Interview de Guillaume LEBEAU en tant que directeur de collection

0
165
France

Guillaume LebeauGuillaume Lebeau se consacre aujourd’hui à l’écriture, à l’animation de conférences notamment sur l’univers nordique et il est actuellement le directeur de la collection Rageot Thriller.

Bonjour Guillaume Lebeau, comment pourriez-vous définir votre métier de directeur de collection ?

Du latin director, conducteur, guide. J’accompagne les idées, les récits, les auteurs. Dans cet ordre. Et avec un souci constant d’équilibre littéraire et d’harmonie humaine. La tâche est immense et comprend plusieurs séquences, parfois très éloignées temporellement les unes des autres ! Choisir les auteurs, les accueillir, les convaincre parfois, construire et structurer des concepts, vérifier l’ADN thriller d’un manuscrit, penser au marketing, assurer le service après-vente, se battre pour que chacun des livres publiés atteigne le coeur des libraires et in fine celui des lecteurs… Je ne m’ennuie pas ! Mais j’aime penser que ce travail a un sens.

Rageot thriller est une collection unique. Il n’en existe aucune autre dédiée au thriller pour adolescents. Elle est donc précieuse et réclame beaucoup d’attention et d’énergie. Aujourd’hui, donner à lire à la jeunesse est un sport de combat. J’espère ne jamais manquer de punch.

Quelle relation le directeur de collection entretient avec l’éditeur ? Est-ce vous qui êtes allé vers l’éditeur ou est-ce que c’était « une commande » ? Est ce que ces deux cas de figures peuvent exister ?

Je suis d’abord auteur chez Rageot. C’est à la suite d’une discussion avec la directrice de cette maison d’édition que la collection Rageot thriller est née. Le constat était celui d’un manque. Il n’existait aucun espace dédié au thriller à destination des adolescents, lisibles par des adolescents et suffisament passionnants pour capter l’attention des adultes. Point de young adult, ici ! J’assume pleinement le fait de publier de la littérature jeunesse. Une littérature de construction qui répond à un enjeux bien précis. Aider à grandir !

Le directeur de collection est une valeur ajoutée à la chaîne éditoriale. Il la renforce, je crois. Quant à l’énergie renvoyée par les éditeurs, elle ajoute de la solidité, de la cohérence. Chez Rageot, l’exigence est réelle. Elle me pousse, ainsi que les auteurs, vers le meilleur.

Vous êtes également auteur, à votre avis est-ce un avantage ou un inconvénient d’avoir cette « double casquette » ?

Être auteur me débarrasse des soucis d’ego. Je ne recherche aucune reconnaissance dans mon travail de directeur de collection. Je peux ainsi me consacrer pleinement à celle des auteurs que nous publions. Je ressens peut-être aussi plus finement les inquiétudes, les doutes, les envies de ces derniers. Ce qui me permet d’adopter une posture plus rassurante pour eux. Encore une fois, j’aime accompagner.

Vous êtes directeur de collection, auteur, vous animez des conférences… comment arrivez-vous à articuler vos semaines ?

La passion est un carburant phénoménal, et non polluant ! Le reste, c’est de l’organisation, un zeste de rigueur et beaucoup de travail. Je ne vais pas me plaindre. Une vie bien remplie empêche l’aigreur, annihile toute forme de regret.

Vous lancez une nouvelle collection pour adolescents et jeunes adultes intitulée Rageot Thriller Quelle est sa ligne éditoriale ?

Rageot thriller est une collection à destination des adolescents. Encore une fois, nous ne publions pas de romans à destination de cette population baptisée « jeunes adultes ».

La ligne éditoriale de la collection est claire. Du thriller avant toute chose ! Grand format à moins de dix euros. Et à ce prix, action, réaction, émotion sont comprises.

Pourquoi du thriller ? Parce qu’il me semble que cette branche de la grande famille des littératures policières et criminelles permet d’aborder la modernité avec beaucoup de souplesse et d’énergie centrifuge. Le thriller peut agréger l’intégralité des autres genres, SF, fantasy, roman noir, romance… Son souci constant d’efficacité lui permet d’être à la fois exigeant et accessible. Il est l’arme imparable pour consolider et revigorer l’acte de lecture. J’aime à penser que Rageot thriller rime avec blockbuster !

Comment choisissez-vous des auteurs pour qu’ils intègrent votre collection ?

Ah mais je ne les choisis pas les bougres. Ils s’imposent. Par leur talent. Ce sont des romanciers que j’aime lire. Et qui me donnent envie de travailler avec eux. Je partage souvent leurs univers, leurs valeurs, leur humanité. Une collection, c’est aussi une communauté d’esprit.

Quels sont vos projets « personnels » ? Allez-vous écrire dans cette collection ? Travaillez-vous sur un nouveau roman ?

Mes projets personnels sont nombreux. Crimes glacés, beau-livre ovni dédiée à la gastronomie du polar scandinave vient de paraître chez Marabout, en partenariat avec le festival des Boréales. Il est l’une des nombreuses conséquences logiques de ma passion pour les littératures policières nordiques. S’agissant de mes thrillers adultes, la suite du Troisième pôle, intitulée La Sixième extinction, va paraître l’année prochaine, toujours chez Marabout. Deux ans de travail et de voyages pour cette deuxième aventure de Smila Sibir. L’année prochaine, il y aura également deux nouveaux romans graphiques. Un polar jeunesse aux dents longues, mais pas en Rageot thriller. Se publier dans sa collection ne me semble pas une bonne idée ! Et puis le cinéma, toujours. J’ai la chance de travailler avec Thomas Bidegain, le scénariste de Jacques Audiard, sur un scénario de film d’action. Et bien qu’infiniment long, ce cycle est absolument passionnant.

Vous participez depuis plusieurs années au Festival Les Boréales, comment est née cette aventure ?

C’est à cause de Jérôme Remy, le phénoménal directeur artistique de ce festival à nulle autre pareil ! C’est lui qui me fait confiance. C’est lui qui a rebondi sur l’idée folle d’un 24 heures chrono du polar nordique que j’ai lancée il y a trois ans. Une journée entière consacrée aux littératures, aux séries, au cinéma policiers septentrionaux ! Un événément unique en France qui chaque année prend un peu plus d’ampleur grâce au travail remarquable d’une équipe totalement investie.

Accompagner les Boréales, pour moi, c’est l’aboutissement d’une passion pour la sphère scandinave et sa culture. Et plus encore, un rêve éveillé !

Quels sont vos derniers coups de coeur littéraire ?

Psycho boys de Michel J. Lévesque ! Un roman québécois découvert grâce à la directrice de Rageot. Une bombe à retardement. Le magistral Dernier lapon d’Olivier Truc et Présages de Stefán Máni.

Avez-vous un site internet ou une adresse e-mail pour que les lecteurs puissent vous contacter ?

On ne peut pas me contacter, je suis un homme de l’ombre ! Cherchez du côté des îles Lofoten…

Merci à Guillaume Lebeau de nous avoir accordé cette interview.

Sponsor

LAISSER UN COMMENTAIRE

Votre commentaire
Entrer votre nom ici