Thomas H. COOK : Le dernier message de Sandrine Madison

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Flag-ETATS-UNIS
Thomas H. COOK - Le dernier message de Sandrine Madison
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PRÉSENTATION ÉDITEUR

La petite ville de Coburn est en émoi. Sam Madison, universitaire et intellectuel reconnu, est accusé du meurtre de sa femme, Sandrine. Aux premières heures du procès, tout est envisageable : suicide, mise en scène, assassinat. Sam se tait, comme indifférent à son sort. Dans sa tête, les souvenirs se bousculent. Un mariage bancal. Un couple à l’agonie. Des deux conjoints, lequel a manipulé l’autre ?

L’AVIS DE CATHIE L.

Le dernier message de Sandrine Madison, Sandrine’s Case en version originale, traduit par Philippe Loubat-Delranc, a été publié par les éditions du Seuil en 2014, dans la collection « Seuil policiers ». Ecrit à la première personne, il raconte le procès de Sam, le narrateur, accusé d’avoir assassiné sa femme. Postulat de départ on ne peut plus simple et clair. Sauf que…

Le style :  la langue de Thomas H. Cook est une langue riche, un peu contournée dans certaines expressions, assurément celle d’un intellectuel qui maîtrise parfaitement l’art d’écrire ; il faut préciser que le narrateur étant un universitaire, professeur de littérature anglaise et américaine, l’auteur s’est adapté à son personnage afin de le rendre crédible. Pour aller dans ce sens, le ton sur lequel Sam s’exprime est mélancolique, désabusé aussi, comme écrasé par une inéluctabilité contre laquelle il se sent démuni.

Sa construction tout à fait particulière me rappelle celle utilisée par l’auteur dans son roman Au Lieu-Dit Noir Étang. En effet, Le dernier message de Sandrine Madison, remarquable reconstitution du procès pour homicide intenté à Sam Madison pour le meurtre de sa femme, est construit en incessants allers-retours entre le présent et différents moments du passé du narrateur, comme un ensemble de poupées russes : aujourd’hui, le narrateur raconte son procès des années plus tard ; hier, il raconte le déroulement même de ce procès ; avant-hier, il livre des bribes de son passé plus ou moins lointain qui lui reviennent pendant le déroulement de son procès. « Au fil de l’année d’enquête sur la mort de Sandrine, j’avais acquis une certitude: ma première erreur avait été de sous-estimer les détails, de ne pas envisager qu’ils risquaient de me porter préjudice. » (Pages 18-19)… « En l’observant, cette première entrevue me revint avec précision en mémoire, et en particulier l’assurance qu’il affichait en disant: -Monsieur Madison, j’aimerais vous informer de plusieurs faits. » (Page 21).

Thèmes : thème récurrent dans les romans de Thomas H. Cook que j’ai lus est le poids des préjugés, à l’encontre notamment des intellectuels, qui empêchent quiconque de s’épanouir, de mener sa vie comme il l’entend : « A leurs yeux, j’étais un homme ayant une très bonne situation, à peine pouvait-on parler de travail entre les vacances d’été, les congés sabbatiques rémunérés (…) J’étais professeur titulaire, ce qui pour la population de Coburn était le ticket gagnant pour une retraite dorée (…)Voilà un homme qui menait la belle vie alors qu’il n’avait rien bâti, rien inventé, rien sauvegardé, rien vendu. Voilà un homme qui menait la belle vie en…parlant. » (Page 37).

Second thème récurrent, indirectement lié au premier, est le sentiment accablant d’être passé à côté de sa vie. Rien, non rien, n’est plus terrible que de regretter de ne pas avoir saisi telle occasion, ou de ne pas avoir réalisé tel rêve… « Je m’étais senti m’enliser  dans Coburn, en homme fonctionnant en pilote automatique qui ne sentait plus rien bouillonner dans les profondeurs de son être, nul besoin secret tapi en embuscade (…) J’eus soudain conscience de l’extrême lenteur du processus de l’endormissement d’une vie, processus au terme duquel on finit par avoir l’impression que la route qu’on n’a pas empruntée ne vaut pas mieux que celle qu’on a suivie. » (Page 40)

L’intrigue

La petite ville universitaire de Coburn est en émoi : Samuel Madison, professeur à l’université locale et intellectuel reconnu, est accusé du meurtre de sa femme Sandrine, également professeur universitaire, retrouvée morte dans sa chambre. Après enquête, s’ouvre son procès : toutes les hypothèses sont envisageables et envisagées : suicide, accident, meurtre ?

