Pascal MARTIN : La reine noire

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France

INFOS ÉDITEUR

Pascal MARTIN - La reine noire
La reine noire

Parution aux éditions Jigal le 8 septembre 2017

En ce temps-là, il y avait une raffinerie de sucre dont la grande cheminée dominait le village de Chanterelle. On l’appelait la Reine Noire. Tous les habitants y travaillaient. Ou presque… Mais depuis qu’elle a fermé ses portes, le village est mort. Et puis un jour débarque un homme vêtu de noir, effrayant et fascinant à la fois… Wotjeck est parti d’ici il y a bien longtemps, il a fait fortune ailleurs, on ne sait trop comment… Le même jour, un autre homme est arrivé. Lui porte un costume plutôt chic. L’un est tueur professionnel, l’autre flic. Depuis, tout semble aller de travers : poules égorgées, cimetière profané, suicide, meurtre… Alors que le village gronde et exige au plus vite un coupable, dans l’ombre se prépare un affrontement entre deux hommes que tout oppose : leur origine, leur classe sociale, et surtout leur passé… La Reine Noire est peut-être morte, mais sa mémoire, c’est une autre histoire…

Avec LA REINE NOIRE, Pascal Martin a écrit un roman noir et troublant. En toile de fond, un roman social qui entremêle douleur et mémoire du peuple ouvrier, celles des vaincus et des oubliés. Et par ordre d’entrée en scène : Chanterelle, un de ces villages que le destin a foudroyé, son usine abandonnée, sa place, son bistrot, ses alcolos, son ambiance à couper au couteau, ses silences assourdissants, ses figures locales, ses grandes gueules, ses lâchetés, son décor de misère et de désespoir, ses non-dits, ses jalousies, ses voies sans issue et ses souvenirs encombrants… Et puis arrive Wotjeck – alias Mata. Et depuis son retour tout semble aller de travers… Mais les commères, les bavards et les médisants veillent au grain : ils grondent, ils veulent être en sécurité, ils veulent un coupable et que tout redevienne comme avant… Alors le drame peut se mettre en place ! Inéluctable, machiavélique, violent, rédempteur ! LA REINE NOIRE, nouveau polar de Pascal Martin, est un roman noir réaliste, et un modèle du genre !

(Source : Jigal – Pages : 248 – ISBN : 9782377220144 – Prix : 17,50 €)

L’AVIS DE JEAN-MARC VOLANT

Le plaisir de retrouver les romans noirs de chez Jigal…

Les auteur(es) de cette maison d’édition savent nous concocter de fortes histoires… que ce soit dans le domaine du policier pur et dur, ou du roman noir, on s’y retrouve toujours avec plaisir en tant que lecteur.

Dans une petite ville du nord, sévèrement touché par le chômage et l’inactivité depuis la fermeture de la grande usine à sucre surnommée la reine noire, les temps sont durs. Tout le monde trainent la patte et les rancoeurs et les aigreurs sont monnaie courante dans la petite ville depuis ce coup du sort.

L’arrivée de deux personnes, étrangères de prime abord, mais que l’on va deviner comme des enfants nés et ayant vécu dans cette petite ville, vont raviver des tensions que l’on croyait éteintes… l’ambiance déjà très morne va virer au drame et au règlement de compte.

Première lecture des romans noirs de Pascal Martin. J’ai pris beaucoup de plaisir à lire ce roman, qui, avec un sujet que l’on a déjà vu et lu, nous emmène et nous fait vivre avec force le relationnel très tendu entre les habitants de cette petite ville de Chanterelle et les autres, moins accueillants, au passé trouble. De tous ces personnages principaux et secondaires, on ressent comme un malaise en lisant leurs différentes péripéties. Des péripéties qui en amènent d’autres, tout cela sous des reminescences de vengeances, de Loi du talion, quand on veut rendre la monnaie de sa pièce à quelqu’un… Un roman court mais intense dans les émotions. Une noirceur qui anime souvent ces petites villes que l’on croit tranquille alors que la plus extrème tension y règne.

Faites-vous plaisir. Si vous aimez ces romans qui mélangent l’affectif, la tension d’un drame et des personnages forcément attanchants, vous ne pourrez qu’aimer ce bouquin.


L’AVIS DE CATHIE L.

Pascal Martin est un journaliste et écrivain français né en 1952 près de Paris. Il a longtemps parcouru le monde pour réaliser des enquêtes diffusées sur TF1 et les chaînes publiques. Dès 1986, il réalise des enquêtes pour les magazines télé “Le Magazine”, “Edition Spéciale” et “Place publique”. En 1989, il se spécialise dans l’investigation pour une collaboration exclusive de dix ans avec “Envoyé Spécial”. Ses reportages font référence et lui valent de nombreuses récompenses comme le “Grand Prix des télévisions francophones” pour son film sur la révolution roumaine en 1992, et le “Sept d’or” du meilleur reportage pour son enquête sur le Front National : “Front National, la nébuleuse”. Son premier roman Le Trésor de Magounia, publié en 2005, a obtenu le prix Exbrayat 2005.

