Philip LE ROY : Le dernier testament

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FRANCE

INFOS ÉDITEUR

Philip LE ROY - Le dernier testament
Le Dernier Testament
Parution aux éditions Au Diable Vauvert en février 2005

Parution aux éditions Points en mai 2006

Judée, en 70 après J-C : Yehoshua Ben Yossef, dit Jésus, enterre son testament. Fairbanks, de nos jours : des scientifiques sont massacrés dans un laboratoire clandestin. Parmi les victimes, deux prix Nobel de médecine, un agent du FBI et un cobaye humain dont l’autopsie révèle qu’il était déjà mort. Bientôt des créatures monstrueuses se mettent à rôder autour de la ville… Le FBI, affolé, appelle Nathan Love, profiler de génie…

(Source : Points – Pages : 640 – ISBN : 9782020849203 – Prix : 8,60 €)

L’AVIS DE CATHIE L.

Philip Le Roy est né à Toulouse en 1962. Diplômé d’une Ecole supérieure de commerce parisienne, ancien publicitaire, globe-trotter, bassiste rock, adepte des arts martiaux entre autres, Philip Le Roy est un homme autodidacte aux multiples casquettes, ainsi qu’aux multiples passions notamment la musique, le cinéma, les arts martiaux et, bien sûr, la littérature. Il commence à véritablement écrire en 1996. Ses deux premiers romans s’intitulent “Pour adultes seulement” et “Couverture dangereuse”.

Le roman

Le dernier testament, troisième roman de Philip Le Roy, a été publié en 2005 par les éditions Au Diable Vauvert, puis réédité en 2006 par les éditions Point. Il a obtenu en 2005 le Grand prix de la littérature policière, prix littéraire fondé en 1948 par la critique Maurice-Bernard Endrèbe, dont la vocation est de récompenser les meilleurs romans policiers français et étrangers publiés dans l’année. Son jury est composé de dix personnalités du monde des lettres. Nathan Love y apparaît pour la première fois.

Le dernier testament est un roman touffu (693 pages), avec de nombreux personnages secondaires, une intrigue complexe qui aborde des thèmes aussi variés que la corruption qui gangrène la police et la sphère politique ; l’éthique médicale et les expérimentations sur les humains; la maltraitance des enfants ; la misère et la prostitution ; la protection de la nature ; les dérives du Net ; pas forcément dans cet ordre… Avec pour fil rouge la pratique des arts martiaux à un niveau très poussé (on sent d’ailleurs que l’auteur en connaît le fonctionnement sur le bout des doigts).

L’intrigue

Judée, début de notre ère. Yehoshua ben Yossef, surnommé Jésus, enterre son testament.

Suite au massacre de 5 personnes, dont l’agent spécial Clyde Bowman, ami de Nathan, dans le laboratoire spécial de l’hôpital de Fairbanks, en Alaska, Lance Maxwell demande à Nathan de mener une enquête afin de retrouver le ou les meurtriers; Nathan ne se laissera finalement convaincre de sortir de sa retraite isolée que par amitié pour Clyde. Il accepte de reprendre l’enquête de son ami au point où il l’a laissée, mais à sa manière très personnelle, notamment celle sur la disparition des enfants Brodin dont il remonte la piste jusqu’en Alaska, dans le labo de Fletcher et Groeven qui recrutaient des cobayes humains. Quel rapport entre cette enquête et le meurtre de Bowman? Les questions fusent d’autant que “Bowman ne nous a rien communiqué de tangible. Les rapports qu’il nous a laissés sont laconiques.” (Page 31). Il croise sur sa route l’agent fédéral Kate Noodak, en charge de l’agence de Fairbanks, uniquement assistée d’un Inuk invisible et d’un stagiaire de bonne volonté, mais inexpérimenté. Elle doit mener de front une enquête concernant de mystérieuses agressions perpétrées dans les environs de Fairbanks, et celle du massacre du labo.

L’enquête qui paraissait de prime abord très classique va bientôt devenir d’une complexité incroyable, tentaculaire, aussi bien géographiquement, puisque Nathan va poursuivre sa quête aussi bien aux Etats-Unis qu’en Espagne, en France et en Italie, que dans les implications politiques, sociales, éthiques qu’elle recouvre, dans un contexte international déjà sous la pression d’un terrorisme aveugle et meurtrier :

“C’est la guerre, le Jihad! Les moudjahidine posent des bombes partout dans le monde(…) Al Qaïda, l’Arabie Saoudite, le Hamas, le Hezbollah, le Jihad islamique, les caïds des cités, n’importe quel désœuvré à qui les fondamentalistes ont bourré le crâne. On doit affronter un système mutant qui change de forme, s’active soudainement, disparaît pour renaître ailleurs toujours animé de cette envie d’en découdre avec les Infidèles et l’Amérique.” (Page 31)…

“…dix explosions quasi simultanées venaient de secouer Madrid. Deux cents morts et mille quatre cents blessés. Le gouvernement espagnol, pour avoir soutenu la guerre en Irak, était jugé responsable. Le terrorisme pesait désormais dans les urnes.” (Page 436).

