Sheena KAMAL : Des yeux comme les miens

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Canada

INFOS ÉDITEUR

Sheena KAMAL - Des yeux comme les miens
Des Yeux Comme les Miens

Parution aux éditions JC Lattès le 17 janvier 2018

Traduit par Claire BRETON

Le téléphone la réveille à 5 heures du matin. Et avant 7 heures, un appel n’annonce jamais rien de bon. Nora ne connait pas Everett Walsh mais celui-ci est persuadé qu’elle doit savoir quelque chose sur sa fille adoptée récemment disparue.

Perturbée, mal comprise, Nora déjà submergée par ces problèmes personnels, refuse de s’impliquer. Jusqu’à ce qu’elle voie la photo. Une jeune fille, une adolescente, qui a ses yeux. Comment pourrait- elle lui tourner le dos ?

Mais partir à la recherche de sa fille renvoie Nora à un passé qu’elle préférerait oublier. À mesure qu’elle progresse dans son enquête, elle découvre une dangereuse conspiration à travers les ruelles sombres et pluvieuses de Vancouver jusqu’aux flancs enneigés des Rocheuses canadiennes. Pour finir, elle devra affronter son démon le plus terrible : une ombre surgie de son propre passé

(Source : JC Lattès – Pages : 350 – ISBN : 9782709656887 – Prix : 20,90 €)

L’AVIS DE LAURENT FABRE

Jamais Nora Watts, employée dans une agence de détective privé à Vancouver, Canada, n’aurait pu imaginer qu’un simple coup de téléphone allait chambouler sa vie…

Alors qu’elle pensé avoir tiré un trait sur son passé, Nora va devoir de nouveau devoir plonger dans des eaux troubles et mystérieux d’une vie chaotique.

Est-ce que sa personnalité borderline et ses aptitudes hors normes seront-elles suffisantes pour enrayer la mécanique impitoyable du destin ?

Un début fracassant qui laisse songeur, l’amorce d’une intrigue menée tambour battant, à partir de cette révélation qui va bouleverser la relative paisible existence de Nora Watts, ce premier roman d’une jeune auteure canadienne ne cessera de surprendre.

Une histoire à vous prendre en haleine du début à la fin, une lecture compulsive tellement le réalisme du propos emporte l’adhésion, les situations semblent sortir d’une expérience vécue, il n’y a aucune volonté de l’auteure à vouloir manipuler gratuitement son lectorat, elle sait disséquer, analyser au plus profond du personnage principal, à l’instar d’un fruit dont les peaux successives du passé seront progressivement délestés pour laisser apparaître ce que tout le monde cherche à fuir ou à traquer par tous les moyens : la vérité.

Le point fort de ce roman noir se traduit par son personnage principal, Nora Watts, une narration à la première personne qui envoûte dès les premières lignes, pas le temps de tergiverser, il suffit de la suivre dans son errance et périple, une énergie communicative, une témérité à toute épreuve dans sa volonté de trouver des réponses à sa propre existence, comment en est-elle arrivée là ? Quel cruel tour la vie lui réserve-t-il encore ? Pourquoi ces quinze années de battement ?

L’importance de préciser de soulever la question du métissage et du cosmopolitisme régnant dans la cité Vancouveroise.

Nora Watts est une cosmopolitaine qui trace sa vie dans les ruelles de la cité, qui slalome et qui connaît la ville comme sa poche. Vous découvrirez pourquoi et comment son histoire l’a endurcie, l’a façonnée, une personnalité hors des sentiers battus, elle paraît frigide ou psycho-rigide dans un premier temps mais très vite, des failles vont fissurer sa carapace, la remettre en question et lui donner de l’allant pour combattre les démons du passé, pour concrétiser sa mission.

Elle est forte, elle est faible, c’est une anti-héroïne par excellence, elle ne cherche pas la réussite ou la renommée, sa compagnie est limitée, sa capacité d’empathie aussi mais…

Cette antinomie dans ses particules élémentaires et psychologiques en fait une protagoniste à part entière, rien n’est calculé chez Nora, elle compte beaucoup sur l’instinct de survie, à protéger les plus démunis et faire preuve d’une certaine compassion à leur égard, elle lutte contre les goujats et autres nantis, la défenseuse malgré elle de la cause des minorités, en sous-main, dans l’ombre, elle est juste elle-même, habitée par un désir de justice et de vengeance, repousse toute forme de d’hypocrisie et d’opportunisme et sait les faire payer… à sa manière.