Apparemment indifférent à son sort, Sam profite des longues heures de débats pour se replonger dans son passé, revivre des épisodes de sa vie conjugale, se pose des questions et se rend compte que le couple que Sandrine et lui formaient était tout sauf harmonieux et heureux. Dans le huis clos de son esprit, peu à peu émerge  cette terrible question: qui, des deux conjoints, a manipulé l’autre? Sam a-t-il poussé sa femme au suicide ou est-ce elle qui a lentement et patiemment tissé les fils du nœud coulant qui menaçait de se fermer à jamais sur son cou?

Les lieux

L’intrigue de ce thriller psychologique se déroulant en vase clos, il est important de décrire avec précision les lieux dans lesquels le drame va se jouer, car il est indéniable que la ville de Coburn, en tant que catalyseur, joue un rôle de première importance. Le contraste entre le drame qui se noue dans les locaux du tribunal et la vie superficielle et rassurante est saisissant : « Nous nous trouvions en haut des marches du tribunal, les rues de la bonne ville de Coburn très animées en contrebas. Je voyais leurs boutiques, le parc et son kiosque à musique, ses toboggans, ses balançoires et son tourniquet. Une Amérique de carte postale. » (Page 162).

Ambiance ville provinciale:  l’éternel fossé entre l’intellectuel idéaliste et le travailleur se colletant chaque jour avec la dure réalité des factures à payer : « N’était-ce pas justement des enseignants beaux parleurs comme moi qui farcissaient le crâne de leurs enfants d’athéisme, de socialisme ou pire, insufflaient dans leurs jeunes esprits jusqu’alors sans souillure des rêves fumeux tels que changer le monde ou écrire un grand roman, sans pour autant leur transmettre une seule compétence qui leur permettrait plus tard de trouver un emploi, leur évitant ainsi de retourner vivre chez leurs parents pour rester assis, l’air maussade, devant la télévision, bouillant d’espoirs irréalisables ? » (Page 31) => Je ne peux m’empêcher ici de penser au merveilleux film de Peter Weir « Le cercle des poètes disparus » montrant avec tellement de réalisme et de pudeur le terrible décalage entre nos rêves personnels et le rôle que la société attend de nous, et ceci peut importe les époques.

« Le problème, pour moi, c’était Coburn, cette petite ville universitaire située à tout juste une centaine de kilomètres d’Atlanta, un endroit tranquille dont l’intimité avait été violée par la couverture médiatique de la mort de Sandrine, de l’enquête qui en avait résulté puis, plus tard, de mon arrestation. » (Page 18)

Mon avis

Le dernier message de Sandrine Madison est un thriller psychologique érudit dont l’action se situe dans le milieu universitaire américain. De ce fait, l’auteur émaille son récit de nombreuses allusions littéraires sous forme de citations d’œuvres et de romanciers. D’emblée, il joue sur l’ambiguïté en brouillant les pistes : Sam Madison est-il coupable ? A-t-il, oui ou non, tué sa femme Sandrine ? De petites phrases savamment distillées sèment le doute dans l’esprit du lecteur : « Sandrine, dans sa clairvoyance habituelle, avait-elle deviné que j’avais sa mort à l’esprit ? » (Page 17)… « Comme il avait été facile de vouloir la mort de cette femme, me dis-je tout à coup en jetant un coup d’œil aux jurés, soulagé qu’ils ne puissent lire dans mes pensées. » (Page 39).

La psychologie des personnages, notamment du couple Sam/Sandrine, y est très poussée : au fur et à mesure des audiences de son procès, Sam se replonge dans ses souvenirs et essaie de comprendre qui était vraiment sa femme, quel sorte de couple ils formaient. Il se demande si elle aurait pu se suicider, et si oui pour quelle raison ? Ce n’est que rétrospectivement qu’il se demande s’il « n’était pas possible que ses sentiments pour moi aient profondément changé avec les années et que je ne m’en sois jamais réellement aperçu ? Qu’elle ait pu avoir envie que je meure une bonne fois et que je ne m’en sois jamais douté ? » (Page 239) => Amer constat qui l’amène à procéder à une introspection approfondie, dévoilant peu à peu des aspects de sa vie personnelle, de sa jeunesse, de toutes les facettes de sa personnalité.

Le + : les débats vus du point de vue de l’accusé tissés de ses souvenirs, dans un jeu d’allers-retours incessants entre le passé et le présent, reconstituant peu à peu les étapes de sa vie, tout ce qui AURAIT pu l’amener au crime. Mais l’a-t-il fait ? That is the question… « Seule la ronde de mes souvenirs rendait supportable le mouvement filandreux de l’horloge, et durant ces longues heures de fastidieux témoignages, j’avais passé le plus clair de mon temps à me remémorer mes années avec Sandrine. » (Page 100)… « Le bruit du maillet du juge Rutledge me ramena à la réalité, un grand coup assez semblable à ceux de mon cœur… » (Page 105)

 

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Ecrivain de romans historiques, chroniqueuse et blogueuse, passionnée de culture nordique et de littérature policière, thrillers, horreur, etc...

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