Lionel OLIVIER : Le crime était signé – Prix du Quai des Orfèvres 2016

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Le crime était signé est un roman bien ficelé, qui se lit tout seul, avec de l’action, des personnages humains et bien campés.

INFOS ÉDITEUR

Le crime etait signe - Lionel OLIVIER

Parution aux éditions Fayard en novembre 2015

Prix du Quai des Orfèvres 2016

À peine seize ans, cette gamine retrouvée nue, étranglée près du cimetière… Et ces pervers qui s’exhibent entre les tombes… Et ce fumier qui croit séquestrer l’innocence qu’il a perdue…

Morte d’avoir trop ou mal aimé ?

Des halls de banlieue, zones de non-droit, à la propriété somptueuse d’aristocrates au-dessus des lois, la Crim’ est malmenée, impuissante à répondre au drame des parents ! Alors que l’ADN reste muet, un témoin « signe » une vérité singulièrement humaine…

(Source : Fayard – Pages : 360 – ISBN : 9782213687001 – Prix : 8,90 €)

L’AVIS DE CATHIE L.

Le crime était signé est le cinquième roman de Lionel Olivier. Il a été publié en novembre 2015 par les éditions Fayard, collection « Documents ». Il a reçu les Prix du Quai des Orfèvres 2016, prix littéraire récompensant un manuscrit inédit de roman policier écrit par un auteur de langue française. Le jury est présidé par le directeur de la police judiciaire de la préfecture de police de Paris (actuellement Christian Sainte).

Le crime était signé est extrêmement bien documenté, ça sent le vécu, comme qui dirait. Normal, puisque son auteur a fait carrière dans la police. Il n’empêche que ce roman s’apparente beaucoup à un documentaire tant le texte est émaillé de nombreuses précisions concernant la procédure à suivre : interrogatoires, enquêtes de voisinage, visionnage des vidéos enregistrées par les caméras de surveillance, épluchage des appels téléphoniques passés par les suspects, les perquisitions, les planques, etc…

Le style est simple, le langage accessible à tous, avec de nombreux dialogues et des répliques savoureuses à « la Audiard » dans sa meilleure période, celle des « Tontons flingueurs ». Avec une touche d’humour propre à l’auteur.

L’intrigue :

Le cadavre d’une jeune fille turque âgée de seize ans , étranglée et nue,  est retrouvé dans le coffre d’une voiture garée dans une impasse de la banlieue parisienne depuis plusieurs semaines. Personne n’a rien vu. Aucune adolescente signalée disparue.

Les indices collectés par l’équipe du commandant Fergeac laissent à penser que l’enquête est loin d’être aussi simple qu’il n’y paraissait au début, les conduisant à suivre plusieurs   pistes, sans savoir lesquelles sont intéressantes et lesquelles ne sont que des impasses : le trio de copains homos qui s’amusent à  célébrer leurs ébats dans un cimetière ? Le prof de svt de Jessica, la copine disparue de la jeune turque assassinée, Açelya ? Ou l’aristo traditionaliste bien propre sur lui ?

Une enquête « dont les pistes partaient dans plusieurs sens. D’abord, les deux pèlerins dépravés, puis Faye l’Africain, et aujourd’hui Luc Vernoy, l’enseignant. Sans fil conducteur. » (Page 168).

Les personnages :

  •  Quentin Fergeac : taille élancée, allure sportive, une mèche rebelle, une fossette; commandant à la « crim » : « Quentin Fergeac n’était-il pas la caution du groupe? Il savait prendre sur lui la responsabilité de décisions difficiles dans l’intérêt du service, pour préserver la confiance de ses troupes » (Page 185); il est le personnage le plus abouti: au fil du roman, l’auteur distille les données concernant son parcours, sa vie privée ( par exemple, dans quelles circonstances il a rencontré sa femme), sa conception personnelle de son métier, le drame de la mort de son fils, ses souvenirs => Une fine toile qui le rend humain, accessible, sans que cela ne prenne la pas sur l’intérêt de l’intrigue.
  • Capitaine Féraud : fait partie de l’équipe de Fergeac.
  • Capitaine Clément Rieulay, procédurier, surnommé « paluches » ; 1m90 : joue de sa taille imposante pour intimider les suspects.
  • Fontaine : technicien de l’inspection judiciaire.
  • Michel Solau : membre de l’équipe de Fergeac.
  • Buteaux : technicien de l’inspection judiciaire.
  • Commissaire Louvel : chef de section et ami de Fergeac.
  • Emilie Férain : seule femme de l’équipe ; physique avenant, coupe à la garçonne, corps bien proportionné.
  • Fred :membre de l’équipe de Fergeac.
  • Jessica : jeune fille disparue, amie de la jeune fille turque retrouvée assassinée.

