Aro SAINZ DE LA MAZA : Le Bourreau de Gaudi

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Espagne

INFOS ÉDITEUR

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Parution aux éditions Actes Noirs en Septembre 2014

Traduit par Serge Mestre

Un corps en flammes est retrouvé pendu au balcon d’un des monuments les plus emblématiques de Barcelone, La Pedrera, d’Antonio Gaudí. Bien mauvaise publicité pour la ville à quelques semaines de la consécration par le pape de la Sagrada Familia. Les services policiers sont aux abois et réintègrent l’électron libre Milo Malart, révoqué par mesure disciplinaire. Tandis qu’il enquête en binôme avec une jeune sous-inspectrice, qui semble tout droit sortie d’une série américaine à succès, les meurtres s’enchaînent selon un rituel immuable : toujours des membres de l’oligarchie barcelonaise, férocement mutilés au sein des édifices du célèbre architecte qui fait la gloire de la ville. Barcelone a vendu son âme au diable ; elle doit payer le prix de sa magnificence.

La chasse à l’homme est ouverte, mais qui cherche-t-on ? Un prédateur sadique assoiffé de vengeance ou la victime d’un système politique arrogant et corrompu, qui sacrifie les plus fragiles au faste tapageur de la ville et à sa manne touristique ? Pour répondre, il faut d’abord décrypter le symbolisme ésotérique des œuvres de Gaudí, aux formes proprement hallucinantes.

Dans une intrigue magistralement tenue jusqu’à la dernière page, orchestrant pressions politiques, énigmes maçonniques, mœurs dissolues et presse à sensation, Le Bourreau de Gaudí plante l’envers du décor d’une cité unanimement saluée pour sa beauté et sa prouesse architecturale. Une “Ville des prodiges” terriblement moderne et effroyablement archaïque.

(Source : Actes Sud – Pages : 672 – ISBN 9782330034597 – Prix : 23,80 €)

L’AVIS DE LUCIE MERVAL

A quelques jours de la venue du Pape pour des célébrations à la Sagrada Familia, un homme est retrouvé brûlé vif sur un des bâtiments emblématiques construits par Gaudi : La Perdrera. Milo Malart, policier à Barcelone est sollicité par son amie Susana Cabot, juge sur l’affaire. Peu apprécié par ses collègues, il a été momentanément suspendu des effectifs depuis que son neveu s’est suicidé avec son arme de service. Particulièrement écorché, solitaire, se fiant davantage à son instinct qu’aux procédures, il va devoir convaincre, aidé en cela d’une nouvelle collègue et d’un adjoint, pro en recherches en tous genres. L’heure est grave ! Il ne faudrait pas que la presse s’empare de l’affaire pour en faire ses choux gras à quelques jours d’un événement majeur retransmis sur les écrans du monde entier, et qui a de quoi entacher la réputation de la ville dont le niveau de crimes violents est bas comparé à d’autres villes européennes.

Un livre très bien construit qui malgré ses nombreuses pages, présente peu de longueurs et se lit avec plaisir et facilité jusqu’au dénouement final. C’est surtout une lecture enrichissante. Au moment où j’écris, je suis encore totalement immergée dans cette enquête qui mêle avec brio meurtres atroces, art, quête personnelle, personnages attachants, corruption, abus en tous genres, franc-maçonnerie, pouvoir de la presse, état des lieux d’une ville qui sous son aspect idyllique a bien des travers…

Rentrons davantage dans les détails… Ce crime est d’autant plus atroce que le meurtrier a filmé le corps entrain de se consumer. Et ce n’est malheureusement pas le seul, d’autres suivront… A chaque fois, la victime est un membre important de la communauté barcelonaise, notamment un homme à la tête de la Fondation Cercle Gaudi, chargée de veiller sur les œuvres du génie (NB : fondation fictive). Pourquoi ce choix de victimes ? Quel lien entre elles ? Personnel, professionnel ? A-t-on affaire à des revendications politiques ? En creusant leurs passés respectifs, de sordides affaires risquent de refaire surface…Les enquêteurs vont devoir négliger aucun détail, se repasser les vidéos des centaines de fois car le tueur est méthodique, organisé…

