec ses congénères, à lire de vieux papiers et à écrire.

Le roman

Euskal barbecue a été publié par les éditons du Cairn en 2017. Il s’agit du premier roman de Aitor Berho. Le style est brut, incisif, émaillé de phrases courtes qui impriment au récit un rythme soutenu :

« Après avoir donné un coup d’œil rapide, il entra dans une large pièce à vivre. Elle était vide de tout occupant. Des baies vitrées donnaient sur l’immensité de l’océan. Un feu crépitait dans la cheminée. Il semblait avoir été alimenté il y a peu de temps. On voyait sur le canapé en cuir l’empreinte d’un corps. » (Page 11).

Le ton désabusé témoigne d’un regard lucide, sans complaisance sur la nature humaine en général, et les différents travers de la société moderne : « Les archives trouvées dans le bureau de Gray permettaient de retracer les grands traits d’une carrière policière classique faite de coups bas, de trahisons et d’opportunisme. » (Page 31), mais l’humour qui accompagne de nombreuses pages du récit modère cette sombre vision. La conduite pour le moins chaotique du commissariat de Tarroa donne lieu à de nombreuses scènes hilarantes, comme la fois où la juge Velosta arrive pour une réunion et que « Irrigaray ouvrit les volets dans la salle de réunion et passa un petit coup de balai. Juste assez pour que le sol ne crisse plus sous les pieds. » (Page 35). La suite de la scène, au comique parfois bouffon, digne des meilleures comédies de boulevard, mérite le détour que je vous encourage fortement à effectuer.

Les nombreux dialogues sont tout aussi savoureux : « -Il est occupé. -Et y a-t-il un moment où il ne sera plus occupé ? -Généralement, quand il en a terminé avec ce qu’il fait… » (Page 100)… « -Dis-moi. Comment tu fais pour bourrer ta pipe quand tu es seul en voiture ? -Je fais en sorte qu’il n’y ait pas de virages. -Pourquoi n’y avais-je pensé plus tôt. – Il faut savoir s’arranger avec son environnement, sinon on ne s’en sort pas. » (Page 168).

Contexte : n’oublions pas qu’il s’agit d’un polar régional, et même si je n’adhère pas trop à ce genre d’étiquette, il faut admettre qu’ici le contexte basque occupe une place importante dont on ne peut faire abstraction, sans toutefois gangrener l’intrigue qui reste une enquête policière à part entière. J’avoue que les apartés de l’auteur m’ont aidée à comprendre la dynamique de cette région dont on ne connaît que ce qu’en disent les médias, pas forcément bien informés. Ainsi, au fur et à mesure du déroulement de l’intrigue, on glane de ci de là de petites notes dans ce genre :

« Le commissaire …se saisit d’un journal qui traînait sur le comptoir. C’était un quotidien indépendantiste écrit à moitié en basque, à moitié en espagnol…Dans le journal Irrigaray lut un article qui décrivait le sort peu enviable d’un prisonnier basque, puis un autre qui dénonçait le pilonnage des Gazaouis, et enfin un troisième qui rendait compte de la victoire annoncée mais éblouissante du meilleur binôme de main nue qu’on ait vu dans les trinquets depuis longtemps. » (Pages 44-45).

L’indépendantisme basque et l’ETA, organisation armée indépendantiste créée en 1959, composants incontournables, imprègnent la vie politique et la vie quotidienne de toute la région depuis des décennies. Même si depuis 2011 l’ETA a définitivement renoncé à son action armée, les cicatrices profondes sont encore visibles et le sujet reste brûlant: « Ça a commencé à partir du moment où je me suis intéressé à l’histoire de l’indépendantisme basque, aux mouvements abertzale. Là, on m’a cherché des embrouilles. De tous les côtés, mais surtout du côté le plus puissant, Paris et Madrid, la police, les juges. » (Page 132).

L’intrigue

Contre toute attente, alors qu’il dirige le commissariat le plus mal noté de tout le territoire national, le commissaire Irrigaray se voit confier l’enquête sur la mort violente de Jean-Félix Gray, ancien haut gradé de la police à la retraite, dont le corps a été retrouvé calciné dans sa propriété. Irrigaray, qui rêve de se faire muter au fin fond des Pyrénées afin de terminer sa carrière sans que quiconque s’avise de perturber ses longues siestes et sa passion pour le vin et les astres, va se retrouver plongé jusqu’au cou dans une affaire bien plus complexe qu’il n’y paraissait au premier abord.

C’est alors que le père Mikel, ayant observé des agissements douteux autour de la ferme de Simon et Alba, lui demande de retrouver la jeune femme mystérieusement disparue depuis la mort de son compagnon dans l’incendie de leur propriété. Tout cela aurait-il un rapport avec les recherches de la jeune femme sur le mouvement indépendantiste basque ? De rebondissements en impasses, le commissaire et ses deux adjoints vont se retrouver embarqués bien malgré eux dans une sombre histoire de corruption, de machinations politiques. Et si pour une fois le pot de terre avait une chance de remporter la bataille contre le pot de fer…

Les lieux

Tout comme les personnages, les lieux qui servent de décor à Euskal barbecue sont hauts en couleur, en complète harmonie avec les personnages qui les fréquentent, qui les habitent. Voyez plutôt l’intérieur de la maison de Jean-Félix Gray : « …il entra dans une pièce oblongue aux grandes fenêtres. Les murs de papier peint fleuri étaient couverts de portraits en pied d’aristocrates d’ancien régime. Le salon débouchait sur une autre pièce plus petite qui servait de lieu d’exposition à des pièces de vaisselle et des armes placées sous verre. » (Pages 11-12) =>Tout y est figé, comme dans une maison où on ne vit pas.

Tandis que le commissariat de Tarroa : « …l’insalubrité du minuscule commissariat, le désordre des dossiers non archivés, la montagne de bouteilles vides dépassant du local de cuisine… » (Page 33) et la boutique de bouquiniste dans laquelle le commissaire achète ses livres ne dépareillent pas avec sa personnalité : « L’endroit était comme une grotte dont les parois seraient faites de livres empilés. Au milieu de la pièce principale, une fontaine miniature achetée dix euros chez un quincaillier chinois de Bilbao créait un petit clapotis. Dans les coins, il y avait des fauteuils dont les pieds en bois sombre sculpté représentaient des animaux fantastiques, où l’on pouvait s’installer pour lire. » (Page 69)

Mon avis

Euskal barbecue est un  curieux mélange de caricature policière, de polar politico-social, de polar-comédie, le tout à la sauce basque un peu pimentée, un peu douçâtre, avec pour résultat l’envie de jouer à la pétanque avec le commissaire et ses adjoints à l’ombre de grands arbres longeant le bâtiment du petit commissariat de Tarroa, en sirotant un bon petit vin du cru dans les effluves de l’omelette aux piments, en priant intérieurement pour que personne n’ait la fâcheuse idée de se faire assassiner avant la fin de la partie. On en redemande…

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