Le roman

La reine noire, publié en septembre 2017 par les éditions Jigal, est plus un roman social noir qu’un véritable roman policier, même s’il y a une enquête et des crimes. C’est l’histoire d’un village foudroyé depuis que la seule source de travail, la raffinerie de sucre, a fermé ses portes, plongeant Chanterelle dans un trou noir sans fond.

Le style de Pascal Martin est vif, noueux comme les hommes et les femmes de son roman, déployant sa langue imagée comme un rempart contre la morosité et le désespoir :

“A force de lui bourrer le cul, l’abbé a fini par lui coller un polichinelle dans le tiroir. L’évêque n’a pas apprécié, d’autant plus que la môme a des courants d’air dans le caberlot. Il a envoyé le curé faire le guignol dans un monastère en Bretagne.” (Page 30).

Les nombreux dialogues rappellent la gouaille des films policiers français des années 60, façon Michel Audiard, par exemple la comédie mythique de Gorges Lautner Les tontons flingueurs. Pour autant, le démarrage est lent : la caméra de Pascal Martin se déplace pas à pas dans une ambiance de fin du monde où chaque pièce du décor se met en place, un peu comme dans les westerns quand le héros se retrouve sur la place centrale face au méchant, chacun la main posée sur le revolver, prêt à dégainer…

Chanterelle semble abandonnée des dieux, reléguée au fin fond de la Lorraine, figée dans l’ambre. Seuls de vagues échos de vie lui parviennent via les ondes d’un petit poste de radio, ancrage irréel dans la réalité :

“La France entière protestait contre les fermetures d’usines, les délocalisations, les licenciements …le bouillonnement qui agitait le pays parvenait jusqu’ici comme un écho vague, un murmure lointain. Ici, la guerre avait déjà eu lieu. La terre était déjà brûlée. C’était comme si le village était hors du monde.” (Pages 32-33).

L’intrigue

“En ce temps-là, il y avait une raffinerie de sucre dont la grande cheminée dominait le village de Chanterelle-les-Bains. On l’appelait la Reine Noire. Tous les habitants y travaillaient. Ou presque…Mais depuis qu’elle a fermé ses portes, le village est mort” et ses habitants errent comme des zombies.

Un jour, un homme étrange, portant des lunettes rondes et noirs avec des sortes de manchons en cuir collés à ses tempes, entièrement vêtu de noir, arrive au village au volant d’une splendide BMW noire, Les Troubadours de Lorraine emplissant l’habitacle de leur musique d’un autre temps. Qui est-il ? Pourquoi s’installer précisément à Chanterelle, ce trou perdu où il n’y a rien à faire qu’attendre la mort ?

Le même jour, arrive Durand, un flic qui travaille pour Interpol. Qu’est-ce qu’il peut bien chercher ici ? Est-ce le fruit du hasard ou y a-t-il anguille sous roche ? Personne au village ne le sait mais, une chose est certaine, depuis qu’ils sont là, tout va de travers: des poules égorgées, le cimetière profané, des suicides et des meurtres à répétition. Alors que les villageois désignent un coupable tout trouvé en la personne de l’homme étrange tout de noir vêtu, le passé refait surface et les comptes vont devoir se régler une fois pour toutes.

Les personnages

Tous les personnages de La reine noire, hauts en couleurs, semblent tout droit sortis d’un film noir, chacun incarnant un personnage spécifique, sans oublier le chœur des tragédies grecques en les personnes des joueurs de carte. Avec dans l’ordre d’apparition :

