Jacques PONS : Organigramme

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France
Jacques PONS - Organigramme
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  • Éditions Hugo & Cie le 20 septembre 2018
  • Pages : 379
  • ISBN : 9782755639131
  • Prix : 19,95 €

PRÉSENTATION ÉDITEUR

La vision sans exécution n’est qu’hallucination.

Telle est la devise du célèbre patron de la Maison Louis Laigneau, fleuron du luxe français. Martelée en chaque occasion, de séminaires de créativité entre beautiful people en conference calls des membres du CoDir, elle va également devenir celle d’un tueur dont le seul but est d’anéantir de façon brutale, méthodique et cruelle l’intégralité de l’entreprise et de ses salariés.

Quelles sont ses motivations ? Quelles sont réellement ses cibles ? Pourquoi un tel déferlement de haine froide?

Une chose est sûre: rien ni personne ne sera épargné dans la réalisation de ce mortel projet.

L’AVIS DE YANNICK P.

On peut toujours trouver quelques défauts à un 1er roman. Fait est qu’Organigramme en présente quelques-uns. Mais….

Mais on les oublie vite tant le scénario est ciselé. J’ai longtemps attendu un thriller en entreprise. Certes Marin Ledun m’avait servi Des Visages écrasés, mais ce roman était trop vrai pour être considéré comme un roman.

Fixer l’histoire dans le milieu de la mode est une excellente idée. Peu courant si on omet Le diable s’habille en Prada (mais ce n’était pas un thriller donc ça ne compte pas).

Vu à travers les lignes de Jacques Pons, la vérité en entreprise des cadres sup/dirigeants est criante de vérité. Conf-calls copieuses à l’utilité douteuse, si ce n’est à se positionner vis à vis du patron, séminaires absurdes accouchant de stratégie fumante dans un lieu soi-disant exceptionnel où les thématiques cachent une évaluation des cadres, délais et cadences de production absurdes. Bref un lieu où l’humain se trouve pressuré, réduit à un outil de travail sur l’autel du cash flow. Moralité, les burnouts deviennent communs, les réunions sont au mieux un lieu où l’on s’ennuie au pire, un défouloir où les mauvaises langues crucifient un des membres pour l’exemple.

Organigramme est une belle mise en scène autour d’une thématique de plus en plus connue, malheureusement, la souffrance du travail. Salarié, quelque soit ton rang, tu plies ou tu casses.

On se doute bien que la fin ne peut pas être à la Disney. Au mieux, une fin à la Ledun car dans ces chapitres alternant les faits subits par les employés de la maison Louis Laigneau et les pensées du tueur, Pons, manipule le lecteur. L’atout majeur de Jacques Pons est de placer le lecteur au centre. C’est lui qui mène l’enquête.

La vision sans exécution n’est qu’une hallucination. C’est le mantra du président. Et bien en ce qui concerne l’exécution, celle de son CoDir, (comité de direction) il est servi. Le tueur sévi de l’intérieur. Il connaît tous les rouages et les travers de ses collègues. Il met un point d’honneur à œuvrer selon les principes de l’entreprise Laigneau, CRÉATIVITÉ- VISION- EXÉCUTION. Nous, Organigramme sous les yeux, on cherche. On biffe les morts et on souligne les suspects.

A ce titre, la Drh est particulièrement réussie à mon gout. Les autres membres du CoDir sont des archétypes. J’ai un poil d’empathie pour Yasmina. Très vite le mépris et la haine prennent le dessus pour le reste de l’exécutif. Le middle management, les consultants, les petites mains employées ne sont que des rouages. Les prestataires et les actionnaires se noient dans le paysage.

Le tout est rythmé. ça part comme une balle et ça se dévore. Il faudra que je me méfie lors de mon retour au travail.

En conclusion, Organigramme est un thriller réussi. Le prix décerné est mérité car ce fut une belle surprise, effectivement un coup de coeur.

L’AVIS DE CATHIE L.

Organigramme a été publié par les éditions Hugo Thriller en septembre 2018. Il s’agit du premier roman de l’auteur qui, ayant travaillé quinze ans dans le monde de la mode, s’est inspiré de son expérience. Le style est efficace, fluide, percutant, dans une langue riche et colorée : « Le champagne était frais, le tajine de poulet au citron offrait aux convives l’illusion que le vin n’entamait pas les consciences, et les étoiles de la nuit saharienne déployées en myriade infinie par-dessus le patio du riad privatisé pour l’occasion rivalisaient d’éclat avec l’opulence scintillante d’une table dont l’argenterie semblait sortie d’un conte des Mille et une nuits. » (Page 79). Le roman a été couronné du Prix Coup de Coeur RTL 2018, récompense amplement méritée.

