Sylvain LARUE : Une enquête de Léandre Lafforgue – 01 – L’oeil du goupil

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France
Sylvain LARUE -oeil du goupil
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  • Éditions De Borée en septembre 2016
  • Éditions De Borée poche le 13 septembre 2018
  • Pages : 512
  • ISBN : 9782812923432
  • Prix : 8,95 €

PRÉSENTATION ÉDITEUR

Le premier tome des enquêtes de Léandre Lafforgue

La révolution de 1848 charrie son lot de bouleversements. Le peuple français vient de chasser Louis-Philippe, son dernier roi, et à Paris, la nouvelle République se construit au jour le jour. Dans ce climat de tensions politiques, tandis que se préparent au loin les élections du premier président, Léandre Lafforgue, un jeune homme épris de liberté et d’idéal, débarque de sa Gascogne natale à la recherche de son passé.

Involontairement mêlé à une mort suspecte, et ayant affaire à une police qui ne semble prêter qu’une attention limitée à plusieurs faits similaires, Léandre se retrouve désigné par le prince Bonaparte pour en démasquer la trame commune. Sa sagacité sera-t-elle suffisante pour déjouer les mystères qui se dévoilent dans les couloirs de l’Assemblée nationale ?

L’AVIS DE CATHIE L.

L’oeil du Goupil a été publié par les éditions De Borée en 2016, dans la collection Vents d’histoire. Il s’agit du premier tome d’une série consacrée aux enquêtes de Léandre Lafforgue, nouveau venu parmi la grande famille des limiers de polars historiques.

L’écriture de Sylvain Larue est très personnelle : un style soigné, légèrement maniéré, un peu à la façon des écrivains du 19e siècle, en même temps que moderne : « Drouart avait, cependant, riposté au même instant, entamant le dos de la main droite de son rival d’un rapide coup de taille. Satisfait et peu concerné par sa propre et bénigne estafilade, le vainqueur avait poussé le fair-play jusqu’à offrir au vaincu une rasade de liqueur d’abricot de son Tyrol natal, histoire de lui donner du cœur au ventre » (Page 26).

Le style est riche de détails : « Ce dernier souleva le couvercle de terre cuite, et les vapeurs savoureuses du canard s’élevèrent en délicieuses volutes vers les narines des deux convives. D’autorité, s’aidant d’une cuillère et d’une fourchette d’argent, René servit trois cuisses dorées au jeune garçon et s’en octroya lui-même deux autres. » (Page 40)… mis en valeur par un vocabulaire recherché, parfois ampoulé, bien dans le ton de l’époque : « Dans le Sud, les hommes s’adonnant aux plaisirs de Terpsichore -hors fêtes de village- avaient toujours une réputation sulfureuse, scabreuse, de paresseux gourmés et précieux dont on se moquait volontiers et qu’on soupçonnait d’amours « contre nature ». Mais ceux qui connaissaient Fabrice Drouart savaient que le suspecter d’être un antiphysique équivalait à proférer la plus grossière des absurdités. » (Page 24).

Indéniablement, Sylvain Larue maîtrise l’art de la mise en scène, en témoigne l’arrivée de Léandre en malle-poste ayant aussitôt fait éclore dans mon esprit des réminiscences des romans de Dumas. Le récit propose au lecteur de longs flash-backs afin d’expliquer les raisons et les circonstances du voyage de notre héros dans la capitale, enrichis de nombreux détails : « Le jeudi 7 septembre, entrée par la porte d’Orléans, la malle-poste de faufila, véloce et souple malgré sa taille volumineuse, dans les rues encombrées et peuplées de la capitale. Germain, le postillon, aimait l’ambiance de la ville (…)Bientôt, il reconnut les arbres de la place Maubert et commença à ralentir pour se ranger au pied des immeubles. Puis il tira les rênes du timonier et la diligence s’arrêta tout à fait, non sans quelques soubresauts. » (Page 29).

L’intrigue

Léandre Lafforgue, jeune gascon passionné de théâtre, se rend à Paris à la recherche de son père, Alssandro Prazzoli, ancien carbonaro, qu’il n’a pratiquement pas connu, avec l’idée de percer comme dramaturge.

