Jean-Luc BIZIEN : Et puis mourir

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Jean-Luc BIZIEN : Et puis mourir
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Présentation Éditeur

Plusieurs samedis d’affilée, alors que tous les services de police de France sont mobilisés par les manifestations des gilets jaunes, des meurtres sont commis dans les beaux quartiers de Paris. Cela pourrait être l’œuvre d’un déséquilibré qui aurait poussé jusqu’à la vengeance les revendications de justice sociale, mais le commandant Jean-Yves Le Guen n’y croit pas.

Avec son adjoint, le capitaine Patriziu Agostini, ils jouent contre la montre. Car l’idée d’un « meurtrier gilet jaune » menace de faire l’objet de récupérations politiques qui ne feraient qu’empirer la situation – et le prochain samedi de protestations se rapproche …

Origine Flag-FRANCE
Éditions Fayard
Date 30 septembre 2020
Pages 342
ISBN 9782213717272
Prix 18,00 €

L'avis de Stanislas Petrosky

Ça fait quelques paires d’années que Bizien est dans le panorama littéraire.

Il fait partie de ces auteurs multifacettes, qui sont capables te faire un polar tiré à quatre épingles digne du Quai des Orfèvres, en passant par du jeunesse, de la SF, du roman noir, de t’emmener aux pays des dragons, te faire marrer avec Vuk Kovasevic. Ils ne sont pas nombreux à sortir de leur pré carré sans se planter la gueule dans une ornière. Bizien est l’un de ceux-là, c’est te dire le talent du bonhomme…

C’est aussi un gus qui suit l’actualité, qui s’est dit que les Gilets Jaunes pouvaient servir de contexte à un roman policier. Le genre de bouquin qui pourrait vite sombre dans la caricature, sauf que Jean-Luc prend le problème à revers, loin de faire le mouvement une pièce maîtresse de son intrigue, c’est juste un élément indispensable du décor.

Il va t’offrir un duo de flics qui tient la route, loin de la caricature du flic divorcé et alcoolo, il n’en a pas besoin pour que tu « accroches » à ses personnages. Tu es aux côtés de Le Guen pour tenter de comprendre qui flingue ces vieux bourgeois.

Le plus de ce roman ?

L’intelligence…

Je t’explique : Bizien fait un bouquin qui se déroule pendant la crise des Gilets Jaunes, tu te dis que l’auteur va te faire passer des messages « sociaux » via ce mouvement. Ben non, rappelle-toi que la plume, Bizien, il la manipule depuis pas loin de vingt piges, alors il est bien plus malin que ça, et surtout, il aime bien étonner, piéger…

Idem, pas de blanc, pas de noir, du gris, j’entends par là que les protagonistes de ce livre sont des fildeféristes de la vie, toujours en équilibre pour ne pas basculer.

Lire Et puis mourir, le finir, fermer le livre, et puis sourire…

L'avis de Yannick P.

Gilets jaune, la révolte des sans-dent, des sans-avenir, l’insurrection populaire le long des belles avenues haussmanniennes, quand dans les immeubles huppés, des morts d’une rare violence s’égrènent. Rien ne filtre chez les médias pour l’instant. Un tueur. Chaque samedi, un mort de plus en parallèle des événements. Des morts mais personne ne tue sans raison.

Une aubaine politicienne pour discréditer le mouvement populaire ou une tannée policière. Rien n’est joué.

L’enquête est confiée à un duo de flics. Le breton et le corse. Le Commandant Jean-Yves le Guen et le Capitaine Patriziu Agostini, tous deux attachés au nouveau 36. A chacun sa vision du métier. La vérité et la justice. Et si de temps à autre, les deux notions se mélangent, il est faut parfois faire des choix. Le plus difficile, les assumer.

Le choix, c’est ce que Gabriel a fait en étant infirmier en Ehpad, en accompagnant une malade d’Alzheimer. Un métier tout sauf facile quand l’oubli devient une souffrance impossible à partager.

Jean-Luc signe chez Fayard et revient au polar. Au très bon polar. Il ne cède pas à la facilité. Ambiance lacrymo sous les yeux globuleux des voyeurs rivés aux chaines d’info continues, facture classique mais personnages charpentés qui vous accompagnent.

Gilets jaune et forces de l’ordre, un diptyque facile à caricaturer. Pourtant Jean-Luc évite cette facilité pour nous contraindre à nous questionner sur la vision de la justice, sur le poids de la vengeance. Ces visions sont singulières. Jamais innocentes. Chacun de nous se joue avec un équilibre précaire sur le sujet.

