Véronique BRÉGER : Rat rouge

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France
Veronique BREGER - Rat rouge
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PRÉSENTATION ÉDITEUR

— Le Rat Rouge ? C’est quoi, ce bordel ?
— The International Bank of the Red Rat.
— Et en clair ?
— Une banque made in China…
— Ils ont pourtant tout ce qu’il faut chez eux en matière grise, pourquoi font-ils bosser la LogForCorp ?
— Bah, on s’en fout, non… Si on se concentrait plutôt sur ton joujou…
— OK.
J’ouvris par un double clic les deux formulaires les plus anciens sur mon ordinateur. Sans surprise, nous retrouvâmes un outil familier, la synthèse hebdomadaire de l’ensemble des travaux réalisés par le Machin team.
— T’es trop fort, Traquenard !
Zebrowski ressemblait à un petit garçon devant le sapin un matin de Noël. Il exultait.

Valentin Traquenard, un talentueux hacker tout juste sorti de l’adolescence, a intégré la LogForCorp, l’une des multiples sociétés de services en ingénierie informatique qui essaiment en banlieue parisienne. Quand son collègue Zebrowski lui propose un alléchant marché, ignorant les dangers du Dark Web, le jeune informaticien se trouve entraîné malgré lui dans un complot qui le dépasse. Une machination bien huilée visant à attirer sur le sol français celui que l’on surnomme « l’Assassin à la feuille de boucher ». Juste avant que tout ne dérape !

L’AVIS DE LAURENT FABRE

Rat Rouge de Véronique Bréger, un polar haletant, une traque informatique de tous les dangers !!!

Le monde des hackers pourrait paraître nébuleux pour le commun des mortels, ce qui importe pour la grande majorité des utilisateurs lambdas que nous sommmes est que tout fonctionne, les machines n’ont pas encore remplacé l’homme, dans l’ombre, dans le monde obscur des salles à la lumière tamisée voire filtrée, des informaticiens oeuvrent pour le meilleur … ou le pire.
Tout commence par un travail à priori routinier pour un génie de l’informatique, l’importance de sortir de sa zone de confort, de se confronter au réel quand on n’est pas enfermé dans une bulle virtuelle H24, si le personnage principal touche par son humanité avec sa grand-mère, seul lien chaleureux et intime, il n’en reste pas moins que son leitmotiv est de parcourir des millions de lignes de codes informatiques afin de trouver des failles du système pour le plaisir et pour assumer un travail « alimentaire », jusqu’au jour où un collègue lui propose un mystérieux contrat.
Bonjour je m’appelle Valentin Traquenard et bienvenue dans mon univers …

« Le hacker ne casse pas, il envisage, il invente et il construit »

Dans cette histoire rondement menée, l’intrigue emprunte plusieurs lignes directrices, l’occasion de cotoyer les univers de la finance avec toutes les transactions boursières qui conditionnent les marchés mondiaux dans tous les secteurs, l’informatique n’y est bien sûr pas étrangère car tout fonctionne désormais à l’échelle du réseau mondial, susciter la curiosité ou éveiller le lecteur sans tomber dans des explications trop savantes pour décrocher, l’écriture est précise, intense pour plonger dans les méandres qui mettent en relief toutes les personnes connectées et impliquées.
La narration à la première personne privilégie les états d’âme psychologique du protagoniste, les enjeux sont-ils trop grands pour celui qui n’a pas collectionné des diplômes ou vécu une enfance pour le moins « différente », dans les premiers chapitres, l’auteure pose rapidement les éléments du décor, un informaticien est avant tout un être humain avec ses faiblesses et ses besoins affectueux.

« David contre Goliath »

Il n’y a pas de cause perdue dans toutes les actions, pour le hacker qui travaille souvent en free-lance, son désir de s’épanouir dans son travail tient avant tout dans la volonté de s’extraire d’un employeur avec lequel il devra composer, cohabiter, le monde dans lequel une grande partie du roman se déroule vous désarçonnera par certaines attitudes singulières, originales pour ne pas dire atypiques, c’est pourtant tout sauf un cliché, pénétrer au coeur des codes d’un programme, déjouer des plans ingénieux de pirates informatiques avec des objectifs douteux voire criminels nécessite une attention et une concentration de tous les instants, la vitesse de propagation des vitesses supersoniques désormais atteintes par la transmission des données faisant le reste, ce qui pourra paraître « normal » pour la personne qui utilise des machines sans autre intentions malveillante deviendra un ennemi pour l’informaticien souhaitant rétablir des situations périlleuses.