Depuis quelques mois, on déplore la mort de cinq députés, tous dans la fleur de l’âge, sans soucis de santé avérés, dans des circonstances pour le moins suspectes: chacun d’entre eux s’est écroulé après avoir éprouvé un violent malaise sans que les symptômes permettent d’identifier la cause de la mort. Le seul point commun entre les victimes est qu’ils étaient députés. L’enquête sur ces décès, la police ne distingue aucun profit, ni aucun sens, est ajournée, faute d’indices ou d’une piste, la plus infime soit-elle.

Sur ces entrefaites, Léandre Lafforgue est personnellement engagé par le prince Louis Napoléon Bonaparte, également député, afin d’ assurer sa sécurité et de mener une enquête officieuse dans le but d’arrêter le tueur de parlementaires qui fait trembler les murs de l’Assemblée. C’est ainsi que Léandre devient Le Goupil: « J’ai toujours été homme à aimer la nuit, et le goupil vit de préférence quand le soir est tombé. Ensuite, vous cherchez un adjoint habile et discret, et le goupil est l’être méfiant, furtif et rusé par excellence…une ombre dans l’ombre. » (Page 175).

Les lieux

L’oeil du Goupil donne lieu à une reconstitution du Paris des années 1848 tout à fait crédible en petites touches disséminées au fur et à mesure du déroulement de l’histoire, dans le but de poser le décor dans lequel les personnages évoluent. J’ai évoqué plus haut l’écriture « à la Balzac » pratiquée par l’auteur, mais rassurez-vous, cela ne concerne que la façon de présenter les personnages, et non les descriptions à n’en plus finir du maître du réalisme !!

L’auberge du Vieil Armagnac, théâtre de nombreuses scènes du roman, comporte « une façade du plus pur Louis XV, avec un large balcon soutenu par des consoles à tête de lion, et sur la double porte cochère de bois, largement ouverte et laissant voir une belle cour pavée, un heurtoir de fer forgé particulièrement ouvragé…Ce fut en pénétrant dans la cour, vaste d’une centaine de mètres carrés, que Léandre prit conscience de la beauté des lieux. Sur sa droite, il vit l’entrée de la modeste loge du concierge, et un escalier étroit qui conduisait, à n’en pas douter, aux chambres des domestiques…Face à lui, le corps principal du bâtiment se dressait sur trois étages, percé de cinq larges baies vitrées sur les deux premiers niveaux, et d’autant de petites fenêtres circulaires au niveau des combles. » (Page 62).

Quant au cabinet de travail de son oncle, il était « particulièrement bien agencé, à l’ambiance chaleureuse, qu’on eût vu très bien comme étant le bureau d’un conservateur de musée ou d’un bibliothécaire… Un globe terrestre de bois précieux se trouvait dans un angle, et les étagères supportant les livres étaient toutes couronnées par des objets hétéroclites. » (Page 66). Sylvain Larue sait créer des ambiances chaleureuses, voire douillettes, donnant envie au lecteur de se saisir d’un des ouvrages reliés de cuir figurant sur une étagère, de se lover dans un des confortables fauteuils et de s’abandonner à la lecture d’un roman d’aventures digne de Dumas.

En conclusion

Une des forces de ce roman policier historique est d’assurer à sa fiction une légitimité, une réalité en lui donnant pour base un contexte politique et social minutieusement restitué, permettant au lecteur profane de comprendre les tenants et les aboutissants du cadre dans lequel se déroule l’enquête de Léandre : « La république vient de naître, mais le triomphe est modeste, et elle est déjà attaquée de toutes parts, si bien que seule la force peut réprimer, avec violence, les mouvements d’excès qui naissent çà et là…La police, bien évidemment, nourrit un intérêt particulièrement étroit à ce qu’il n’arrive rien de néfaste aux représentants. » (Pages 161-162)

Un premier titre très prometteur, avec son ton léger, son style très soigné, ses nombreuses notes d’humour, les scènes d’action crédibles, les rebondissements qui nous préservent de l’ennui, son attrait marqué pour la bonne chère et les plaisirs de la vie. Un roman hédoniste, érudit, témoin de l’amour que l’auteur professe pour les richesses de notre histoire et de notre langue.

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