Ingrid DESJOURS : La prunelle de ses yeux

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France

INFOS ÉDITEUR

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La prunelle de ses yeux

Parution aux éditions Robert Laffont dans la collection La Bête Noire en octobre 2016

Parution aux éditions Pocket en octobre 2017

Il est aveugle. Elle est ses yeux. Elle pense le guider vers la lumière. Il va l’entraîner dans ses ténèbres.

Gabriel a tout perdu en une nuit. Son fils de dix-sept ans, sauvagement assassiné. Ses yeux. Sa vie… Les années ont passé et l’aveugle n’a pas renoncé à recouvrer la vue. Encore moins à faire la lumière sur la mort de son enfant.

Quand un nouvel élément le met enfin sur la piste du meurtrier, c’est une évidence : il fera justice lui-même. Mais pour entreprendre ce long et éprouvant voyage, Gabriel a besoin de trouver un guide. Il recrute alors Maya, une jeune femme solitaire et mélancolique, sans lui avouer ses véritables intentions…

La cécité de conversion est une pathologie aussi méconnue qu’effrayante : suite à un profond traumatisme psychologique, vous êtes aveugle. C’est ce qui est arrivé au personnage principal de ce roman.

(Source : Robert Laffont – Pages : 320 – ISBN : 978-2221145968 – Prix : 20,00 €)

L’AVIS DE STANISLAS PETROSKY

Je n’avais encore jamais lu la plume d’Ingrid Desjours, on ne peut pas tout lire. Mais après que différentes personnes m’aient conseillé, j’ai lu, non dévoré son dernier opus en date.

Déjà la dame sait écrire, et bien, très bien même, une écriture fluide, pas de grande description inutile, on va à l’essentiel, mais avec classe. Du coup vous avez une lecture qui se fait avec plaisir, c’est déjà un bon point. Mais quand en plus l’intrigue est de toute beauté, d’un machiavélisme haut de gamme, avec des personnages torturés et hauts en couleur que demander de plus ?
Demander à ressentir quelque chose en plus… en plus de ce que l’on lit d’habitude ?

Pas facile, voir rarissime, la dernière fois se fut avec Serre-moi de Claire Favan (tiens même collection dites donc, La bête Noire chez Laffont), qui réussit un coup de maître avec le final de son livre, c’était il y a peu, alors recommencer déjà, non. Pas possible.

Et bien si. Là j’ai été submergé par l’émotion à la lecture d’un passage, non pas une torture écœurante qui m’aurait retournée tripes et boyaux à m’en donner la nausée, une scène où des images m’auraient sautées à l’imaginaire pour m’épouvanter, non rien de cela. Et ne comptez pas sur moi pour vous la décrire, c’est un coup à me froisser avec l’auteur pour avoir spolier son livre. Non je vous laisserais découvrir. Mais ce que je peux vous dire, c’est que Desjours dispose d’une très grande maitrise de l’empathie et sait la transmettre à son lecteur, bravo madame, chapeau bas.

Ça c’est pour le côté style et écriture, maintenant voyons l’histoire, l’intrigue, clé de voute d’un roman. Nous avons tous lu des livres qui nous ont fasciné, des « page-turner » comme l’on dit maintenant et qui n’avaient pas de style, mais que l’on a lu avec aisance et plaisir, donc le sujet est primordial, et peut parfois l’emporter sur le reste.

Il doit être innovant, si si cela doit encore être possible… ben d’ailleurs ça l’est : La cécité de conversion, rien à voir avec les changes euro/dollar qui dévisseraient et vous feraient perdre la vue. Non cette pathologie méconnue est un petit court-jus au plafond dû à un choc émotionnel important. Le trauma psychologique qui rend aveugle, les yeux fonctionnent, pas de souci, mais il n’y a plus la connexion, la vacherie, du jour au lendemain tu deviens aveugle, alors que tout marche, ou pas.

Rajoutez là-dessus que le type à qui ça arrive, en plus de paumer la vue, il a aussi perdu son fils de 17 ans. Son gamin tabassé, torturé…

Une maladie bizarre, un homme en soif de vengeance, une guide d’aveugle pas mal tourmentée et plutôt pas mal roulée, une belle brochette de pourritures haut de gamme, tous les ingrédients sont réunis, et comme je l’ai mentionné au-dessus, la dame sait écrire, vous avez là un vrai petit bijou de thriller qui vous maintien en haleine du début à la fin.

Je sais, je ne cause pas trop de l’histoire, mais c’est un fait exprès, je n’ai pas envie de la déflorer, de vous en donner quelques indices que ce soit, car je suis intiment convaincu que moi vous en saurez sur l’histoire, plus vous en savourerez la lecture…

La prunelle de ses yeux, Desjours et des nuits…


L’AVIS DE GILLES GOUFFE

Plongez dans la noirceur de ses âmes torturées par un passé sans concession. Des personnages à fleur de peau, taillés au scalpel de la vie.

Qui guide qui ? Et vers où ? Plongez dans ce clair-obscur qui vous réserve bien des surprises. Entre chien et loup, les formes et les ombres sont souvent trompeuses. Surtout quand les sentiments comme l’amour, la vengeance, la haine viennent perturber « la prunelle de vos yeux ».

Les yeux miroir de l’âme…

Comme à son habitude l’auteure joue avec les émotions de ses personnages, mais aussi avec celles de ses lecteurs.


L’AVIS DE LEA D.

Merci à Robert Laffont !

