Interview de l’éditeur Arno MANEUVRIER

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Rencontre avec Arno MANEUVRIER, l’éditeur des éditions DELVODAERE.

Découvrez son métier, son parcours et ses conseils pour les personnes attirées par sa profession.

interview Arno MANEUVRIERArno MANEUVRIER, comment pourriez-vous définir votre métier d’éditeur ?

C’est la grande question que mes enfants se posent : je leur dis que je fabrique et que je vends des livres. Mais ils savent très bien qu’en réalité je ne les fabrique pas (c’est l’imprimeur qui le fait) et que je ne les vends pas non plus (ce sont les libraires). Du coup, ils trouvent ça éminemment suspect…

Pouvez-vous nous présenter votre maison d’édition ?

J’ai eu l’idée de Devoldaere fin 2007 et le projet a démarré au printemps 2008. Mais il ne faut pas se laisser abuser par le titre ronflant de « maison d’édition » : Devoldaere, c’est une cabane en bois dans le jardin, un ordinateur et une connexion internet. Et une seule personne, donc. Le pari, c’était : peut-on vivre en faisant de la micro-édition en région, avec des tirages très modestes et sans diffuseur ? (Pour l’instant, il n’est qu’à moitié gagné : j’ai encore pas mal d’autres casquettes : pigiste pour une revue professionnelle, concepteur-rédacteur pour une agence de communication, webmaster, etc.)

Quelle est la ligne éditoriale des éditions DELVODAERE ? Quels types de romans policiers proposez-vous ?

J’ai démarré sans autre ligne éditoriale que l’idée de me faire plaisir, j’ai donc un début de catalogue un peu fourre-tout. Je carbure à l’envie, au projet. Quant à la partie « polar », elle est pour l’instant réduite à la portion congrue : un deuxième Louis Devoldaere va sortir bientôt, et j’attends le manuscrit que Jean-Noël Levavasseur (l’auteur d’Irish Confit, un Léo Tanguy publié par Coop Breizh) est en train d’écrire. Mais je n’ai aucun pas établi de typologie du polar, et je ne cherche pas de genre en particulier : peu importe que ce soit du noir, du thriller, du whodunnit ou du polar psychologique, du moment que ça me plaise. La seule contrainte (mais elle est de taille), c’est la question géographique : je ne diffuse mes ouvrages que sur les trois départements de la Basse-Normandie, il faut donc que les livres que j’édite soient particulièrement à même d’intéresser les lecteurs de cette région-là.

Etre à la fois éditeur et auteur, pourriez-vous nous présenter les avantages et les inconvénients, si il y en a, d’avoir une « double casquette » ?

Il n’y a qu’un avantage : l’auteur sait qu’il peut avoir confiance en son éditeur… 🙂 Les inconvénients, en revanche, sont multiples. Faire la tournée des libraires pour vendre un ouvrage dont on est l’auteur (ou, selon les cas, le co-auteur), ça relève de la mission impossible, par exemple. Je ne peux pas regarder quelqu’un dans les yeux et lui dire : « ce livre est fantastique, prenez-en cinquante pour essayer ! » Ce serait un mensonge éhonté : en tant qu’auteur, je n’en vois évidemment que les défauts.

Pouvez-vous nous présenter votre journée type ?

Ah non, et c’est bien l’avantage de mon activité : aucune journée ne ressemble aux autres. Il y a celles que je passe au volant de ma voiture, pour livrer ou démarcher des librairies ; d’autres où je suis en train de finir l’édition d’un livre et que je passe sagement au bureau ; celles qui sont consacrées à mes autres activités : un reportage à Londres, un rendez-vous pour l’agence… Et puis il y a les moments où j’écris, et qui tournent souvent au n’importe quoi : je pars avec mon ordinateur sous le bras, je m’installe dans un bar, et je tape comme un forcené sur mon clavier.

Quel est votre parcours professionnel ?

Le parcours-type du dilettante qui n’a pas vraiment de plan de carrière : je m’ennuyais gravement à la fac de lettres, donc j’ai fait des tas de petits boulots chez France Télécom, au McDo, pour une boîte de sondages… Un jour, à 18 ou 19 ans, j’ai envoyé une lettre à Ouest-France. Coup de chance, ça tombait au moment où le journal était en train de mettre en place une expérience « pilote » à Hérouville-Saint-Clair, une sorte de rédaction dans la rédaction. Je me suis retrouvé dans une petite équipe de trois correspondants de mon âge qui travaillions en autonomie avec le journaliste en charge du secteur. On fonctionnait comme une vraie petite rédac locale. Camille, le journaliste, nous donnait la responsabilité de sujets « difficiles » : société, culture, reportages… Comme il nous dispensait de faire ce que subissent beaucoup de correspondants (noces d’or, galettes des rois, etc.) et qu’il était un excellent prof, c’était passionnant et c’est là que j’ai tout appris. Puis j’ai bossé dans d’autres journaux et magazines, j’ai fait mon service national au service culturel du conseil général du Calvados où j’ai baigné dans la musique, le théâtre et la danse pendant deux ans, et un jour j’ai eu deux propositions de travail en même temps : journaliste à Lisieux ou manager d’un groupe de musiciens, « Mes souliers sont rouges ». J’ai choisi la deuxième opportunité, histoire de voir… Je pensais me lasser au bout de six mois, je suis resté huit ans : 800 concerts, des tournées dans toute la France, en Belgique et en Suisse, la production de trois albums, la signature avec un gros label, la découverte des médias nationaux, radios et télés… Tout ça vous fait de belles années de formation ! Mais le naturel finit toujours par revenir au galop, et j’ai voulu retrouver le goût de l’écrit et l’odeur de l’encre… J’ai quitté le groupe à un moment favorable (entre la fin d’une tournée et le début d’un nouvel album), et j’ai mijoté mon projet tranquillement en retournant à la pige et au « mercenariat » de l’écriture. Jusqu’à la création de Devoldaere, donc.

Quels conseils donneriez-vous à quelqu’un qui voudrait exercer votre profession ?

« Fuis pendant qu’il n’est pas trop tard !

Non, je ne sais pas. Je ne me suis pas encore assez approprié ce métier pour me permettre de donner des conseils à quiconque.

Quels sont vos livres cultes?

Pedigree de Georges Simenon, Cent ans de solitude de Gabriel Garcia Marquez, La Vie mode d’emploi de Georges Perec. Tous les Franquin. Et les livres qui m’ont fait me tordre de rire, parce que c’est essentiel : Le guide du voyageur galactique de Douglas Adams et Twist Tropiques de Francis Mizio. Côté polar, j’ai des goûts de vieux machin : je suis fasciné par l’âge d’or américain (Chandler, surtout), mais j’aime bien aussi prendre le thé avec les vieilles anglaises et je lis pas mal d’auteurs français des années 70 et 80 : les Daeninckx, Fajardie, Manchette, les tout premiers Vautrin publiés dans la Série Noire, les Jonquet… Je lis aussi pas mal de polars actuels, mais je n’en parlerai pas sur Zonelivre, parce que je n’ai absolument aucune légitimité à décerner de bons ou de mauvais points.

Site des éditions DEVOLDAERE : www.devoldaere.com

Merci Arno MANEUVRIER de nous avoir consacré du temps et permis d’en savoir plus sur votre profession.

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