Autre élément troublant, chaque corps est retrouvé sur un bâtiment ayant un lien avec Gaudi. Est-ce seulement une fascination pour l’artiste ou l’auteur des crimes veut-il aussi frapper le symbole de la ville ? Gaudi est un personnage qui intrigue et fascine. Ses bâtiments, les courbes, son histoire personnelle…Parfois soupçonné d’avoir un lien avec la franc-maçonnerie, serait-ce une des clés pour résoudre ces meurtres ? Vous l’avez compris, Gaudi et ses oeuvres sont évoqués régulièrement au cours de la lecture mais pour les novices, rassurez-vous, les descriptions ne sont pas interminables, juste ce qu’il faut pour imaginer ou reconnaître (pour ceux qui ont déjà eu l’occasion d’aller à Barcelone). Je vous conseille, si vous souhaitez approfondir vos connaissances, le livre d’art sur Gaudi aux éditions Taschen et le film documentaire « Gaudi, le mystère de la Sagrada Familia » (2012).

L’intrigue se passe en 2010 mais sera aussi évoquée la transformation de la ville depuis des années, avec les premiers J.O organisés sur le territoire espagnol, en 1992. Il a fallu construire, arranger afin de favoriser l’essor touristique, parfois au détriment des habitants…Depuis quelques années, la crise est aussi passée par là. Les laissés pour compte d’une ville qui ne mise que sur le tourisme, pourraient avoir des envies de vengeance…

Le personnage principal est attachant. Hanté par le suicide de son neveu, brouillé avec son frère et sa belle-soeur, il vit un peu en marge, perdu dans ses pensées, à exorciser ses fantômes. Cette enquête va être l’occasion de le remettre en selle mais aussi de pouvoir fouiller dans les affaires de son neveu (c’était en apparence un garçon équilibré, il s’est forcément passé quelque chose), afin de comprendre pourquoi il a commis l’irréparable. Il aurait dû être là pour lui, voir ce qui n’allait pas… Sentiment de culpabilité… Il trouvera les coupables, si il y en a ! Et si cette histoire personnelle avait un lien avec ces meurtres sordides ? J’ai aimé ce flic écorché, qui a des sensations, des visions, qui essaie de se mettre dans la tête du tueur. Ses déductions sont logiques, progressives et non pas surréalistes comme dans certaines séries USA. A ce propos, il vanne régulièrement sa coéquipière qui porte fièrement des tee-shirts avec des logos représentant toutes les forces de l’ordre américaines. Leur duo fonctionne bien, l’ambiguïté n’est jamais loin…Milo est parfois détestable, lunatique mais il faut croire que ça fait partie de son charme ! Méfiant, il soupçonne qu’une taupe soit dans le service, que sa coéquipière soit aussi là pour l’espionner… En qui peut-on faire confiance dans cette société où l’argent et l’image sont rois ? C’est un personnage que j’aurai plaisir à retrouver dans un autre enquête, si c’est dans les projets de l’auteur.

Je crois vous avoir livré quelques clés importantes pour avoir envie de dévorer ce livre. Jusqu’au bout, je ne savais pas où m’emmener l’auteur (que ce soit dans Barcelone ou dans l’enquête – la vérité est effroyable) mais j’y ai pris un plaisir fou, j’ai appris énormément de choses, je me suis attaché aux personnages… Aro SAINZ DE LA MAZA maîtrise son intrigue jusqu’au bout (même si vous avez peut être l’impression en me lisant, que cela part dans tous les sens) tout en dénonçant pas mal de choses. Ce premier roman est à mon sens complet, brillant…

Incontestablement, un des meilleurs livres que j’ai lu cette année !!!

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Lucie Merval est libraire

3 Commentaires

  1. Un roman des plus prenant dont le personnage principal est sans doute Barcelone, plus même que Milo Malart. Ayant eu l’occasion de rencontrer l’auteur, je peux vous révéler qu’un deuxième roman est déjà écrit (en négociation pour l’édition) et qu’Aro travaille déjà sur le troisième titre (plus de détails sur la chronique écrite sur mon blog filsdelectures.net).
    M.O.

  2. Merci Marc pour ton intervention. Je me réjouis d’avance à l’idée que d’autres livres soient en route, s’ils sont de la qualité de celui-ci. Belle soirée. Lucie

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