Interview de l’auteur Sylvain LARUE

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Rencontre avec l’auteur Sylvain LARUE, autour de sa série policière historique Les enquête de Léandre Lafforgue, aux éditions De Borée.

Sylvain LARUEJérôme PEUGNEZ : Bonjour Sylvain LARUE, pouvez-vous me décrire votre parcours ?

Sylvain LARUE : Bonjour à vous ! Mon parcours ? Celui d’un adolescent attardé s’approchant peu à peu de la quarantaine (mais pas contagieux pour autant), jadis élève doué mais paresseux, aimant lire depuis la maternelle, avide de connaissances à assimiler et à faire partager… Voilà, je pense que ça résume assez bien.

JP : Comment vous est venu l’envie d’écrire ? A quelle période ?

SL : Je gribouillais des petits écrits quand j’avais sept-huit ans, j’ai tenté une ou deux fois des concours d’écriture durant l’enfance et l’adolescence, mais en fait, tout a vraiment démarré peu après mes vingt ans. A la base, j’étudiais dans mes moments libres un sujet historique relativement obscur, passionnant et dérangeant à la fois : la peine de mort, les exécuteurs et la guillotine. Pour expliquer ma fascination à ce propos, il faudrait une bonne psychanalyse, mais cela vient en partie d’une histoire que mon grand-père m’avait contée sans entrer dans les détails, celle du dernier condamné exécuté en public à Auch, ma ville natale. En 2002, j’ai réussi après de longues recherches à retrouver dans la presse les articles consacrés à ce fait divers précis, et j’en ai fait une nouvelle d’une trentaine de pages. Une fois achevé, je me suis pris au jeu, et j’ai cherché d’autres crimes anciens survenus dans le département. Cela a donné Les Grandes Affaires criminelles du Gers, mon tout premier ouvrage… et j’ai du mal à croire qu’il est paru voici déjà quatorze ans.

JP : Quelles étaient vos lectures de votre enfance ?

SL : La collection de la Bibliothèque Rose, je pense. Fantômette, Le Club des cinq (mais attention, les traductions anciennes, pas les ersatz sur-simplifiés d’aujourd’hui)… Très tôt, j’ai eu cependant le goût du noir et des faits réels, je dévorais la collection Curiositas dirigée par feu Pierre Bellemare, et vers 11 ans, je lisais des romans comme Les rats de James Herbert ou bien Le silence des agneaux de Thomas Harris.

JP : Quel est votre ‘modus operandi’ d’écriture ? (Votre rythme de travail ? Connaissez-vous déjà la fin du livre au départ ou laissez vous évoluer vos personnages ?)

SL : JJe travaille de préférence la nuit, tranquille, avec face à moi une télé qui me diffuse des films que j’ai vus cent fois et dont je connais les répliques par cœur. Je n’ai pas de véritable rythme, je peux aller très vite pour écrire un roman – mon record a été de seize jours pour faire environ 280 pages, et franchement, le résultat n’était pas dantesque – mais je préfère prendre mon temps, d’autant que je travaille dans l’historique, ce qui nécessite de coller au plus près de la réalité de l’époque que l’on traite tout en relatant des histoires arrivées à des personnages fictifs. Et je me fie à une trame générale avant de commencer toute rédaction : des variations ont lieu, mais grosso modo, je sais où mes personnages et l’intrigue vont avant même d’écrire la première phrase. Je sais même déjà comment s’achèveront Les enquêtes de Léandre Lafforgue, c’est vous dire !

JP : Le parcours a t-il été long et difficile entre l’écriture de vos livres et leur parution ?

SL : Pas pour Les Grandes Affaires criminelles. J’ai contacté à Noël 2003 l’auteur des Grandes Affaires criminelles de l’Aveyron, Jean-Michel Cosson, et lui ai parlé de mon livre. Intéressé, il m’a informé que De Borée, la maison d’édition où il avait signé, avait l’intention de lancer une collection sur ce thème. Premier publié, il était le directeur de collection : il m’a prié de lui envoyer le livre, qu’il donnerait un avis à De Borée quant à sa pertinence… Un mois après, je signais le contrat, et comme j’étais un stakhanoviste, j’ai fini sur dix-huit contrats dans cette collection… Pour Les enquêtes de Léandre Lafforgue, ce fut d’abord plus long, puis enfin extrêmement rapide. En 2012, De Borée n’était pas intéressé par un polar historique, alors, avec Anthony Frot – libraire, ancien éditeur chez De Borée, meilleur ami et co-créateur de la série -, nous avons démarché plusieurs maisons d’édition en quatre ans. La plupart n’ont même pas lu le livre, mais cela fait partie des aléas vécus par la majorité des auteurs. Finalement, début 2016, la nouvelle direction de De Borée ayant l’intention de varier le style de ses publications, Hélène Tellier, éditrice, a lu et apprécié les deux premiers tomes de la série. Signature en mars, parution du volume 1 en septembre !

JP : Quelle est la genèse de votre série Une enquête de Léandre Lafforgue ?

SL : C’est donc, à la base, une idée d’Anthony Frot. En 2010, nous avions déjà réalisé une dizaine de livres ensemble, et il trouvait que je « gâchais mon talent » à me consacrer uniquement aux procès d’antan. Il m’a proposé de passer à l’étape supérieure, tout en se servant de mes premiers centres d’intérêt : il me suffisait de raconter des crimes de fiction dans l’atmosphère réelle du passé. C’est également lui qui a souligné que le Second Empire était un territoire vierge de tout roman policier, et je suis parti sur ces bases-là. A moi de créer le protagoniste, ses aventures, ses relations… Désormais, je poursuis sur cette lancée. Anthony a désormais un rôle primordial de directeur d’ouvrage auprès de plusieurs auteurs – il relit plusieurs fois les manuscrits, propose des améliorations – sans participer à la création du roman pendant son écriture, mais son avis est capital pour la réussite du projet.

