Steve BERRY : Série Cotton Malone – Tome 4 – La prophétie Charlemagne

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INFOS ÉDITEUR

Steve BERRY - Cotton Malone –La prophetie Charlemagne
La prophétie Charlemagne

Parution aux éditions Cherche Midi en février 2010

Parution aux éditions Pocket en février 2012

Traduit par Diniz GHALOS

An 1000, Aix-la-Chapelle. Othon III, roi de Germanie, pénètre dans la tombe de Charlemagne. Il découvre un manuscrit, couvert de symboles inconnus.

1935, Allemagne. Himmler crée un groupe d’archéologues et d’ésotéristes chargés de retracer les origines de la race allemande. Dans la sépulture d’un proche de Charlemagne, ils découvrent un manuscrit portant les mêmes mystérieux symboles.

2008. Afin d’élucider la mort de son père, Cotton Malone doit déchiffrer les énigmes entourant ces deux manuscrits. Il se lance dans une enquête à travers l’histoire et les civilisations.

(Source : Pocket – Pages : 704 – ISBN : 9782266204002 – Prix : 8,50 €)

L’AVIS DE CATHIE L.

La Prophétie Charlemagne est le quatrième tome de la série “Cotton Malone”. Le titre original, The Charlemagne Pursuit, a été publié en 2008 aux USA tandis que la version française a été publiée en 2010.  Il s’agit d’un thriller ésotérico-historique dans lequel l’auteur propose son interprétation personnelle concernant des secrets historiques liés à Charlemagne. Vendu dans le monde à plus de dis millions d’exemplaires, ce roman, selon le New-York Times “porte le genre à sa perfection”. Son intrigue se déroule sur trois périodes qui s’entrecroisent : l’an 1000 ; 1935 dans l’Allemagne hitlérienne ; 2008.

Les thèmes abordés

  •  Théorie de l’existence des Aryens ( idéologie raciste des nazis) :

“Elle lui raconta alors l’histoire d’un peuple de guerriers qui jadis auraient vécu en paix dans une vallée himalayenne. Un événement, dont le souvenir se serait perdu avec le temps, les aurait forcés à renoncer à leur vie pacifique au profit d’une existence belliqueuse. Certains seraient partis au sud et auraient conquis l’Inde. D’autres auraient déferlé vers l’ouest jusqu’aux forêts froides et pluvieuses du nord de l’Europe.(…)Ces envahisseurs himalayens n’avaient pas de nom.En 1808, un critique littéraire allemand leur en donna finalement un : les Aryens.” (Pages 100/101)

  • Évolution non linéaire des peuples: existence d’une civilisation bien plus ancienne que les Sumériens et très en avance :

“Il y a 55 000 ans, une civilisation a vu le jour, une civilisation qui est parvenue à progresser bien plus vite que le reste de l’humanité. Une civilisation de précurseurs, si vous voulez. Elle n’était pas extrêmement évoluée d’un point de vue technologique, mais elle était extrêmement en avance. Maths, archi, chimie, biologie, géologie, météo, astronomie. C’est dans ces domaines qu’ils excellaient.” (Page 161).

Cette civilisation aurait laissé des traces :

“Sur l’ensemble du globe, cette civilisation ancienne a laissé des messages, qu’il s’agisse d’objets, de cartes ou de manuscrits. Ces messages ne sont ni clairs, ni explicites, c’est certain, mais on peut parvenir à comprendre leur sens profond…” (Page 464)

=> Mythe très souvent évoqué ou servant de bases à nombres de romans car son mystère même est très attractif.

  • Évocation des recherches secrètes entreprises par les gouvernements américains successifs dans le contexte de la Guerre Froide :

“au cours des années 1950, 1960 et 1970, les Etats-Unis avaient initié un grand nombre de projets sur des sujets fort peu orthodoxes. Les phénomènes paranormaux, la perception extra-sensorielle, la manipulation mentale, les ovnis. Aucun champ d’étude n’était rejeté, dans l’espoir de remporter un avantage décisif sur l’Union Soviétique”. (Page 198)

  • D’une manière plus générale, Steve Berry aborde le thème de la vie et de la mort des civilisations :

“Toute culture contient les germes de sa propre destruction. La grandeur et le déclin sont les deux faces d’une seule et même médaille. L’histoire montre que toute société finit par provoquer elle-même sa propre chute.” (Page 162).

Les références bibliques et historiques sont le plus de ce roman bien documenté ; elles permettent de lui donner un ancrage dans la réalité, un peu comme un sceau d’authenticité :

“L’empereur Barberousse fit don de ce lustre au 12 ème siècle, après son couronnement, expliqua Christl. Il symbolise la Jérusalem Céleste, promise à tous les chrétiens, et qui descendra du ciel, pleine de la gloire de Dieu” Encore une référence à l’Apocalypse selon Saint Jean. Cela lui rappela la basilique Saint-Marc à Venise.” (Page 255)…

“Le chiffre 6 fut choisi en référence au trône de Salomon, tel qu’il est décrit dans l’Ancien Testament, poursuivait la guide. Salomon fut, selon la Bible, le premier roi à faire bâtir un temple, le premier à établir un règne de paix et le premier à s’asseoir sur un trône.” (Page 296).