La prunelle de ses yeux va nous faire vivre l’histoire de trois personnages : Victor, un jeune garçon de 17 ans battu à mort ; son père Gabriel, devenu aveugle dans un accident et cherchant à élucider la mort violente de son fils ; et enfin Maya Torres, connecté à Victor de façon mystérieuse.

Gabriel décide de partir à la recherche des personnes responsables de la mort de son fils, et pour cela il embauche Maya. En chemin, on va se rendre compte que Victor est un garçon très brillant, mais qui semblait cacher de lourds secrets. Torturé et curieux, on peut se demander s’il n’avait pas mis le doigt dans un engrenage fatal… Torturé, on peut également mettre ce mot en face de Gabriel et Maya. Gabriel est atteint de cécité de conversion : pas de lésion au cerveau, ni aux yeux. Et on pourtant, la personne n’y voit rien. Gabriel pense que c’est le choc psychologique de la mort de son fils qui à l’origine de cette cécité. En résolvant son meurtre, peut-être que tout rentrera dans l’ordre. De son côté, Maya semble cacher tout autant de chose. Pourquoi ne peut-elle pas revenir en France ? Est-ce la raison de son alcoolisme ? Lorsqu’elle rencontre Gabriel, elle pense avoir trouvé le bonheur et l’amour. Elle se sent attiré par lui, pense pouvoir s’abandonner totalement à lui… Et pourtant, une petite voix lui souffle qu’il y a beaucoup d’étrangeté dans cet hommes et ses dessins, et qu’il y a beaucoup trop de coïncidences. Que croire ?

Suivant Ingrid Desjours depuis ses débuts avec Potens et Echo, je ne pouvais qu’être curieuse de lire son petit dernier ! Surtout que La prunelle de ses yeux s’avère aussi captivant que ses précédents titres. On y retrouve des personnages cabossés, démolis, mais bien déterminés à continuer à vivre, d’une manière ou d’une autre. Brossés avec précision, on ne peut qu’aimer Gabriel, Victor et Maya. Pour des raisons différentes, mais surtout grâce à leur humanité et leurs parcours. Malgré leurs erreurs, leurs failles et les mauvais choix, ils restent des personnes profondément touchantes et humaines. La vie n’a pas été tendres avec eux, mais on peut voir malgré tout de la lumière au bout du tunnel.

On retrouve dans La prunelle de ses yeux la « patte » caractéristique d’Ingrid Desjours. Une atmosphère très sombre, des personnages profondément marqués, des pages qui défilent à toute allure… Et on apprend toujours quelque chose ! Ici, on peut notamment faire la connaissance de la cécité de conversion, une pathologie très peu connue et que l’on va découvrir ici. Outre cela, Ingrid Desjours aborde également la question de l’homosexualité, des relations humaines (notamment parent-enfant), du bizutage, de la politique, des attentats…

Je vous conseille La prunelle de ses yeux¸ un livre vraiment captivant !


L’AVIS DE HÉLÈNE B.

Après la mort crapuleuse de son fils de 17 ans, Gabriel se réveille à l’hôpital privé de sa vue.

Ce roman évoque l’histoire de Victor, jeune homme brillant, qui rentre dans une grande école réputée. Si  Victor est entré dans cette école ce n’est pas pour décrocher le diplôme qui le fera rentrer dans l’élite sociale mais c’est pour dénoncer la violence, le racisme, le bizutage et le harcèlement menés par un petit groupe d’étudiants pensant être au-dessus des lois. Il se lie d’amitié avec la petite amie du meneur de la bande.

Victor c’est l’idéaliste, le rêveur, son père Gabriel apparaît comme un homme bourru, misogyne aussi et parle de manière très cru à son fils. Victor, l’idéaliste, le garçon doux et délicat se retrouvera assassiné de manière barbare dans un cimetière.

Au risque de trop en dire, je vais vous parler du thème de la vue qui résonne comme une métaphore singulière tout au long du roman.

La vue et la cécité peuvent prendre des significations bien plus profondes que la simple perte d’un sens.

Gabriel s’est-il puni de ne pas avoir vu ce qu’était réellement son fils ? Gabriel n’était-il pas déjà aveuglé par ses préjugés et convictions ? C’est paradoxal mais la cécité va-t-elle lui ouvrir les yeux ?

Dans sa quête de vérité et de vengeance, notre papa brut de décoffrage va se découvrir en découvrant la vérité.

Je ne connaissais pas Ingrid Desjours mais j’ai beaucoup aimé son écriture qui est agréable et aérée puis on sent de suite la patte de l’experte en psychocriminologie. Ce thriller psychologique nous entraîne dans les méandres de l’âme humaine non seulement à travers la cécité de conversion de notre héros mais aussi à travers la cruauté de la bande d’étudiants. A ce sujet, elle nous rappelle l’expérience de  Milgram, expérience de psychologie sociale très connue. En effet, ce roman montre de quelle manière, sous l’autorité d’un meneur, un tiers peut exécuter des horreurs. Si cette expérience est critiquable sur certains points, elle a pour but de comprendre les mécanismes de la soumission. Ce thriller captivant parvient à nous faire comprendre le drame qu’a vécu Gabriel. On ne parle pas d’un policier qui enquête mais d’un père qui souffre et veut savoir. Thriller psychologique très fort et intense, la prunelle de ses yeux est un roman écrit avec force et brio par une auteure que je vais continuer de découvrir.

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