Les thèmes : Organigramme met en lumière l’envers du décor du monde de la mode vu de l’intérieur : la cruauté, l’hypocrisie, une jungle sans scrupule.

Construction du roman : le prologue nous plonge d’emblée dans l’angoisse puis le crime, décrit dans une scène dont le suspense est entretenu par le fait que ni le bourreau ni la victime ne sont identifiés. Dans le même ordre d’idée, certains chapitres, écrits en italique, donnent la parole à l’assassin qui reste anonyme, malgré certains détails précisant qui il/elle n’est pas. Soit dit en passant, je l’ai identifié assez rapidement, mais c’est peut-être l’habitude de lire de nombreux thrillers…

L’intrigue

Louis Laigneau, maison de couture française où créativité rime avec stress et humiliations, vient d’offrir à ses employés un séminaire au Maroc dans le but de stimuler les forces vives à l’approche de la prochaine saison. Mais la réalité est loin d’être aussi idéal que Angelo Bertani veut bien le laisser croire.

Pourquoi Vieilleville, le directeur administratif et financier de l’entreprise, n’a-t-il pas participé au séminaire alors qu’il se trouvait dans l’avion ? Est-il vrai qu’il aurait démissionné à la dernière minute ? Que cache en réalité cette disparition ? Pourquoi Sybille reçoit-elle des lettres anonymes ?

A leur retour à Paris, tous les collaborateurs de l’entreprise se retrouve plongé dans une atmosphère de suspicion et de malaise. C’est alors que les cadavres commencent à joncher l’open space. Yasmina, mise sur la touche, décide d’enquêter à sa manière pour tirer tout ça au clair, tandis que Marek, responsable de la sécurité, mène également son enquête. Dès le début, tout le monde comprend qu’il s’agit d’une vengeance. Mais qui veut se venger? Et de quoi? La descente aux enfers ne fait que commencer…

Les lieux

Organigramme montre l’opposition entre deux mondes radicalement opposés: celui de la haute-couture, surfait et superficiel; celui de la ban lieue où violence rime avec misère sociale. Des mots simples, des phrases courtes et lapidaires pour planter un décor sommaire mais évocateur. Contraste entre le bureau de la RH : « Le bureau de Sophie Muhlstein était situé au deuxième étage de l’hôtel particulier que Louis Laigneau avait élu pour siège social, au 105 avenue Montaigne. Moulures, parquet Versailles, cheminée, lampes Art déco et photographies en noir et blanc agrémentaient la grande pièce d’angle, qui évoquait à elle seule le rayonnement de la Maison … » (Page 125)… et l’immeuble où vit la famille de Yasmina: « A la jonction de deux autoroutes, la commune d’Aulnay-sous-Bois était emprisonnée entre deux zones aéroportuaires internationales, Le Bourget et Charles-de-Gaulle. Des millions de passagers passaient tous les jours au-dessus des barres d’immeubles, et longeaient les façades tristes de l’un des quartiers les plus pauvres et criminels de la banlieue parisienne. » (Page 261).

Ambiance : le quotidien des employés de la Maison est tissé de ragots, de méchanceté gratuite et compétition féroce :

« -Elle est limite en burn out, la Sybille. Depuis qu’elle a pris la maroquinerie, elle touche plus terre, de toute façon. Non, mais c’est grave de donner ce poste à une idiote pareille. Elle tient pas la distance, elle sait à peine faire une addition, et t’as entendu comment elle bégaie à chaque comité produit, on dirait une chèvre sous kétamine.
-Tout le monde sait comment elle l’a eu, le poste, les filles. D’ailleurs, vous avez vu, elle a pris quarante kilos depuis. » (Page 34).

En conclusion

Un premier roman et déjà de belles qualités, de celles qui font les thrillers qu’on a envie de dévorer jusqu’à la fin: dans une grande marmite vous mettez du rythme, du suspense, des personnages intéressants, les coulisses d’un milieu peu ou mal connu, un thème rarement évoqué… vous mélangez les ingrédients et voilà le résultat: un vrai Coup de Coeur…

Le + : Organigramme analyse la situation dramatique et le rôle de chacun avec finesse et les mots justes : « Il s’agissait d’interpréter une partition sur deux tempos à la fois. Le tempo court de la semaine à venir, dont les enjeux étaient de rassurer les salariés, d’enquêter à chaud sur l’identité du donneur d’ordres macabre, et d’écarter tous les nuisibles curieux, au premier desquels la presse, les syndicats, l’Inspection du travail et les autorités. » (Page 180).

Le monde de la mode loin des paillettes et du glamour: corruption, intimidation, viol des lois fondamentales du travail, licenciement abusif, chantage… Est-ce d’une maison de haute couture dont on parle ou d’une famille de mafieux… C’est à se demander !!!

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