Quant aux références historiques, elles sont nombreuses: le tombeau de Charlemagne, les rapports qu’il entretenait avec Eginhard, intellectuel qui faisait partie du cercle d’érudits qui entouraient l’empereur et son premier biographe; la cathédrale d’Aix-la-Chapelle; les théories délirantes et les recherches des nazis à propos des Aryens ; les expéditions polaires ; les sites incas et mayas, le tout dans un foisonnement de plus de 700 pages.

Le style : comme toujours, le style d’écriture de Steve Berry est fluide, agréable à lire, facile à comprendre, même lorsqu’il aborde des thèmes ou des périodes historiques peu connus. Les chapitres, plus ou moins courts, s’enchaînent à un rythme soutenu sachant entretenir l’intérêt du lecteur grâce au suspense savamment distillé.

L’intrigue

Le roman se découpe en quatre parties.

1 ère partie : 38 ans après les faits, Cotton Malone décide d’enquêter sur la disparition en mer de son père, à bord de son sous-marin. “Lorsqu’un sous-marin s’était abîmé en Antarctique, aucune flottille n’avait passé les profondeurs de la zone au crible de ses sonars. Aucun témoignage, aucun graphique, aucun schéma, aucune lettre, aucune photographie, aucun ordre signé n’avaient été réunis en vue de la constitution d’un véritable dossier d’enquête. Si vous avez lu le rapport d’enquête, alors vous saurez que ces fils de p… ont menti. Ils ont laissé le sous-marin  en plan. Mon père et les dix hommes d’équipage sont restés au fond à attendre qu’on vienne les sauver. Et personne n’est venu. Je veux savoir pourquoi la Navy a agi de la sorte.” (Page 52).

Dorothea s’intéresse également au sous-marin disparu car son père s’y trouvait. Elle montre à Malone le manuscrit plein de symboles mystérieux que l’empereur Othon avait pris dans le tombeau de Charlemagne :

“Le mystère de Charlemagne. C’est cette énigme que nous devons déchiffrer. C’est ce qu’Othon et tous les empereurs du Saint Empire germanique qui lui succédèrent furent incapables d’élucider. Si nous arrivons, nous découvrirons ce que nos pères étaient partis rechercher en Antarctique”. (Page 197)

=> Quelle habile manière de mêler passé et présent, fiction et histoire !!

Dans la 2 ème partie, les événements se bousculent un peu, maintenant un rythme assez échevelé. Les fils de différentes histoires se déroulent en parallèle les uns des autres, chacune apportant une pierre à l’édifice final : Cotton Malone ; Nelle/Davis/Smith; Ramsey ; Charlemagne et Eginhard ; l’équipage du sous-marin disparu ; la famille Lindauer et ses secrets…

3 ème partie : chacun des les fils se dénouent pour s’entrecroiser avec d’autres : Ramsey et son mentor ; Isabelle passant un accord avec Ramsey ; apparition du professeur Douglas Scotfield, l’homme à abattre (je ne vous dirais pas pour quelle raison…)

4 ème partie: dans l’espoir de comprendre enfin ce qui s’est passé dans le sous-marin, Cotton Malone et le clan Oberhauser se rendent en Antarctique. Pendant ce temps, le président Daniels prend les choses en main.

Dans un souci de donner une réelle existence à ses personnages, Steve Berry glisse plusieurs allusions à des enquêtes passées réalisées par Malone :

“Toute déprédation constituait un grave délit. Mais après le monastère portugais et Saint-Marc à Venise, il n’était plus à une entorse près.” (Page 284)…

“Très étrangement, la solution s’était imposée à son esprit telle la dernière carte d’une réussite. La même chose était arrivée deux ans auparavant. Au château de Cassiopée Vitt.” (Page 507)…

“Malone avait déjà vu des choses extraordinaires par le passé. Le Trésor des Templiers. La bibliothèque d’Alexandrie. Le tombeau d’Alexandre le Grand.” (Page 669).

