Interview de l’auteure Catherine QUILLIET

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Rencontre avec l’auteure Catherine Quilliet pour son roman « Sur la gauche avant la Chine » aux éditions Paul & Mike ?

Catherine QUILLIETJérôme PEUGNEZ : Bonjour Catherine QUILLIET, pouvez-vous me décrire votre parcours ?

Catherine QUILLIET : Eh bien, j’hésite toujours entre prendre le plus globalement diagonal (pile poil 5 km, longe l’hypercentre via des endroits plaisants : le Club, le défunt Bootsy, les jardins Hoche, la bibliothèque municipale de Grenoble, le parc Paul Mistral) et passer par les boulevards, ce qui est plus terne mais plus rapide, car sans les ralentissements dus aux changements de direction. Dans tous les cas, ça se passe avec mon vieux vélo (hollandais, forcément), et dans un bruit de chaîne qui m’évite de racheter une sonnette.

JP : Comment vous est venue l’envie d’écrire ? À quelle période ?

CQ : Mon lien avec l’écriture se perd dans la nuit des temps. Je suis confuse de commencer cette interview par une aussi plate banalité d’écrivain, mais autant l’avouer : moi aussi, j’ai toujours écrit / voulu écrire, j’ai toujours pensé que je publierais un (des) bouquin(s), toute petite déjà j’écrivais des romans régulièrement abandonnés au bout de trois pages. Ouf, c’est dit, ça va mieux.

JP : Quelles étaient les lectures de votre enfance ?

CQ : Rien que du très banal également : je lisais tout ce qui me tombait sous la main, de la Comtesse de Ségur (5 ans) à Emmanuelle (13 ans), en passant par beaucoup de Bibliothèque Rose, de Bibliothèque Verte, du Mazo de la Roche, des tonnes de BD, le nouvel Obs toutes les semaines (les articles m’ont longtemps été très mystérieux, mais je revenais quand même régulièrement à ce qui me semblait être la clé du monde) et quelques lectures à plus haute tenue culturelle (Balzac, Duhamel, Théophile Gautier…). À 14 ans, j’ai découvert Langelot, de la Bibliothèque Verte, que j’avais évité jusque-là parce que les trois points de suspension de « Lieutenant X… » me tétanisaient. Je n’ai lu (et relu) que les aventures de ce jeune agent secret pendant un an, mon père en était malade. Depuis (i) grâce à Internet j’ai appris que Lieutenant X était Vladimir Volkoff (ii) j’ai accepté d’étendre à nouveau mon champ de lecture, mais en tenant bon sur Victor Hugo : jamais.

JP : Quel est votre « modus operandi » d’écriture ? (Votre rythme de travail : le matin, soir, combien de temps…)

CQ : J’écris quand je peux. Ce qui implique de pousser les murs, et de constamment sacrifier quelque chose. C’est pourquoi je demande pardon à tous ceux qui me côtoient, et je cherche un sponsor prêt à me salarier à 50%.
Oh oui, ce serait bien.

JP : Lorsque vous écrivez la première ligne de votre livre en connaissez-vous déjà la fin ?

CQ : Oui, absolument ! Elle peut se modifier en cours de route, mais il faut que j’aie l’impression de savoir où je vais. Ça crée une contrainte sans laquelle il serait compliqué de tenir la longueur. C’est également la raison pour laquelle j’aime écrire des polars (soit avec des vrais meurtres, soit vegan, comme « Le problème à N corps ») : on sait à chaque ligne où on va, et il faut distiller les indices pour préparer les révélations finales, ce qui aide à progresser dans l’intrigue. Je rêve d’avoir le courage (la prétention ?) d’écrire un roman qui échappe à cette dynamique.

Le parcours a t-il été long et difficile entre l’écriture de vos romans et leur parution ?

CQ : Pas tant que ça. Quand on a fini un roman à moins de trente ans, c’est normal d’être impatient, mais à cet âge-là je n’en étais encore qu’aux nombreuses trois-premières-pages-abandonnées. Maintenant, je sais que j’ai toute la vie devant moi pour écrire. Et que je n’ai pas nécessairement matière à sortir un livre tous les ans.
… C’était quoi, la question, déjà ?

Catherine QUILLIET - Sur la gauche avant la Chine
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JP : Pouvez-vous nous parler de votre dernier roman « Sur la gauche avant la Chine » aux éditions Paul & Mike ?

Non, justement, c’est le problème, je ne SAIS pas parler de ce livre. Celui d’avant, oui, ça allait, j’arrivais à donner envie aux gens de le lire, mais pour celui-là, à chaque fois que j’essaie d’en dire deux mots je vois l’interlocuteur se fermer. Comme si j’en balançais trop, ou trop à côté. Si le successeur de Josyane Savigneau en faisait une recension du feu de Dieu dans le prochain « Monde des livres », on pourrait s’arrêter à cette constatation lucide, parce que la promotion se ferait toute seule, mais il faut être réaliste, alors tant pis pour la posture et tentons encore une nouvelle approche désespérée pour essayer d’intéresser une brassée de lecteurs potentiels (raclements de gorge)…

« Sur la gauche avant la Chine », c’est l’histoire d’une fille qui essaie de retrouver sa mère, Éva, aux abonnés absents depuis vingt ans. Ce n’est que ça. La fille s’appelle Théo, on est dans sa tête du début à la fin (enfin, presque), et elle a de bonnes raisons de penser que sa mère est au Tadjikistan, dans le Pamir. Mais il est devenu difficile d’entrer dans ce pays depuis qu’on y a découvert des extraterrestres : le gouvernement veut garder pour lui l’exclusivité des « doméglis » et de leur mode de déplacement interplanétaire – dont ils ne manqueront pas de livrer les secrets dès qu’on parviendra à communiquer suffisamment avec eux. La seule voie d’accès pour les étrangers est donc la Mission, centre de recherches international créé pour l’occasion. Théo, qui jusqu’ici a à peine franchi le périphérique parisien, parvient à s’y faire embaucher.