  • La mère Paillet : propriétaire du café du Centre, point névralgique du village ; grande femme au visage fané dont la poitrine opulente et les longues jambes et fines attirent toujours le regard des hommes ; ne semble rien faire d’autre qu’astiquer ses verres.
  • L’homme en noir : Thomas Wotjeck allias Mata; grand, silhouette imposante, visage très pâle, cheveux coupés court lui donnant l’allure d’un clergyman, yeux très bleus presque translucides, ses pupilles semblant baigner dans une lumière céruléenne, d’origine polonaise ; a vécu un temps à Surabaya, en Indonésie.
  • Marjolaine : la serveuse du café du Centre ; un peu forte mais gracieuse avec ses yeux vifs et ses cheveux coupés à la garçonne ; caractère de cochon ; de nature curieuse ; fille de Coutadeur l’ancien maire.
  • Riquet : propriétaire d’une agence immobilière à Bar-le-Duc ; cheveux gominés, visage en lame de couteau ; ami de Marjolaine.
  • Mère Lacroix Marie : ancienne bonne du curé parti expier ses péchés en Bretagne ; femme de ménage, vrai langue de vipère; visage sec, lèvres pincées, drapée dans une longue robe noire, ressemble à un épouvantail; gestes brusques d’une femme habitée par une colère intérieure.
  • Michel Durand : natif de Chanterelle; ne boit jamais d’alcool ; fils de l’ancien directeur de la raffinerie ; flic travaillant à Interpol à Lyon où il s’occupe de grand banditisme international ; homme froid, distant, prétentieux ; surnommé par ses collègues “le petit parpaillot” tant il est rigide; porte le bouc et fume la pipe; tous les jours asperge ses cheveux de Petrole Hann.
  • Vaucouleur : fils du quincaillier ; joueur de cartes.
  • Paufilet : petit et malingre ; joueur de cartes.
  • Gaby Fernel : pharmacien ; joueur de cartes.
  • Joe : propriétaire de l’auberge “Le Moulin de Joe” ; vieil homme maigre, front blafard, fiévreux, malade des poumons.
  • Ali : Arabe, belle tête, beau sourire, élégant ; ancien ouvrier de la raffinerie.
  • Wayang : prostituée résidant à Surabaya, ancienne compagne de Mata, devenue la plus grande tenancière de bordel de la ville.
  • Spatz : nouveau maire de Chanterelle, a fait fermer la raffinerie ; voix nette et tranchante, teintée d’un léger accent alsacien ; dégage une impression de puissance, sûr de lui, dominateur.
  • Milos : fils de Spatz, ami de Marjolaine, gentil garçon.
  • Chang-Gi : un des caïds de la mafia locale de Surabaya, patron de la raffinerie où Mata avait travaillé à son arrivée en Indonésie ; devenu ami de Mata.
  • Alain Vergnot : travaille au service central de renseignement territorial, l’ancienne antenne des renseignements de Nancy ; 40 ans, visage ouvert, allure sportive ; contact de Durand.
  • Marie-Madeleine : fille que la mère Lacroix a eu avec le curé; âgée de 15 ans ; un peu attardée mentale ; débite des obscénités à longueur de temps ; travaille avec sa mère.

Les lieux

Chanterelle-les-Bains, lieu principal de l’action, “un ensemble de petites maisons aux toits en tuiles rouges alignées autour d’une allée centrale, une de ces anciennes cités ouvrières qui dans le temps fourmillaient en Lorraine. Comme la plupart d’entre elles, celle-ci était à l’abandon. Les tuiles étaient noires. Les jardinets envahis de ronces.” (Page 6).

Plus loin, après être passé sous le pont, on débouche “au pied de la grande cheminée. Autour d’elle, les bâtiments étaient éventrés, fenêtres éclatées, charpentes crevées, fûts et citernes rongés par la rouille. Les façades des silos étaient lézardées, couvertes d’humus. De longues coulées jaunâtres s’écoulaient des toits comme des pleurs séchés.” (Page 7). => Le décor est posé.

L’ambiance : toutefois, une vie occulte continue d’habiter le village, une vie faite de lettres anonymes, de dénonciations, la loi du silence, une ambiance à couper au couteau digne des meilleurs films noirs américains :

“Le bar était silencieux. Les seuls bruits qu’on entendait étaient ceux des joueurs de cartes qui laissaient leurs mains retomber lourdement sur le tapis pour couper à cœur, pique, trèfle ou carreau, c’était selon, sans prononcer le moindre mot mais avec une sorte de fureur meurtrière contenue au fond des yeux.” (Page 8).

Mon avis

Avec La reine noire, Pascal Martin nous invite à découvrir un univers plutôt inhabituel dans le monde très diversifié du polar : celui du polar social, dénonçant le règne de l’argent et du profit, n’hésitant pas à sacrifier tout un village sous prétexte de rendement et de modernité.

La plume est incisive, parfois même empoisonnée, comme celle de ces lettres anonymes qui inondent Chanterelle. Ici pas de langue de bois, ni de compromission. Pascal Martin met à nu ce décor fait de lâchetés et de jalousies, braque son projeteur impitoyable sur les murs et les rues fantômes, débusquant en chacun les pires instincts, la règle d’or du chacun-pour-soi dans ce monde désabusé qui survit en dehors du temps.

Un grand moment de littérature policière un peu déjantée, avec ses scènes d’anthologie, qui vous fera pour le moins passer un très bon moment et, au mieux, toucher du doigt les dysfonctionnements et contradictions de notre société dite moderne, car n’oublions pas que La reine noire est d’abord et avant tout un polar social.

 

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