Les personnages

  • Cotton Malone : a travaillé pour le ministère de la Justice américain avant de prendre sa retraite et de venir propriétaire d’une librairie à Copenhague, spécialisé dans les livres rares et anciens; né en 1961 ; séparé de la mère de son fils Gary. “Né en Georgie, âgé de 48 ans. Ancien officier de la Navy. Diplômé de l’école de droit de Georgetown. Avocat de la cour martiale de la Navy, agent du département de la Justice. Deux ans auparavant, une fusillade à Mexico lui avait valu sa 4e blessure dans l’exercice de ses fonctions, apparemment la limité à ne pas dépasser, puisque Malone avait opté pour une retraite anticipée (…) Il avait quitté la Navy et emménagé à Copenhague, où il avait ouvert une librairie.” (Page 53).
  • Gary : fils de Malone.
  • Stéphanie Nelle :  fonctionnaire travaillant pour le ministère de la Justice américain ; ancienne patronne de Malone. “Vous êtes honnête. Terriblement naïve, parfois. Têtue comme une bourrique. Mais toujours honnête. C’est assez rare pour être signalé.” (Page 130)
  • Amiral Langford C. Ramsey : chef du service de renseignement de la Navy. Il prend le reste du monde pour un ramassis d’imbéciles et est persuadé que les services de renseignement ne fonctionneraient pas sans lui.
  • Edwin Davis : un des conseillers personnels du président américain en matière de sécurité ; grand, dégingandé, cheveux gris.
  • Sterling Wilkerson : capitaine de frégate de l’US Navy ; travaille pour Ramsey ; directeur du bureau de Berlin.
  • Charles C. Smith Junior : assassin professionnel au service de Ramsey ; petit, peau très blanche, cheveux noirs. Spécialisé dans des opérations de surveillance en Asie centrale et au Moyen-Orient.
  • Robert Edwards Daniels : président des Etats-Unis.
  • Dorothea Lindauer : fille de Dietz Oberhauser et sœur de Christl Falk ; originaire de Bavière, descendante de la famille Wittelsbach. Grande, athlétique, cheveux blonds très courts, yeux café au lait, du charme. A des sources d’info au sein de la Navy.
  • Dietz Oberhauser : expert scientifique, recherches sur l’origine de toute civilisation.
  • Diane McCoy : conseillère adjointe du Président, à la sécurité nationale.
  • Christl Falk : fille de Dietz Oberhauser et soeur jumelle de Dotothea Lindauer.
  • Isabel Oberhauser : veuve de Dietz Oberhauser ; gère la fortune familiale.
  • Werner Lindauer : mari de Dorothea.
  • Hovey : capitaine de frégate ; travaille pour Ramsey.
  • Aatos Kane : sénateur du Michigan, candidat à la présidence ; homme très ambitieux.
  • Ulrich Henn : chambellan et homme de main des Oberhauser.
  • Henrick Thorwaldsen : ami danois de Malone.
  • Douglas Scotfield : professeur d’anthropologie, a collaboré avec la marine de 1968 à 1972 pour des missions classées secret défense.

Les lieux

Dans un thriller, tout est dans l’ambiance, raison pour laquelle l’auteur attache une certaine importance aux descriptions de lieux de façon à créer un décor sans que cela ne nuise à l’intrigue.

Une partie de l’histoire se déroule en Allemagne, dans la petite ville bavaroise de Garmish :

“Garmish était un écheveau de routes embouteillées et de quartiers strictement piétonniers. L’endroit ressemblait assez à un village miniature dans la vitrine d’un grand magasin de jouets, avec ses chalets alpins nichés dans la ouate, abondamment recouverts de flocons en plastique.” (Pages 52/53)…

Plus loin: “Les montagnes en dents de scie, barrées de coulées de neige, se dressaient dans le ciel de part et d’autre de l’autoroute. Il venait de sortir de Garmish, en prenant la direction du Nord, grimpant une côte tout en zigzags. De grands arbres aux troncs sombres conféraient au bas-côté une majesté certaine.” (Page 62).

Intéressante la description du château familial des Oberhauser : “L’imposant édifice se dressait sur le flanc abrupt d’une colline. Lucarnes, fenêtres à meneaux et fenêtres à encorbellement brillaient dans la nuit” (Page 183) => Décor propre à créer une ambiance un peu fantastique.

Retour aux USA, à Washington : ” C’était un matin blanc de givre et ensoleillé, typique de Washington. Ramsey arpentait le National Mall, près de la Smithsonian Institution, avec en face de lui le capitole, d’un blanc éclatant, qui se dressait au sommet de sa colline” (Page 235) => Descripition sobre mais suggestive.

Mon avis

Bien qu’il soit indéniable que Steve Berry maîtrise parfaitement l’art du thriller historique, que son style soit très agréable et son histoire bien ficelée s’appuyant sur des théories dûment argumentées, je note toutefois que La Prophétie Charlemagne gagnerait à être un peu moins long car les derniers chapitres sont un peu confus, les événements moins bien maîtrisés ; on sent que l’auteur s’essouffle un peu et qu’il lui tarde de terminer. J’ajoute que certains des personnages sont à la limite de la caricature : Ramsey, le méchant arriviste ; la famille de psychopathes richissimes…

Néanmoins, ce roman a pour ambition de proposer la réponse personnelle de l’auteur concernant certaines énigmes de l’histoire avec brio, sans pour autant en faire des vérités absolues. Steve Berry excelle à entrecroiser les liens entre passé et présent sans jamais créer de confusion, comblant les vides par son imagination qui est très fertile, il faut bien le dire. Mais, par respect pour son lectorat, ce dont nous ne pouvons que le louer, il informe ses lecteurs, dans une post-face bienvenue, de ce qui relève de la réalité ou pas (bien que certaines “vérités historiques” ne fassent pas l’unanimité, notamment la question de la sépulture de Charlemagne).

En conclusion, je dirai que ce roman, malgré ses petits défauts, est un chef-d’œuvre du genre, certainement un des meilleurs car un des plus honnêtes, sans verser dans le “sensationnalisme” cher à certains…Un très bon moment à passer.

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