The International Bank of the Red Hat …

Dans le titre éponyme du livre, le rat est une figure symbolique au propre comme au figuré, ce rongeur se définit dans l’ambivalence, dans la propagation de la maladie comme dans la répugnance qu’il peut inspirer, c’est aussi un fouineur, un empêcheur de tourner en rond, il en résulte un beau duel à distance dans l’histoire proposée, ce qui se trame par écrans interposés n’est pas sans rappeler les combats éternels et illustres d’antan, de la mythologie grecque en passant par certaines références issues de la culture populaire, c’est une lecture qui va prendre un tempo de plus en plus prenant dans la deuxième partie, comme une partie d’échecs, tous les mouvements sont surveillés à la loupe ou plutôt dans l’oeil des codes binaires composés de 0 et 1, un monde passionnant avec ses dérives palpables dans l’enfermement, dans la solitude de ses acteurs, entre le monde de la réalité et son pendant virtuel, il n’y a qu’un pas …

Ce qui finit par donner toute la mesure de l’histoire est de synchroniser tous les éléments, converger et combiner ces deux frontières, il en ressort des moments touchants, humains pour achever et rendre un polar réaliste dans son approche sans concession des milieux socio-économiques, financiers et industriels, l’auteure m’a convaincu par sa vision d’un monde où tout est possible, c’est une fiction certes mais dont le fond et la forme des méthodes développées ont fait l’objet d’un sérieux travail de documentation et tout en privilégiant la fiction romancée pour éviter les pièges de l’ennui et de l’indigeste.

C’est un roman qui pourra toucher le plus grand nombre par sa dimension et sa volonté de satisfaire tous les curieux, il n’est pas indispensable d’être un féru en informatique, l’intrigue pourra vous donner du fil à retordre (sans jeu de mots) dans un premier temps avec des techniques pointues en matière de l’interpénétration de tous les organes financiers et boursiers, enjeux économiques et autres informatiques, l’auteure a pris le parti de développer une belle intrigue jusqu’au dénouement, la boucle est bouclée, le soin des détails, la précision du geste, la beauté de la touche finale, ce sont autant de métaphores qu’il vous faudra visualiser afin de comprendre tous les sens qui pourront vous remuer, l’émotion n’est pas en reste avec de très bons moments sensibles, cette empathie indissociable pour rappeler que l’humanité n’est pas encore éteinte, si les machines et la technologie nous étouffent et nous isolent à la fois, si cette forme de « dépendance » est aujourd’hui inévitable, l’émotion humaine reste encore prégnante dans le coeur, dans l’esprit créative et intuitive que l’on doit continuer à préserver et à sauvegarder.

Un livre qui peut aussi se présenter comme un thriller « informatique » avec des éléments du polar, une enquête, des personnages secondaires qui vont devoir affronter leur vieux démon, ces fantômes du passé qui n’ont pas encore dit leur dernier mot, Rat rouge vous entraînera sur plusieurs pistes qui vont inexorablement se croiser et …
Le reste, ce sera à vous de le découvrir et vous ne serez pas au bout de vos surprises et autres retournements de situation.

« Au final, mon objectif était d’être le meilleur hacker »
(dixit Kevin Mitnik, un des plus célèbres hackers et traqué par le FBI pendant plus de deux ans dans les années 90 avant d’être repéré par un expert en sécurité informatique, Tsutomu Shimomura)

Je remercie les Les Ardents Éditeurs et son fondateur, Jean-Marc Ferrer de m’avoir donné cette opportunité de découvrir Rat rouge de Véronique Bréger.
C’est une maison d’édition indépendante fondée en 2007 à Limoges.

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