Jacques SAUSSEY : 7 / 13

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France
Jacques SAUSSEY - 7 / 13
7 / 13
  • Éditions du Toucan le 10 janvier 2018
  • Éditions Le Livre de Poche le 27 février 2019
  • Pages : 464
  • ISBN : 9782810008100
  • Prix : 13,90 €

PRÉSENTATION ÉDITEUR

Hiver 2015. Durant l’absence prolongée des propriétaires, une villa de la banlieue parisienne est le théâtre d’un crime atroce. Lorsqu’il arrive sur les lieux, le capitaine Magne découvre avec effroi que le corps n’est plus reconnaissable. Pas de vêtements, pas de papiers : l’identification s’annonce compliquée.

Décembre 1944. Londres. Un officier américain scrute avec inquiétude le brouillard qui plombe le ciel de l’Angleterre. Il projette de traverser la Manche au plus vite pour rejoindre la France où il doit préparer l’arrivée prochaine de ses hommes. Le mauvais temps s’éternise mais bientôt, une proposition inattendue va faire basculer son destin.

Soixante-dix ans plus tard, elle confrontera les enquêteurs du quai des Orfèvres à l’un des mystères les plus stupéfiants qu’ils aient jamais rencontrés.

L’AVIS DE LUCIE MERVAL

Jacques Saussey remet en scène son duo fétiche Magne et Heslin dans une enquête surprenante liant passé et présent.

L’alternance des chapitres entre les deux époques titille notre curiosité de lecteur.

L’enquête menée par Magne est très rythmée et nous emmène vers des rivages nordistes et des problématiques fortes.
Pour autant, si vous pensez avoir tout compris avant la fin (et notamment son titre), détrompez-vous !

Un excellent moment de lecture !

L’AVIS DE YANNICK P.

Le nouveau cru Saussey 2018 est très bon. 7/13 est un polar dense. Deux histoires, des thématiques variées d’actualité, une construction alternant passé et présent et le plaisir de retrouver le duo Lisa Heslin et Daniel Magne. Rien que ça ! Décidément, cet auteur se bonifie à chaque roman. Comme Ne Prononcez Jamais Leurs Noms,  il s’inscrit dans l’air du temps, je reviendrais sur les thèmes. Mais pour ce dixième ouvrage, Jacques Saussey, à la manière d’un Nicolas Lebel avec De Cauchemar et De Feu oscille entre maintenant et une période passée. Un pendule littéraire nous balance entre l’hiver 2015 et Décembre 1944.

2015, banlieue parisienne. Le capitaine Magne est chargé d’enquêter sur un meurtre horrible. Durant l’absence prolongée des propriétaires, le corps décomposé d’une femme impossible à identifier est découvert dans une maison de banlieue cossue. Décembre 44, Londres, les alliés secouent l’Allemagne sous le feu des bombardements. Un officier américain projette de traverser la Manche pour rejoindre la France. Il attend la bonne fenêtre météo dans un fog qui ne se lève pas.

Lisa et Daniel sont vite confrontés à une enquête aussi sanglante que compliquée. Le lecteur plonge jusqu’au cou dans l’ambiance. Obscure et barbare. Les chapitres s’enchainent avec brio. Dégout, humanité, questionnement. Le lecteur est passé à la moulinette sentimentale. C’est un des atouts majeurs de Jacques. Une capacité à enchaîner les événements. Pourtant, il faudra à ce même lecteur un peu de patience pour établir le  lien entre ce soldat américain et l’assassinat de cette femme. Dans ce page turner addictif – faut vraiment arrêter avec cet anglicisme – Saussey, jongle sans nous perdre une seule seconde.  Il pose deux thématiques en plus des intrigues. Ce qui enrichit 7/13 et le rend diablement digne d’intérêt.

Deux thématiques dans l’air du temps. Les migrants , un thème qui, plus que jamais, suscite l’intérêt des auteurs du noir comme Olivier Norek et son excellentissime Entre Deux Mondes- Olivier qui préface ce roman, ou Niko Tackian pour son dernier Fantazmë. Le second thème est la pollution, plus particulièrement celle des eaux. Cela pose une vraisemblance et donne un véritable corps à ce roman.

Mais revenons à nos brebis. 7/13 n’est pas qu’un thriller frénétique. Il grouille de clins d’œil et même d’humour. Si Sham, le chien de Lisa et Daniel est de la partie, ils sont épaulés par les M&Ms, à savoir les policiers icaunais Richard Milan et Benoit Martin. Ce duo comique confère une dose de légèreté à ce thriller sombre.  Pour les lecteurs de Saussey, les deux farfelus ne sont pas totalement des inconnus.

Pour ce qui est du fond, 7/13, est une énigme qui fonctionne. Chaque théorie est ouverte. Est-ce un code, une date ? Va savoir. Moi, j’ai adoré et cela m’a valu de descendre dans un puit sans fond. A trop googliser, à chercher la vérité, on risque de se perdre. C’est une des joies de cet ouvrage. La découverte d’un pan de l’histoire qui m’était passé à côté, sans que je n’y prenne vraiment garde.

Reste la forme. La qualité d’écriture est vraiment à la hauteur. Chaque chapitre reste ouvert avec sa dose de suspense. L’intrigue est intelligente. C’est parfois dur, souvent poignant. Entre Histoire et actualité, on aime décidément suivre les aventures de ce couple bousculé par la vie et leur métier.

Enfin, il y a cette belle préface de Norek et surtout une très intéressante postface à ne pas manquer pour un dernier éclairage.

