Interview de l’auteur Olivier TRUC – 2015

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olivier-trucBonjour Olivier Truc, qui êtes-vous et sur quels sujets écrivez-vous au quotidien ?

Je suis un journaliste arrivé en Suède il y a vingt ans et je couvre les pays nordiques et baltes pour Le Monde, parfois aussi occasionnellement pour d’autres journaux. J’écris essentiellement sur des sujets politiques, sociétaux et sociaux.

Est-il plus facile (ou plus complexe) d’écrire un second roman avec les mêmes personnages lorsque le premier tome (Le dernier Lapon) a rencontré un véritable succès ?

Ecrire un deuxième roman avec les mêmes personnages donne un cadre et une direction. La tonalité est établie, l’univers également. Ma crainte en démarrant le travail sur « Le détroit du Loup » était d’écrire un « Dernier Lapon »-bis. Je voulais faire un pas de côté, écrire une histoire très différente, mais je ne pouvais pas non plus renoncer à l’univers que j’avais créé. Il a fallu trouver le bon équilibre, et jusqu’au bout je me suis demandé ce que j’était en train de faire, et la seule façon de le savoir était d’aller jusqu’au bout.

Pouvez-vous raconter aux lecteurs de Côté Caen votre rencontre avec la Police des Rennes ?

J’entends parler de la Police des rennes pour la première fois en 1999 lorsque je fais un article sur un projet de tribunal sami en Laponie norvégienne. Un responsable sami que j’interroge m’en parle. Mais il faudra cinq ans pour que je fasse enfin une série de reportages sur elle, publiée dans Libération durant l’été 2004. Pour l’occasion, j’avais suivi plusieurs patrouilles en mission au printemps. Et cette série avait séduit un producteur qui m’a demandé d’en faire un documentaire. Ce que j’ai fait. J’ai réalisé un 52 minutes, « Police des rennes », pour France 5. Cette Police n’existe qu’en Laponie norvégienne. Pour les besoins de ma narration, j’ai étendu ses prérogatives à la Laponie suédoise et finlandaise. Cette police travaille sur une étendue immense, et les conditions géographiques et climatiques font qu’il leur est très difficile d’être là sur le coup. Le flagrant délit n’est pas vraiment la spécialité de la Police des rennes, sauf lorsqu’il s’agit d’intercepter un Norvégien en motoneige qui risque de perturber un troupeau de rennes. Ils pratiquent du coup plutôt une police de prévention, de médiation, ils savent souvent où sont les zones à risques, où des conflits risquent d’éclater, ce sont les diplomates de la toundra.

Avez-vous eu des retours de lecture de Samis après la parution de votre roman « Le dernier Lapon » ?

Assez peu en fait jusqu’à présent, trop peu pour en tirer des conclusions, et les rares que j’ai eu sont positifs. Le livre est sorti en Finlande en octobre 2013, en Norvège au printemps 2014 et en Suède en septembre 2014.

La culture Sami est-elle menacée ?

Elle l’est d’une certaine façon car elle est beaucoup assimilée à la culture du renne, or l’élevage de rennes tel qu’on le connait encore aujourd’hui est de plus en plus menacé, par le réchauffement climatique, par les intrusions de toutes sortes d’industries sur les pâturages. Or comme la culture sami est assimilée à la culture du renne, la disparition à moyen terme signifiera-t-elle la disparition de la culture sami? Il n’est donc pas étonnant que cette question culturelle soit très débattue en ce moment au sein du peuple sami.

Dans votre nouveau « Le détroit du loup » le lecteur découvre la transhumance des rennes. Avez-vous assisté à cet « événement » ? Si c’est le cas, que ressent-on devant un tel « spectacle » ?

J’ai assisté à plusieurs reprises à cette transhumance, aussi bien en Suède qu’en Norvège. C’est très impressionnant car on découvre de gros troupeaux de rennes qui avancent en ordre serré vers leur but, on en ressent le côté immuable et puissant. Et pourtant, quand on connait les menaces qui pèsent sur ce monde, on perçoit également une fragilité. L’état de la neige, des pâturages, la présence de promeneurs en scooters, les camions des compagnies minières, tout devient source d’inquiétude. Ce mélange en fait un événement dramatique. Beau et dramatique.

Pensez-vous que la découverte du pétrole a changé le visage de la Norvège et notamment l’ambiance de ses ports ?

La découverte du pétrole a commencé par transformer la physionomie des ports norvégiens car tout d’un coup, là où on ne voyait auparavant que des gâteaux de pêche, on aperçoit dans certains d’entre eux des armadas de navires de soutien logistique et parfois même des plates-formes pétrolières.

Aurons-nous le plaisir de retrouver vos héros Nina et Klemet, enquêteurs de la police des Rennes, dans un troisième opus ?

J’y travaille!

Merci Olivier Truc pour avoir répondu à mes questions et à bientôt.

Entretien paru dans Coté-Caen
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Co-fondatrice de Zonelivre.fr. Sophie PEUGNEZ est libraire et modératrice professionnelle de rencontres littéraires. Elle a été chroniqueuse littéraire pour le journal "Coté Caen" et pour la radio.

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