Entretien avec Richard MARLET pour son livre « Les experts entrent en scène »

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Entretien avec Richard MARLET (Commissaire Divisionnaire Honnoraire) au sujet de la publication de son ouvrage  » Les experts entrent en scène  » (Editions First juin 2017)

Entretien réalisé par Pierre PIAZZA (Maitre de conférences en Science Politique, Université de Cergy-Pontoise)

Richard MARLETPierre Piazza : Vous publiez en juin prochain aux éditions First un livre intitulé Les experts entrent en scène. Qu’est-ce qui a motivé l’écriture de ce nouvel ouvrage ?

Richard Marlet : Les motivations sont nombreuses. Il y a évidemment la volonté de transmettre à un large public à la fois les connaissances que j’ai pu accumuler pour construire mon enseignement de police technique et scientifique délivré à l’institut de criminologie du Panthéon-Assas ainsi que mon expérience de chef du Service Régional d’Identité Judiciaire (SRIJ) de Paris de 1995 à 2005 et de chef du Service Régional de Documentation Criminelle (SRDC) de 2007 jusqu’au terme de ma carrière en février 2016.

Il y a également la volonté de rendre un hommage. D’une part, aux grands précurseurs de la police technique et scientifique comme Alexandre Lacassagne, Alphonse Bertillon ou bien Edmond Locard qui – en s’intéressant aux crimes et à leurs auteurs – étaient criminalistes et criminologues. D’autre part, aux personnels de police d’aujourd’hui qui concourent, le plus souvent dans l’ombre, à la manifestation de la vérité.

En évoquant tout au long du livre des « affaires » célèbres ou méconnues, il s’agit encore d’engager une réflexion sur des problématiques comme celle de la variation d’état-civil (alias et homonymes) commune à l’identité judiciaire et à la documentation criminelle.

De même, ces affaires permettent de revenir sur la notion de « trace » (indice d’une présence ou d’une action), de l’envisager sous toutes ses formes (digitale, génétique, numérique) et de montrer son caractère polysémique (identification et individualisation de la source qui l’a produite et information sur le mode opératoire ou la gestion des liens entre les affaires). Cette approche du « renseignement par la trace » – pour reprendre le titre d’un des livres d’Olivier Ribaux – illustre l’intérêt de développer une approche globale que l’on retrouve dans les notions de « sciences forensiques » ou « sciences légales », lesquelles n’introduisent pas de dichotomie entre police technique et police scientifique, médecine légale ou documentation criminelle.

Pierre Piazza : Quelle est l’originalité de cette publication par rapport aux autres livres consacrés à cette thématique ?

Richard MARLET : Les experts entrent en scèneRichard Marlet : Son originalité réside, je l’espère, dans la vision exposée par le « professionnel » que j’ai été et qui a connu une réalité du terrain très éloignée de l’effet « crime scene investigation » des experts de Las Vegas ou de Miami.

En qualité de chef du SRIJ, j’ai pu participer aux changements de version du FAED (Fichier Automatisé des Empreintes Digitales), à l’amélioration des techniques de gestion de scène de crime (utilisation du Crime Scope qui permet la recherche de traces invisibles à l’œil nu), au progrès des procédés physicochimiques des traces papillaires.

Ayant créé le groupe parisien d’identification des victimes de catastrophes, j’ai aussi participé aux travaux relatifs aux coordinateurs de scènes de crime et à la gestion d’attentats multiples. De plus, en tant que chef du SRDC, j’ai pris part aux travaux portant sur le Traitement des Antécédents Judiciaires (TAJ), le Fichier des Objets et des Véhicules Surveillés (FOVeS), le nouveau Fichier des Personnes Recherchées, etc.

Cette expérience permet d’enrichir de nombreux aspects de l’ouvrage en abordant des sujets généralement peu traités, comme par exemple le recours aux bases de données dans l’identification des traces et leur histoire ou bien encore les enjeux inhérents aux fichiers de police et à leur contrôle.

Pierre Piazza : Quelles sont les grandes tendances caractérisant ces dernières années l’essor des instruments et des logiques propres à la police technique et scientifique ?

Richard Marlet : Qu’il s’agisse de biologie moléculaire ou de techniques d’analyses, les progrès sont très significatifs ces dernières années. Les quantités de matière pouvant faire l’objet d’investigations sont devenues infinitésimales. Avec celles-ci se posent clairement la double problématique de la pollution et de la pertinence d’un prélèvement. Une telle évolution ouvre la voie à une réflexion inédite sur les mécanismes de transfert des traces. Les laboratoires se miniaturisent, ils deviennent nomades et se rapprochent des scènes de crime.

Depuis peu, les progrès en comparaison faciale sont également considérables. La comparaison d’un visage capté par une caméra de vidéoprotection avec une base de données est aujourd’hui une réalité. Dès lors, de nouveaux défis, enjeux et problèmes se profilent. Ainsi, avec quelles photographies va-t-on comparer l’image captée par une caméra ? Une base de photographies de personnes recherchées ? Une base contenant des images de personnes connues par les services de police ? Des bases d’identification à caractère civil où sont conservées les photographies des personnes auxquelles certains documents ont été délivrés (cartes d’identité, passeports, permis de conduire)? Quel avenir doit-on donner au portrait-robot génétique ?

Pierre Piazza : Les attentats influencent-ils significativement les pratiques et les formes de coopération internationale qui se développent en matière de gestion de scène de crime ?

Richard Marlet : Les attentats perpétrés récemment en France ont indéniablement influencé les pratiques de gestion de scène de crime : pluralité des scènes de crime à gérer, quantité extrêmement importante d’indices à prélever, grand nombre de victimes, évident besoin d’identifier rapidement ces dernières sans erreur, etc.

La nature des attaques « kamikaze » a aussi incontestablement changé la donne. Auparavant, les terroristes posaient leur engin et prenaient généralement la fuite. Il fallait ensuite les identifier à partir des traces qu’ils avaient laissées sur les lieux de leurs exactions. Dans les cas de figure nouveaux auxquels les forces de l’ordre sont désormais confrontées, l’identification des auteurs est souvent plus simple, plus rapide et leurs traces (digitales, génétiques, odeurs, numériques) sont intéressantes parce qu’elles permettent de les suivre (véhicules, appartements, armes, etc.).

Par ailleurs, les échanges internationaux de données obligent à une réflexion sur la compatibilité des matériels, des techniques et des standards de comparaison. En sortant du contexte « terroriste », les échanges internationaux de données criminalistes vont faire progresser les rapprochements traces/individus qu’il faudra de plus en plus systématiquement exploiter. Là encore, la réflexion sur les moyens à engager en la matière est passionnante à suivre.

Pour Allez un peu plus loin...

Zonelivre.fr vous propose d’écouter Richard MARLET dans l’émission « L’Heure du Crime » de Jacques PRADEL sur RTL en septembre 2016.

Richard Marlet - Heure du Crime RTL

Plongez vous au coeur de la Police Scientifique avec ce dossier, réalisé en collaboration avec Pierre PIAZZA

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