Qiu XIAOLONG : Enquête de Chen Cao – 12 – Un dîner chez Min

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Qiu XIAOLONG : Enquête de Chen Cao - 12 - Un dîner chez Min
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Présentation Éditeur

L’inspecteur Chen n’est plus à la tête des affaires spéciales de la police de Shanghai. Directeur du nouveau Bureau de la réforme judiciaire, légèrement désœuvré, il caresse l’idée d’écrire une nouvelle autour du célèbre juge Ti. Vieux Chasseur le contacte pour lui demander de l’aider dans une enquête sur Min, une courtisane, accusée du meurtre de sa cuisinière. Elle recevait à sa table des « gros-sous » et vient d’être appréhendée par la Sécurité intérieure. L’affaire rappelle étrangement à Chen une enquête du juge Ti sous la dynastie Tang, et l’arrestation d’une poétesse. Aidé par sa piquante secrétaire Jin, Chen réunit des indices, quand un des convives de Min, l’antiquaire Huang, est assassiné. Puis c’est au tour d’une jeune policière de la brigade criminelle, empoisonnée dans l’hôtel où était détenue Min… Chen suit une piste en toute discrétion, quand il vole au secours de sa secrétaire sur le point d’être agressée par Zheng, un autre convive de la cuisine privée. Arrêté, Zheng avoue avoir commis les trois meurtres. Cependant, pour Chen, un doute subsiste…

Origine Chine
Éditions Liana Levi
Date 4 février 2021
Éditions Points
Date 11 février 2022
Traduction Adélaïde Pralon
Pages 320
ISBN 9791034903641
Prix 18,00 €

L'avis de Yannick P.

Nous voici embarqués avec le retour de l’inspecteur Chen, aujourd’hui directeur du nouveau Bureau de la réforme judiciaire, un placard doré.

Un diner chez Min porte des saveurs opposées, suaves, sucrées et parfois aigres.

L’incorruptible poète est toujours policier, même si on cherche à l’évincer de la police de Shanghai. Il demeure droit dans une société où il faut savoir louvoyer et décrypter les non-dits mais aussi traduire les sens cachés des actions et des silences. On lui adjoint une secrétaire, autant pour l’aider que le surveiller. Elle se révèlera être un personnage secondaire plus dense qu’il n’y parait.

C’est dans cette Chine actuelle, que Qiu nous sert une courtisane, Min, dont la table réputée aux saveurs parfumées et travaillées est le lieu de rencontres discrètes des « gros sous », des haut-placés, des membres du parti. Min est accusée du meurtre de sa cuisinière.

Bien que mis en convalescence forcée par le pouvoir, Chen va enquêter sous couvert d’une réécriture d’une enquête du juge Ti (dynastie Tang) auparavant traduite par le diplomate néerlandais Robert van Gulik dans les années 40 et m’étant en cause l’arrestation d’une poétesse. Un curieux et agréable parallèle qui permettra à Chen de fouiller ci et là. Ce même parallèle offre à Qiu la possibilité de poser une critique de la société chinoise. (Pour mémoire, le père de Qiu Xiaolong fut victime des Gardes rouges pendant la Révolution culturelle et lui-même fut interdit d’études durant plusieurs années.)

Un diner chez Min est par ailleurs, un excellent moyen d’entrer dans cet univers de polar Chinois et de faire connaissance si ce n’est pas déjà fait avec l’inspecteur Chen mais aussi avec le Juge Ti – Sherlock avant l’heure, personnage ayant existé au VIIème siècle de notre ère. Sa capacité de déduction en fit une légende jusqu’à être repris par Qiu et van Gulik.

L'avis de Cathie L.

Un Dîner chez Min, Inspector Chen & Judge Dee en version originale parue en 2020, a été publié par les éditions Liana Levi en 2021. Le style est fluide, agréable à lire. L’originalité du roman, dont la trame est basée sur le roman Assassins et Poètes de Robert Van Gulik, est qu’il commence par un rêve.

Thème cher à l’auteur: corruption de la société chinoise qui en gangrène tous les compartiments, y compris celui de la police et de la justice.

Fil rouge: le Parti qui affirme que, quoiqu’il advienne, en Chine tout va toujours pour le mieux.

L’inspecteur Chen Cao est mis sur la touche. Au cours de ses dernières enquêtes, il avait contrarié un certain nombre d’huiles du Parti par son entêtement à révéler de graves affaires de corruption. Mais au vu de sa réputation auprès du peuple d’être un des rares flics honnêtes et efficaces du pays, il avait été décidé en haut lieu de le nommer au Bureau de la réforme du système judiciaire. Une voie de garage, certes, mais tapissée de rouge qui lui permettait de conserver ses avantages et de disposer de temps pour écrire un roman inspiré du fameux juge Ti.