Méthode de travail de Nathan

Profilage: la façon de procéder est de se mettre dans la peau du tueur, de comprendre son mode de fonctionnement :

“Pourquoi constituait un excellent point de départ pour rechercher la vérité. Pourquoi ici ? Pourquoi à ce moment-là ? Pourquoi de cette façon ? Pourquoi avoir agi seul? Pourquoi un tel carnage ? Chaque interrogation apportait un élément de solution ou une autre interrogation, jusqu’à pouvoir se figurer ce qui s’était réellement déroulé.” (Page 49).

Faire parler les scènes de crime: tout comme pour le profilage, Nathan se met en harmonie avec son environnement, témoin des événements, pour trouver les traces laissées et les interpréter de façon à en retirer d’éventuels indices :

“Généralement, les paysages n’ont pas de mémoire et sont indifférents à ce qui se déroule en leur sein. Combien de scènes de crime Nathan avait sondées sans obtenir une réponse du site qui avait tout vu. Il ne pouvait compter que sur les erreurs des criminels, des failles humaines. La nature complice escamotait les preuves et il fallait faire vite avant que les indices oubliés par la coupable ou sa victime ne soient effacés par le temps, le vent, la pluie. Les cadavres que l’on ne trouvait pas rapidement se décomposaient et se mêlaient au sol. En ce qui concernait l’Alaska, c’était différent. La banquise avait une excellent mémoire. Rien ne se transformait, tout se conservait. Un véritable congélateur. Un témoin infaillible. Elle seule avait vu Chaumont auparavant. Il fallait donc l’interroger.” (Page 386).

Les personnages

  • Père Felipe Almeda.
  • Agent spécial Clyde Bowman : ami de Nathan; assassiné page 20.
  • Nathan Love : métisse japonais/indien navajo ; physique atypique et personnalité très complexe, hors norme ; ancien agent du FBI qui a décidé de raccrocher après le meurtre de sa femme par le psychopathe qu’il traquait trois années avant la présente enquête ; profiler très doué car capable de se glisser dans la peau de celui qu’il poursuit ; reprend du service pour enquêter sur la mort de son ami. Adepte des arts martiaux ; vit seul. “Nathan était un crack du profilage, doté d’une extraordinaire clairvoyance, pour ne pas dire un sixième sens. Il était également un être introverti, sans personnalité, conciliant, malléable, tolérant, qui pouvait facilement plier face à un interlocuteur de la trempe de Maxwell.” (Page 28). Il a beaucoup appris de ses origines à la fois japonaise et navajo, mêlant les deux savoirs afin de devenir plus fort : “Parmi les pouvoirs acquis pas Takino, il y avait la résistance au froid. Nathan avait réussi à en percer le secret. (…) Il s’agissait de renouer avec les forces de la nature les plus essentielles. Entrer en contact avec le sacré, aurait dit son père dont la philosophie navajo n’était pas si éloignée de celle des Yamabushi (ascètes montagnards et guerriers du Japon médiéval). La montagne, tout comme la banquise et le désert, exigent le dépouillement. Dans de tels lieux, la vibration de l’Univers y est plus perceptible. Contrairement aux grandes villes qui gonflent l’ego des êtres humains et les affaiblissent, les vastes espaces vides regorgent d’énergies régénérantes et positives.” (Page 398).
  • Lance Maxwell : numéro du FBI, ancien patron de Nathan. A l’allure d’un catcheur irlandais; sait faire preuve de patience et de psychologie, “en plus d’un machiavélisme touchant au génie” (Page 28).
  • Derek Weintraub: directeur de l’agence fédérale d’Anchorage; patron de Kate Nootak. Parachuté en Alaska avec un salaire astronomique,bien qu’il soit d’une incompétence notoire.
  • Kate Nootak : esquimaude ; belle, intelligente ; célibataire au début du roman ; ambitieuse, elle ne vit que pour son travail et sa carrière, point de vue qu’elle abandonnera au fur et à mesure de l’enquête et de sa collaboration avec Nathan qui lui montrera une autre façon de voir les choses. Agent fédéral, en charge de l’agence satellite de Fairbanks affiliée à celle d’Anchorage; parle le dialecte inupik, ce qui la rend capable d’obtenir plus d’informations que son chef.
  • Bruce : stagiaire de Kate.
  • Tommy Brodin : 16 ans; autiste.
  • Jessica Brodin : 6 ans ; petite sœur de Tommy ; elle seule peut communiquer avec lui par télépathie.
  • Alan Brodin : père des deux enfants Brodin ; a servi de cobaye pour les expériences menées au labo.
  • Brad Spencer : petit ami de Tatiana Mendès ; musicien dans un groupe de rock.
  • Andrew Smith : flic d’Anchorage à la retraite ; il avait été recruté par Bowman pour retrouver Chaumont.
  • Carla Beaumont : veuve d’Etienne Beaumont ; italienne, très belle, courageuse et volontaire ; sa personnalité est bien plus complexe que les apparences pourraient le faire supposer.
  • Kotehenk : russe ; trafiquant.
  • Parents de Nathan.
  • Antoine : ami de Nathan, toujours prêt à lui porter secours.
  • Angelina : épouse d’Antoine ; s’occupe d’enfants en situation très précaire.
  • Les victimes du tueur du labo : Tatiana Mendès : infirmière sur-diplômée qui avait autrefois travaillé pour un diplomate américain ; agent Bowmab ; docteur Groeven ; docteur Fletcher, chirurgiens nobellisés pour leurs recherches sur la régénérescence des cellules souches ; une cinquième victime.