Elle y localise Éva ; les retrouvailles se font à sens unique car la mère indigne version 2016 se conjugue au passé pluriel, via deux coups de tronçonneuse. L’enquête est menée platement par un trio franco-tadjik, et touche toute la Mission. Théo, en plein marasme, découvre que les savants sélectionnés au compte-gouttes ne sont pas toujours follement intéressés par les doméglis qui, considérablement amoindris par leur voyage, s’avèrent d’une banalité à pleurer. Que ces derniers prolifèrent.

Et, surtout, qu’il y a peut-être pour elle encore plus important à découvrir que l’identité du meurtrier de sa mère…

JP : Dans vos romans, y a-t-il des personnages qui existent vraiment, dont vous vous êtes inspirée ?

CQ : Peut-être à cause d’un souci constant de vraisemblance (ce qui n’empêche pas, au détour d’une histoire, de découvrir des extraterrestres – mais alors, tout ce qui en découle doit être vraisemblable), je me nourris énormément du réel. La plupart de mes personnages s’inspirent pour tout ou partie de gens que j’ai rencontrés. Il ne s’agit pas forcément d’intimes, le glanage peut concerner un aspect très ponctuel ou superficiel. Souvent un personnage se construit à l’aide de plusieurs contributions, mais parfois une connaissance s’immisce en entier dans l’histoire – et alors, elle peut même garder son prénom.

Heureusement, jusqu’ici, les traits empruntés sont suffisamment retravaillés pour que les ressemblances ne sautent pas aux yeux des concernés ou de leurs proches. Des amis acceptent encore de me fréquenter, c’est dire qu’ils n’ont pas peur de se retrouver épinglés dans une de mes histoires.

JP : Avez-vous reçu des remarques surprenantes, marquantes, de la part de lecteurs, à propos de vos livres ?

CQ : Oui, et c’est un des grands plaisirs de l’écriture : on ne maîtrise pas tout ce qu’on met dans un livre, et encore moins ce que les autres y trouvent. L’aspect médiumnique (notion exhumée ma très talentueuse collègue d’édition Corinne Valton) est toujours surprenant.

La remarque qui a piqué le plus fort : celle de Benoît Camus, qui dans son blog a compris bien avant moi, et bien avant la publication du « Problème à N corps », que je parlais beaucoup… du corps, justement. J’essaie de me soigner, mais ça ne passe pas. Le corps dirige tout.

JP : Avez vous d’autres passions en dehors de l’écriture (musique, peinture, cinéma…) ? À part votre métier, votre carrière d’écrivain, avez vous une autre facette cachée ?

CQ : Oui. Joker.

JP : Avez-vous des projets ?

CQ : Plein ! Celui dont l’idée m’excite le plus, en ce moment, suite à une discussion avinée avec un éditeur que j’adore, rencontré aux inaugurations de Livre Paris : un tout petit livre faussement érudit et plein de chiffres sur une question pointue de sociologie concernant un grand nombre de nos semblables… Mais chut, faut pas vendre la peau du travail avant de l’avoir dégommé.

JP : Quels sont vos coups de coeur littéraires ?

CQ : À force d’arracher du temps à tous les aspects de ma vie pour pouvoir écrire, je lis beaucoup moins et ça me manque. Je peux quand même citer dans les récents, avec toute la subjectivité de l’instant : Emmanuelle Bayamack-Tam (coup de cœur pas si nouveau en ce qui me concerne, mais qui se prolonge), le visionnaire Alain Wegscheider, et Laurent Binet pour « La septième fonction du langage ». J’en oublie forcément plein d’autres.

JP : Une bande son pour lire en toute sérénité votre roman « Sur la gauche avant la Chine » ? À moins que le silence suffise ?

CQ : Théo, l’héroïne et narratrice, est une fille en colère – elle a d’autant plus besoin de la sérénité que confèrent les montagnes. Ébauche de playlist colérique pour être en phase : absolument I put a spell on you (le premier enregistrement de Screaming Jay Hawkins, en 1956, le seul, le vrai), les Rita Mitsouko pour Galoping, La sorcière ou Le petit train, Pump it des Black Eyed Peas, Stronger (Kanye West, eh oui), No no no (Dawn Penn), Superman (Eminem), J’ai fait l’amour avec un con (la géniale Adrienne Pauly), Salut à toi (les inoubliables Béruriers noirs)… Dur d’arrêter une telle liste, une fois qu’on l’a commencée.

JP : Avez-vous un site internet, blog, réseaux sociaux où vos lecteurs peuvent vous laisser des messages ?

CQ : La question qui gratte… J’avais bien une page Facebook au nom de mes livres, mais il s’y passait tellement rien que j’ai fini par la fermer. Bah, si on veut vraiment m’écrire, mes coordonnées professionnelles sont faciles à trouver. Promis, je répondrai.

JP : Merci Catherine QUILLIET d’avoir pris le temps de répondre à mes questions.

CQ : Merci pour cette oreille attentive !

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