 

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L’AVIS DE CATHIE

Né le 14 mars 1961, Jacques Saussey est un écrivain français auteur de romans policiers avec, entre autres, la série consacrée au duo Daniel Magne et Lisa Heslin. En 1988, il inaugure sa carrière en écrivant des nouvelles dont certaines furent primées dans des concours, notamment Quelques petites taches de sang en 2002 aux Noires de Pau, et Alfred Jarry est mort en 2007.

Le roman

7/13, septième roman de la série, a été publié en 2018 par les éditions du Toucan, dans la collection Toucan Noir. Le récit est raconté au présent à la première personne. Le style est aussi efficace qu’un scalpel bien aiguisé au rythme de phrases assez courtes : « J’accuse le coup. Une femme inconnue, assassinée dans une maison qui n’est pas la sienne. Ses fringues disparues. » (Page 18).

Une plume nerveuse, mêlant langage courant et langage familier pour un résultat détonnant :

« L’ambulance n’a pas mis longtemps à rappliquer. L’urgentiste m’a rassuré tout de suite…D’après lui, la prochaine fois qu’il ouvrira les yeux, il sera presque aussi frais qu’après une bonne gueule de bois. Nous sommes restés dans la salle d’attente, aussi inutiles que trois râteaux à feuilles dans une tempête de neige. » (Page 95).

Construction

L’histoire se développe selon trois axes: l’enquête racontée au présent, la convalescence de Lisa et les événements de 1944 et la disparition mystérieuse de Glenn Miller, racontés au passé. Décalage temporel qui a pour but d’ancrer les investigations menées par le capitaine Magne dans une immédiateté qui valorise le suspense.

Au rythme des allers-retours entre 2015 et 1944, l’histoire se déroule selon l’évolution de l’enquête, l’auteur décrivant certaines scènes en détails :

« Picaud se courbe inconsciemment, mais il n’esquisse aucun mouvement de frayeur. Lui aussi a les yeux fixés sur l’aile de la voiture qui dépasse à peine d’un buisson sur le côté de la baraque. Il se glisse dans mon sillage tandis que j’enjambe le portail des Coppard et que j’avance, courbé en deux, vers l’abri de l’avant-toit en essayant de faire le moins de bruit possible sur les graviers. » (Page 212)…

…intégrant les pensées et les ressentis du narrateur, rendant le récit plus proche du lecteur :

« Je démarre en souplesse, direction quai rive droite, puis l’autoroute de l’Est. Le silence s’installe dans la voiture. Chacun est perdu dans ses pensées. Je n’aimerais pas me balader dans celles qui peuplent la cervelle de Pelletier, mais je m’interroge sur ce qui rend Henri plus muet qu’un président qu’un ex-président entendu à propos du financement frauduleux de sa campagne électorale. » (Page 51).

L’intrigue

Une villa bourgeoise des Yvelines dont les propriétaires sont partis en vacances au Mexique. Tôt le matin, l’employé chargé de l’entretien du parc découvre un cadavre très amoché. Sans tête ni mains, aucun moyen de l’identifier, sinon qu’il s’agit d’une femme. Vue la position sociale de Jacques Coppard, à qui appartient la maison, l’enquête est confiée à la Crim, au capitaine Magne. Pour autant, aucune avancée significative ne vient rassurer le préfet et les grosses huiles.

Pourquoi le mari de la victime, finalement identifiée, n’a-t-il déclaré la disparition de sa femme que cinq jours après ? Et pourquoi ses poils pubiens étaient-ils teints en noirs alors qu’elle était très blonde? Pourquoi, quelques jours plus tard, le mari est assassiné sauvagement ? Un lien avec le meurtre de sa femme ou avec les investigations qu’elle menait ? Daniel Magne n’aura pas trop de la collaboration de tous ses collègues pour venir à bout de cette curieuse affaire dont les ramifications semblent remonter aussi loin que décembre 1944, le jour où l’avion de Glenn Miller, un Norseman UC-64 USAAF, a disparu en mer après avoir décollé d’Angleterre pour rallier Paris.

Les lieux

Dans un souci d’intégration optimale du lecteur dans le récit, Jacques Saussey s’attache à décrire les lieux importants de l’enquête avec minutie, sans pour autant les noyer sous des détails inopportuns; la maison du crime : « J’observe le hall d’entrée, vaste et un peu tape-à-l’oeil, à l’instar du jardin. Marbre clair, statuettes pseudo-grecques prétentieuses qui ont dû coûter un bras chacune. Cette baraque respire l’argent à plein tube. » ( Page 15).

La maison de la victime à Nogent-sur-Marne : Daniel Magne observe une façade aux fenêtres fermées et rideaux tirés, une porte de garage qui permet d’accéder à la propriété, à l’intérieur duquel une unique ouverture couverte de toiles d’araignées et de poussière. Le fait que l’ensemble soit plongé dans l’obscurité crée une ambiance un peu sordide.

En conclusion

Pas de prologue. Le lecteur est directement plongé dans l’intrigue. L’écriture de Jacques Saussey a ceci d’envoûtant que le roman, malgré ses 563 pages, se dévore sans que l’on puisse s’interrompre avant la fin.

En ce qui concerne l’énigme de la disparition en mer du major américain Glenn Miller, l’auteur, après avoir exposé au compte-gouttes les éléments historiques, propose une interprétation tout à fait recevable.

Tout le talent de Jacques Saussey réside dans sa capacité à mêler réalité et fiction dans un puzzle dont chaque pièce se met en place à un rythme suffisamment ralenti pour susciter l’intérêt du lecteur sans jamais l’ennuyer ni le lasser. Du grand art!!!

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