En aucun cas, il ne juge, ni ne critique ce mouvement. En revanche, il l’utilise à bon escient et cela devient un décor, un personnage lointain, mais qui, si on l’ôte, rend la peinture de l’œuvre, bancale, caduque.

Au fil de la lecture, Et Puis Mourir, devient alors un polar plaisant, au scénario solide, qui porte le lecteur jusqu’à la fin. Un instant particulier. Une intelligence rare qui n’enfonce pas les habituelles portes.

L'avis de Stephane FURLAN

Fin 2018, un tueur profite du chaos engendré par les manifestations des « gilets jaunes » pour commettre une série de crimes très ritualisés dans les beaux quartiers de Paris. En liant les codes du roman policier avec le plus grand mouvement social de ces dernières années, cette idée de départ me paraît lumineuse. Elle permet d’abord à l’auteur de nous immerger dans l’ambiance survoltée de ces samedis successifs, à tel point qu’on a parfois l’impression de se retrouver, en fin de journée, quand la majorité paisible s’est retirée, au beau milieu des affrontements, à devoir louvoyer entre les charges de CRS et les groupes de casseurs. Mais si Jean-Luc Bizien aborde peu l’aspect revendicatif et se garde bien de prendre parti, le sérieux avec lequel il traite ce sujet (et aussi le simple fait de l’avoir invité dans une fiction) favorise sa fixation dans la culture et contribue même, à son niveau, à renforcer son poids historique. En cela, il s’agit bien d’une œuvre engagée qui, et c’est le second point, en respectant les codes du polar, la plus populaire des littératures, permet à son sujet de s’accorder à sa forme d’expression (mais n’est-ce pas la définition de l’art ?) et offre ainsi à ses lecteurs la tension narrative qui va les pousser à enchaîner les pages jusqu’à la fin.

Voilà pour le tableau d’ensemble. Qu’en est-il de l’histoire et des personnages qui la peuplent ?

Dans une écriture limpide et efficace, Jean-Luc Bizien campe des figures attachantes en évitant les clichés du genre. Si le protagoniste principal, le commandant Le Guen, est bien divorcé, comme nombre de ses collègues, la noirceur de son métier n’a pas encore réussi à affecter sa santé mentale. Donc pas de problème avec l’alcool, juste une passion dévorante pour sa musique de prédilection, le rock de sa jeunesse. En résumé, il m’a été bien agréable de le prendre en filature. J’ai particulièrement apprécié son rapport à son second Agostini et surtout leur opposition dans le débat entre droit et justice. En choisissant de placer son code moral au-dessus de l’application stricte de la loi, Le Guen renforce son humanité et marche dans les pas d’un des personnages que j’affectionne le plus, Bernie Gunther. Les autres protagonistes de l’histoire, y compris le criminel en « gilet jaune », sont également très bien travaillés et crédibles.

En alternant le point de vue de l’enquêteur avec celui de sa cible, Jean-Luc Bizien accepte de se priver de la tension dramatique liée à la question du dévoilement des crimes, mais il parvient malgré tout à se rattraper (et même mieux) en laissant en suspens les motivations du meurtrier (qui nous seront révélées avec parcimonie) et surtout la chute de ces destins qui devront bien, un jour, se croiser.

Enfin, en tant qu’auteur, j’ai été particulièrement intéressé par le portrait du contexte policier et particulièrement par la description des méthodes de travail de ce groupe de la Crim. Les personnages abordent l’affaire avec professionnalisme. Les rôles sont clairement définis et, dans ce collectif, chacun maîtrise assez son domaine pour avancer sans attendre les directives de sa hiérarchie, Le Guen n’intervenant qu’en dernier ressort en assumant la fonction de chef d’orchestre. De quoi fissurer le mythe de l’enquêteur génial et solitaire (mais peut-être aussi celui de l’écrivain ?), tout en fournissant l’occasion d’inspirer certains cadres encore trop portés sur l’autoritarisme. En conclusion, cet important effort de documentation améliore l’immersion dans le récit en renforçant sa crédibilité. Alors, si vous ne savez pas quoi faire samedi prochain, vous pouvez toujours enfiler votre « gilet jaune » et rejoindre Paris sur votre canapé en compagnie de Le Guen et son équipe.

Stéphane FURLAN (noiraucarre.com)

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Passionné de littérature noire, science-fiction et fantastique, Stéphane Furlan écrit depuis de nombreuses années.

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