Jusqu’où l’instinct maternel peut-il aller ? Quel est le poids du mensonge ? Quelle partie occultée dans une vie pèse dans les tourments d’une personne ? Faut-il laisser à tout prix les fantômes du passé en paix ?

L’auteure sème des pistes improbables, mystifier ce passé trouble et plein d’incertitudes, graduellement le lecteur en apprend toujours plus, des chapitres alternant long et court pour donner cette variation et cette hésitation de Nora à mener sa quête jusqu’au bout, la souffrance ressentie, les épreuves subies renaissent des cendres, l’émotion gagne des points, des résurgences soudaines et imprévisibles, les larmes reviennent au galop, les plaintes et les douleurs sont lancinantes, le coeur du lecteur est en lévitation, un suspense qui gagne crescendo en rythme, une lecture qu’il m’a été difficile de décrocher jusqu’au milieu de la nuit, l’envie de connaître et de savoir, Nora n’est pas à prendre avec des pincettes et c’est ce que j’apprécie chez elle, sa détermination à tout donner, à assumer ses erreurs, à protéger la veuve et l’orphelin, à faire preuve de compassion à sa propre manière, sans fioriture, une certaine forme d’idiosyncrasie, assez singulier chez les personnages récurrents pour le signaler.

Par moment, une puissance émotionnelle qui vous chavire littéralement le palpitant, il n’est pas utile de préciser combien l’auteure sait aussi donner de l’épaisseur à l’entourage de Nora, ses employeurs au sein de l’agence de détective privé mais pas que, là encore rien de banal ni de cliché, j’ai déjà évoqué sa compagnie « particulière » et sûrement la seule qui lui soit dévouée … corps et âme, des intéractions toujours justes et qui servent à merveille l’interconnexion entre tous, le sentiment de suivre un récit haletant, toute la complexité de Nora évolue en roue libre avec toutes les palettes d’émotions palpables, une sensibilité certaine, un attachement précoce et toujours cette intuition du personnage qui tout en sachant redoute l’inconnu, les surprises qui peuvent surgir à tout instant dans sa vie.

Une famille est une composante essentielle dans la vie de toute personne, un père, une mère, une soeur, une tante, vous allez faire connaissance avec tout un pan de l’histoire de Nora Watts, des vies éclatées, des destins brisés, des réminiscences qui en disent long sur les vissitudes de l’existence, ses gouffres infinis dans la psyché de ces personnages, la reproduction, l’ignorance est l’une des pires maladies, la reconnaissance et surtout cette inlassable quête identitaire pour savoir, comprendre, d’où venons-nous ? Où allons-nous ? Connait-on assez ses plus proches familiers, à commencer par sa propre famille ?

L’environnement naturel et ce contraste entre l’urbain et l’état primitif, on parle d’ouest sauvage en abordant la ruée vers l’or sise dans les terres texanes, en voici une variante avec le Canada, le lecteur se sentira totalement immergé dans cette nature hostile, des forêts majestueuses, des îles féériques définitivement ouverte à tous les possibles y compris dans les fantasmes et autres mirages gagnant la protagoniste, souvenirs refoulés, urgence de la situation chevillée au corps et à l’esprit. Toujours. Encore.

Un premier roman avec un personnage féminin aussi fort et incarné en la personne d’une héroïne à la fois redoutable, inébranlable, d’une force mentale décuplée et tout en laissant apparaître quelques failles, quelques indices que vous allez découvrir et la révéler plus … humaine, sachant se fondre dans la masse pour mieux tirer son épingle du jeu, un dénouement qui va vous scotcher, vous faire adopter définitivement la plume d’une auteure en devenir, assurément.

Mon petit doigt me souffle que Sheena Kamal s’apprête déjà à sortir son deuxième roman avec… Nora Watts. Bien sûr.

Je remercie les éditions Éditions JC Lattès / Le Masque de m’avoir fait découvrir Des yeux comme les miens de Sheena Kamal.

La couverture est magnifique pour décrire une atmosphère à couper le souffle, dans cette mystérieuse et fascinante Colombie-Britannique, la province dont est issue la ville de Vancouver. C’est une ville cosmopolite mais pas seulement.

A vous maintenant de découvrir ses autres secrets, sous les yeux de Nora Watts.

 

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