Les lieux

Un saisissant contraste entre la salle d’un bar de Faibanks et l’Arctique :

“A l’intérieur, ça puait le mâle et ça chantait faux. Une foule de chemises à carreaux braillait et s’esclaffait autour de trois serveuses grassouillettes qui slalomaient entre les tables et les mains baladeuses. L’inévitable orchestre de country music interprétait un standard de Garth Brooks. En arrière-plan, un barbu éméché qui n’avait pas dû se raser depuis qu’il était venu au monde soufflait dans un  harmonica comme dans un alcootest.” (Page 81)

“Aucune route, aucun point coté. Difficile de se repérer. Les cous d’eau et les lacs étaient recouverts de blanc. Et l’obscurité. Le soleil ne se montrerait pas dans le coin avant la fin janvier. Sous l’appareil défilait dans la pénombre la vaste plaine côtière arctique. La fameuse North Slope. Un espace vierge, marécage glacé prolongé par la mer de Beaufort, aussi dure qu’une patinoire. Le tout nappé de brouillard ou de blizzard.” (Page 384).

Mon avis

Le style est clair, fluide. Le rythme est soutenu grâce à l’enchaînement de très nombreux chapitres courts, qui se lisent vite imprimant une cadence aussi effrénée que l’histoire elle-même. Pas de bla-bla ni de descriptions inopportunes, encore moins de digressions aussi longues qu’inutiles. On ne s’ennuie pas une seule seconde.

Pourtant, mon avis est assez partagé : dans un premier temps, j’étais très enthousiaste par la variété des thèmes abordés, la peinture d’une partie de l’humanité pour qui la dignité humaine ne représente rien (par exemple, la prostitution à Manille, le viol de jeunes enfants, l’exploitation de la misère et de la détresse humaines à des fins économiques sous couvert de faire avancer la science), la présence de personnages cyniques et sans scrupules guidés par l’appât du gain et l’ambition politique ; tout cela montre un aspect de l’humanité bien peu reluisant. Mais Philip Le Roy a l’intelligence de ne pas tomber dans la caricature ni dans la généralisation; en effet, on rencontre aussi des personnages “purs”, comme la petite Jessy, le musicien Brad, ou Sam, le père de Nathan.
De réelles qualités.
 Cela dit, je dois mettre un bémol à mon enthousiasme premier: les deux cent dernières pages m’ont rappelé certains films américains où le héros semble invincible, immortel : Nathan, bien que traqué par de multiples tueurs à la solde de ses nombreux ennemis, et par des chasseurs de tête suite à sa mise à prix sur internet, continue de multiples déplacements en avion à travers l’Amérique et l’Europe sans être vraiment inquiété ; et quand il est rattrapé par ses poursuivants, il s’en sort toujours, même dans les cas extrêmes (par exemple sur la banquise en Alaska). L’invraisemblance de certaines scènes, un goût un peu trop appuyé pour le spectaculaire m’ont un peu dérangée.

Il n’en reste pas moins que Le dernier testament est un très bon thriller dont je recommande la lecture à toute personne désireuse de passer un bon moment, de vivre des aventures rocambolesques, de découvrir des univers peu connus. Je le recommande également pour son message et pour les thèmes développés fustigeant la course éternelle au profit balayant toute considération éthique, faisant fi de la vie humaine au nom de la religion fanatisée ou de l’argent et du pouvoir.

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