Voici pour les personnages principaux de l’histoire. Des personnages secondaires émaillent çà et là le récit, tout aussi intéressants mais trop nombreux…

Les lieux :

L’essentiel des scènes se déroule dans le 93, département de la banlieue parisienne à la réputation souvent sinistre , mais aussi dans Paris intra-muros, notamment dans les locaux de la « crim » situés au fameux 36, quai des Orfèvres. Les lieux sont ici conçus comme des décors où prennent place les éléments de l’enquête ; ils sont donc esquissés avec sobriété dans le seul but de permettre au lecteur de s’y retrouver: par exemple, le lieu de la découverte du corps :

« L’endroit était tranquille, la rue en impasse bordait le cimetière. Des pavillons individuels, des blocs d’immeubles de deux étages s’alignaient en parfaite harmonie. » (Page 18)

…ou le quartier de Montfermeil dans lequel Fergeac et son équipe se rendent :

« Les barres d’immeubles avaient succédé aux petites zones pavillonnaires. La cité des Bosquets dans toute sa splendeur, où il repéra l’immeuble de Badou Faye derrière une rangée de containers-poubelles sur roulettes. » (Page 102).

Ce qui n’empêche pas une petite intrusion dans un monde à des années-lumière de la banlieue :

« Un cours d’eau, « la Gueville », dont ils avaient lu le nom sur un panneau à l’entrée du hameau du Gâteau, serpentait à travers une prairie à l’arrière de la demeure. De hautes fenêtres donnaient sur une allée arborée, alignées avec symétrie sur une façade de briques aux arêtes de pierre. Dans la brume, un voile diaphane auréolait d’une teinte grisâtre la base du manoir, donnant l’illusion qu’il flottait au-dessus d’une mer étale. » (Page 306).

Mon avis :

Le + : un vrai témoignage sur la police d’aujourd’hui vue de l’intérieur, particulièrement pertinent dans le contexte actuel du malaise d’une police qui doit faire face à des événements auxquels elle n’est pas forcément préparée ( le terrorisme, la cyber-criminalité), dans une société meurtrie, à la dérive.

Regard « professionnel » qui nous permet de mieux comprendre le quotidien de ces hommes et femmes qui ont choisi de protéger leurs concitoyens malgré un système inadapté : « A trop vouloir copier le système américain, la justice française nous fait perdre un temps fou. -Tu n’as pas digéré cette réforme ? -Tu peux me dire pour quel bénéfice ? Les frais de justice atteignent maintenant une croissance dingue, alors qu’on manque de tout ici. »(Page 62)… « Ce ne sont pas les locaux qui ont fait notre force, notre renommée, c’est notre capacité à nous serrer les coudes, à faire face à l’adversité. A rebondir. A gagner. » (Page 350) => Loin de moi l’idée d’excuser tous débordements et leurs conséquences, mais c’est très intéressant de voir l’envers du décor.

Pourtant aucune amertume dans la plume de Lionel Olivier : il raconte les faits, le quotidien avec les moyens souvent insuffisants, les tâches à accomplir pour résoudre l’affaire en cours… les questionnements, les doutes, les frustrations face aux échecs; mais aussi la satisfaction de voir une affaire se conclure avec l’arrestation du ou des meurtriers…Avec beaucoup d’humour et d’humanité. Tout n’est pas noir ou blanc : ceux qui vivent dans les immeubles en banlieue ne sont pas tous des délinquants; et ceux qui vivent dans des hôtels particuliers ne sont pas tous des parangons de vertu.

Le crime était signé est un roman bien ficelé, qui se lit tout seul, avec de l’action sans rien de spectaculaire, des personnages humains et bien campés. Un très bon divertissement.

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Ecrivain de romans historiques, chroniqueuse et blogueuse, passionnée de culture nordique et de littérature policière, thrillers, horreur, etc...

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