Astrid MONET : A Paris coule la Mer du Nord

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France
Astrid MONET - A Paris coule la Mer du Nord
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  • Éditions Les Chemins du Hasard le 4 octobre 2018
  • Pages : 128
  • ISBN : 9791097547219
  • Prix : 16,50 €

PRÉSENTATION ÉDITEUR

Dans un Paris où l’art trouve refuge dans les catacombes et les cabarets clandestins, Mary, une jeune Allemande, rêve de jouer du violon. A son arrivée, elle rencontre Popeye dont elle tombe amoureuse. C’est un écorché vif qui lit des poèmes de William Blake dans les artères du métropolitain. Max, un ami d’enfance, entraîne Popeye dans une série de cambriolages de bijouteries. Mais le rêve de Mary, retrouver Popeye et traverser avec lui la mer du Nord, ne veut pas la quitter, et elle est prête à tout pour le réaliser. Y parviendra-t-elle ?

L’AVIS DE LAURENT FABRE

Comme le nom de l’éditeur du livre, Les Chemins du Hasard, j’ai pris un énorme claque en découvrant la plume d’une jeune auteure, Astrid Monet, l’histoire d’un amour fou, d’un amour impossible, le portrait de deux écorchés vif, ils sont jeunes et beaux, toute la vie devant eux, ils se sont rencontrés par le plus grand des hasards, comme la vie prend un malin plaisir à poser ses conditions, Mary et Popeye vont tout tenter pour affronter les chemins de traverse et vivre leur histoire … d’amour !

Percutant comme le train à grand vitesse, déboussolant, imprévisible, voici un premier roman déchirant, un postulat de départ intrigant avec ce coup de foudre immédiat, cette rencontre improbable, rien ne semblait pouvoir de prime abord les attirer l’un l’autre, rapidement la découverte de leurs fêlures respectives, l’envie d’en découdre avec les leurs, de faire face à leur fantôme du passé, cette fuite vers l’avant qu’ils devront imaginer et concrétiser, un amour hors norme va naître et prendre une dimension grandissant, comme les héros de Godard d' »A bout de souffle » dans l’insolence et l’improvisation, une économie de mots pour saisir l’essentiel, ces fragments d’instants bruts et précieux à la fois, des filaments de poésie et de grâce visuelle viendront s’inviter dans la danse d’un fol espoir, d’une quête identitaire qui va emmener les deux protagonistes vers des horizons de tous les possibles et surtout de tous les dangers …

Quand une lecture vous imprègne de toutes les terminaisons nerveuses, dans cette phase de déni de la réalité et des rêves mélancoliques, l’envie irrépréssible de les voir se tourner autour, encore et toujours, se séparer, se retrouver, comme une vie accélérée entamée avec la venue au monde, la découverte des premières sensations, le bonheur, les peines de coeur, la souffrance de voir partir les siens comme des particules variables de l’existence, rien n’est jamais figé, le manque provoqué par l’absence de l’autre, le bonheur éphémère, la mort, tout s’entrechoque pour ne laisser à tout un chacun juste le temps de dire ouf, Mary et Popeye incarnent cette fulgurance de deux être que tout oppose et réunit à la fois, dans les épreuves de la vie, dans ce parcours entravé et chargé, la fureur de vivre et de faire fi des conventions, de vivre leur histoire personnelle, de s’affranchir des autres et donner libre court à la liberté de s’aimer, maintenant et à jamais.

Roméo et Juliette, Tristan et Yseult, Natalie Wood et James Dean, Michel Poiccard et Patricia, les histoires d’amour représentent l’une des thématiques universelles et intemporelles dans toutes les cultures et arts depuis la création de la Terre, Eve et Adam.
La simple équation de trouver l’alchimie entre un homme et une femme, dans ces vérités et mensonges, dans le quotidien et les rêves inavoués, Astrid Monet a construit une histoire d’amour simple et complexe, comme un canevas à déverrouiller, ce qui va se dévoiler progressivement, donner de l’importance à toute la sphère de ses deux personnages principaux, entre les laissés pour compte de la société et les marginaux de tout bord, il y a Paris, la ville éternelle, des passages lumineux et d’une phraséologie déchirante, comme des instantanés de tranches de vie, c’est d’une beauté poétique indéniable, tout est propice à vous faire visiter la Capitale sous un autre oeil, dans les coulisses de la plus grande ville du monde, il est des secrets et des endroits insolites, des ambiances uniques et nulle par ailleurs et au milieu, cette caresse de l’air, ce regard énamouré, cette attirance, cette fragrance qui cherche à se frayer, les amoureux d’un jour puis d’un soir, du lendemain et du surlendemain, c’est la matrice habitée par le subconscient de chacun, cet imperceptible grain de poussière, en découvrir ses saveurs c’est aussi partir en quête de ses rêves … d’amour.

Avant qu’il ne soit trop tard, avant que la vie se charge de vous le rappeler, de vous donner un coup de semonce, avant que l’âge avancée vous fait tomber dans l’oubli et la solitude, dans l’abandon et la déchéance impalpable, douloureuse.

Cette essence de l’âme est la quintessence de la pureté à capter pour la ressentir dans toutes ses émotions, à partager l’empathie et les fluides naviguant à travers les veines de Mary et Popeye, la résistance à tous les coups, ce ne sont pas les 400 coups de Truffaut dont il s’agit ici mais d’une autre temporalité, d’un autre voyage qui prend à la gorge, qui fouette tous les sens pour en mesurer toute la tension et l’inexorable fatalité, cette roue hasardeuse du destin, l’inéluctable tic tac du sablier du temps, l’art est abordé comme le prisme de la beauté éternelle dans tous ses apparats, vision artistique, unique et immortelle, la musique des mots résonne ici dans toute la sensibilité de l’auteure, une pudeur à observer le miroir de ses personnages à la dérive, à la recherche d’un second souffle, d’une raison de vivre, à sonder les déchirures du coeur comme autant de blessures indélébiles, l’instinct de survie prend une ampleur proportionnelle à la lutte de deux êtres en délicatesse avec l’existence, sauront-ils trouver la voie pour exprimer enfin et défricher un terreau à leur envolée tant espérée, tant convoitée, un jour ?

Premier roman qui m’a happé avec une construction et une alternance unique, un style original pour soulever et décrire des sentiments contrastés et contrariés par les affres du chaos de la vie, une lecture différente pour un résultat bouleversant, une nouvelle expérience livresque inoubliable, même sur un thème usé jusqu’à la corde, l’auteur a libéré une magie libératrice et obsédante à la fois, se laisser bercer par ses émotions, s’ennivrer de la douce nostalgie des temps heureux, longtemps encore après la fin de la lecture, comme s’il fallait trouver une preuve que c’est une histoire brillamment écrite, des réminiscences continuent de surgir à la surface de mon esprit pour donner encore plus de percussions et de folie qui ont réuni, un beau matin, Mary et Popeye.

C’est un nouveau coup de coeur littéraire pour cette année 2018, riche en surprises et découvertes, la confirmation de styles épurés ou différents, Astrid Monet est une auteure à suivre de très prés, en lisant la petite présentation sur la quatrième couverture, vous comprendrez aussi pourquoi ce roman pourrait s’inscrire dans la continuité, dans le parcours atypique d’une artiste en quête de rêves et de liberté …

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