C’est alors que son ami Vieux Renard, qui officie en tant que détective privé, sollicite son aide. Min Lihua, une courtisane qui organise des repas aussi fins que privés destinés aux Gros-sous de la ville, a été arrêtée suite au meurtre de sa jeune cuisinière survenu après l’un de ses fameux dîners. Elle a été retrouvée le lendemain le crâne fracassé. La police n’a trouvé aucun signe d’effraction et des témoins ont affirmé que les deux femmes s’étaient disputées, circonstances qui incrimineraient Min.

Sinia, un homme riche et influent, veut que l’agence de Vieux Renard prouve son innocence et la fasse libérer.

Pourquoi Min, qui ne s’est jamais mêlée de politique, fait-elle l’objet d’un « shuanggui », « comme les cadres corrompus envoyés en détention dans des endroits secrets » ? Pourquoi l’enquête a-t-elle été confiée à l’inspecteur Xiong, de la brigade criminelle, plutôt que d’être confiée à la brigade des affaires spéciales? Ce qui intrigue doublement l’inspecteur Chen est qu’ensuite la Sécurité intérieure ait pris le relais. Bizarre, bizarre !!

Chen, officiellement en congé de convalescence, accepte la mission. Mais il devra se montrer extrêmement prudent, le Parti ayant « demandé » à son assistante de le surveiller tous ses déplacements et les démarches extérieures au service qu’il pourrait entreprendre.

Il est intéressant de connaître la position de l’auteur sur la situation politique en Chine, sachant que Qiu Xialong vit en exil aux Etats-Unis depuis les manifestations de la place Tian’anmen en 1989. Bien qu’il occupe un poste de professeur à l’université de Saint-Louis, il n’a jamais perdu de vue son pays et sa ville natals dont il décortique le fonctionnement sous le regard ironique et blasé de son personnage de policier intègre et incorruptible :

« Les récents bouleversements du paysage politique n’annonçaient rien de bon. Un des « princes rouges » était désormais sur le trône, et lors de ses précédentes enquêtes, Chen avait mis en danger plusieurs personnages intouchables de sa suite. Bien que ses succès aient été salués dans les medias comme des preuves de « la volonté du grand et glorieux Parti de lutter contre la corruption à tous les niveaux », ils n’avaient pas dû être vus d’un bon oeil par les puissants concernés. » (Page 9).

Pour l’auteur, il ne fait aucun doute que tous les compartiments de la société chinoise sont tuyautés par le Parti qui en contrôle tous les aspects : « -La situation s’améliore, heureusement. Les nouveaux juges sont obligés d’avoir un diplôme. -Les jeunes, oui, mais ils doivent aussi jurer allégeance au Parti et servir ses intérêts avant de servir la loi. Les examens de droit sont truffés de questions politiques… » (Pages 52-53) => Tout est dit!!

Ne nions pas le fait que Qiu Xiaolong n’en finit pas d’utiliser sa prose pour régler ses comptes avec la Chine qu’il a quittée il y a trente-deux ans, n’ayant certainement pas digéré le fait que son père fut victime des gardes Rouges pendant la Révolution culturelle de 1966. Depuis vingt ans, son inspecteur, chantre de la liberté d’expression et de l’indépendance totale des instances policières et judiciaires, mène ses enquêtes dans une Shangaï en perpétuel mouvement, régie par l’argent qui corrompt tous les rouages de la société.

Cela dit, les romans de Qiu Xiaolong ont le mérite de faire pénétrer le lecteur dans un monde sclérosé dont peu d’échos parviennent jusqu’à nous. Les intrigues sont solides, les personnages, ni bons ni méchants, simplement ballottés par un système sclérosé, sont crédibles. Les questionnements de l’inspecteur Chen

Le + : les soubresauts d’une Chine traditionnelle à l’agonie en proie au matérialisme toujours plus agressif. Le peuple chinois, surtout les jeunes générations, veut profiter des bienfaits du capitalisme et décider en toute indépendance de son destin, sans se préoccuper des désidérata de vieux politiciens corrompus jusqu’à la moelle. Qiu Xiaolong, à leur écoute malgré l’éloignement géographique, relaye leurs aspirations jusqu’aux confins de l’Occident aveugle.

Une lecture aussi divertissante qu’instructive…

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Ecrivain de romans historiques, chroniqueuse et blogueuse, passionnée de culture nordique et de littérature policière, thrillers, horreur, etc...

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