Sylvain LARUE - Une enquete de Leandre Lafforgue - 03 - Le crime de odeon
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JP : Pouvez vous nous parler de votre dernier roman Le Crime de l’Odéon ?

SL : Sans trop en dévoiler sur le troisième tome de la série, rien qu’en se fiant au titre, on comprend que l’histoire aura un lien assez important avec le milieu du théâtre. Dès le premier roman, on sait que Léandre Lafforgue, détective à la solde du prince-président Bonaparte, a une vocation de dramaturge, et là, on assiste à la naissance de sa première pièce. Un crime venant endeuiller la représentation, il se retrouve dans une situation assez délicate, et comme en plus, l’action se déroule à la fin de l’automne 1851, une partie de l’intrigue tourne autour du coup d’Etat du 2 décembre…

JP : Il y a-t-il des personnages qui existent vraiment, dont vous vous êtes inspiré ?

Outre les personnages historiques tels que Napoléon III ou le duc de Morny, j’ai bien sûr mis dans mes livres des personnages de fiction inspirés de façon plus ou moins ressemblante par mes propres connaissances. Charles Leterrier existe pour de bon, c’est mon autre meilleur ami. Les femmes dont s’éprend Léandre sont des copies assez fidèles de splendides demoiselles pour lesquelles j’ai eu des sentiments – pas toujours partagés, je le concède… Quant aux personnages les plus détestables, même si certains les jugent exagérés, ils naissent eux aussi de vrais individus aussi méprisables dans la vie réelle que sur le papier et sur lesquels il est inutile d’épiloguer…

JP : Avez-vous reçu des remarques surprenantes, marquantes de la part de lecteurs, à propos de votre roman ?

SL : J’ai eu, lors d’une séance de dédicaces, loisir de rencontrer un visiteur qui n’a pas acheté le livre, et qui a tenté de me faire admettre que je racontais n’importe quoi, que Bonaparte était le prénom de Napoléon et pas son patronyme, et que je me trompais en lui attribuant un titre de prince… Sinon, quasiment aucune remarque négative, et la grande majorité des gens qui se sont laissés tenter par L’Oeil du goupil sont revenus acheter Au bal des muscadins. Espérons qu’ils confirment la tendance en août avec Le Crime de l’Odéon !

JP : Avez vous d’autres passions en dehors de l’écriture (Musique, peinture, cinéma…) A part votre métier, votre carrière d’écrivain, avez vous une autre facette cachée ?

SL : J’adore regarder des films et des séries, mais ce n’est qu’un hobby. Sinon, je pratique le chant, et je fais un peu de guitare. J’ai intégré l’an dernier « La Compagnie du Lac », une troupe amateur de très bon niveau en Ile-de-France, et entre le 14 et le 17 juin, histoire de rester dans la littérature, nous avons interprété la comédie musicale Notre-Dame de Paris sur scène pour quatre représentations.

JP : Avez-vous des projets ?

SL : Il y a évidemment la série des Léandre Lafforgue qui devrait m’occuper quelques années, un projet de trilogie policière contemporaine, un roman d’horreur victorienne (sur une idée originale de ma mère !)… Au mois de mars prochain, je ferai paraître chez De Borée un ouvrage historique qui me tient à cœur, car il est le fruit de plus de quinze ans de travaux : la biographie de Jules Henri Desfourneaux, bourreau de France durant l’Occupation. Et j’envisage de plus en plus l’idée de suivre conjointement une carrière musicale professionnelle…

JP : Quels sont vos coups de cœur littéraires ?

SL : Actuellement, je suis si occupé par mes propres activités que je lis moins de nouveautés, à mon grand désarroi. Un livre que j’adore, c’est Club Dumas, d’Arturo Perez-Reverte, tout à la fois enquête policière, roman fantastique… Sinon, je suis un inconditionnel de la série consacrée à l’agent A.X.L. Pendergast, œuvre de MM. Preston et Child. Je m’empresse chaque année d’acheter le nouveau tome sitôt paru en version originale, car je suis incapable d’attendre la traduction !

JP : Une bande son pour lire en toute sérénité votre roman ? A moins que le silence suffise ?

SL : Il est rare que je mette de la musique quand il me faut découvrir un nouveau livre, alors je ne peux me permettre de donner un conseil bien avisé… A la limite, de la musique classique des XVIIIe et XIXe siècles, histoire de se laisser porter par la mélodie sans devoir prêter attention aux paroles. Et comme je suis volontiers macabre, peut-être en écoutant la Danse macabre de Camille Saint-Saëns ?

JP : Avez-vous un site internet, blog, réseaux sociaux où vos lecteurs peuvent vous laisser des messages ?

SL : On peut passer facilement par https://www.facebook.com/Aliaslegoupil/, ou par le blog http://lescarnetsdubourreau.over-blog.com/. En général, si on ne vient pas pour m’insulter, je réponds assez rapidement.

JP : Merci Sylvain LARUE d’avoir pris le temps de répondre à mes questions.

Avec plaisir !

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Co-fondateur de Zonelivre.fr. Il est le rédacteur en chef et le webmaster du site.

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