PRÉSENTATION ÉDITEUR
Comment, lorsqu’on est une femme seule, travailleuse avec une vision morale de l’existence… qu’on a trimé toute sa vie pour garder la tête hors de l’eau tout en élevant ses enfants… qu’on a servi la justice sans faillir, traduisant des milliers d’heures d’écoutes téléphoniques avec un statut de travailleur au noir… on en arrive à franchir la ligne jaune ?
Rien de plus simple, on détourne une montagne de cannabis d’un Go Fast et on le fait l’âme légère, en ne ressentant ni culpabilité ni effroi, mais plutôt… disons… un détachement joyeux.
Et on devient la Daronne.
Hannelore Cayre est avocate pénaliste à Paris. Elle est notamment l’auteur de Commis d’office, qu’elle a porté elle-même à l’écran.
L’AVIS DE YANNICK P.
Sous couvert de thriller, La Daronne est un portrait de femme atypique. Patience (son prénom), veuve Portefeux, use sa vie de quinqua entre les traductions arabe / français des écoutes téléphoniques de dealers et de trafiquants à longueur de journée, pour payer l’EPHAD de sa mère. Avant, à la mort de son mari, elle s’était usée à subvenir aux besoins de ses filles. Avant… c’était autre chose. Une enfance particulière. Fille d’un pied-noir aussi PDG que magouilleur, elle a très tôt appris à traverser les frontières avec de l’argent dans sa robe à smocks, tirer au 357 Magnum, bref elle a grandi entre argent glauque et parfois facile et trafics variés. Ça forge le caractère. Patience, l’avait oublié. Depuis la mort de son mari, Patience s’épuise dans une lutte quotidienne pour amasser les euros nécessaires à la survie, la sienne et celles des autres. Sa mère, ses filles. Survivre. Une vie terne, entre boulot payé au black, un manque cruel d’avenir et des pleurs.
Quand Patience croise la vie d’une famille de trafiquants marocains, c’est sans aucune culpabilité que le naturel revient au galop. A elle aussi, la part du gâteau. Alors dans son modeste appartement de Belleville, la veuve Portefeux se transforme en Daronne. Elle a tous les outils en main. Ecoutes, surveillances, langue. Elle fait du cash.
La Daronne est un court roman. Percutant, drôle. Assez inédit dans la forme et dans le fond. Le rythme est pêchu, vif. Si tout tourne autour de ce personnage principal multifacettes, campé avec une bonne dose d’originalité, quelques rares secondaires s’immiscent. La mère, une ashkénaze rescapée des camps de la mort, privée d’instinct maternel, alzheimée et enfermée dans son Ehpad, Philippe, son épistolaire compagnon, gentil et prévenant, empêtré dans sa droiture étouffante, et surtout des dealers, branchés sur le coran aléatoire, englués dans une misogynie, inculte et puérile – un plaisir de lire les transcriptions .
Hannelore Cayre, balance gentiment un polar bourré d’humour, parfois sombre quand il se focalise sur la misère, souvent cash. Elle ne cherche pas la crédibilité. Elle offre un roman caustique, une roublardise presque gourmande.
L’AVIS DE STANISLAS PETROSKY
La Daronne…
Voilà un personnage qui envoi du lourd, voire du très lourd !
Sa profession déjà, traductrice judiciaire, j’en ai croisé dans mon ancienne vie de ces personnes qui parlent parfois un dialecte totalement inconnu, qu’eux seuls peuvent traduire lors d’interrogatoire, qui vont faire les apostilles parce qu’ils ont été réquisitionnés par le procureur de la République…
C’est le boulot de Patience veuve Portefeux, elle y tient à veuve Patience, comme si cet adjectif lui rappelait son passé fastueux.
Aujourd’hui, elle n’a plus un rond, juste de quoi manger et payer cette saloperie d’EHPAD où vit, survit sa mère…
Sa langue de prédilection, c’est l’Arabe, l’Arabe et certains de ses dialectes, Patience les maitrise sur le bout… de la langue.
Elle passe sa vie à retranscrire des écoutes téléphoniques entre petits « rebeux » dealers et autres truands notoires. Même si pour certains ces conversations, qui font partie de l’investigation judiciaire, ont un côté palpitant, Patience, elle, se fait plutôt chier au boulot. Alors un jour, elle, qui est déjà parfois borderline, va franchir la limite, elle « récupère » plus d’une tonne de cannabis et elle va devenir la Daronne…
C’est noir, parce que l’auteur dépend une fresque sombre de notre société, avec des notes de couleur parfois, dans un ciel si obscur, comme si Hannelore avait voulu offrir à son lecteur quelques notes de poésie. C’est puissant parce que Patience en a une sacrée paire comme l’on dit, qu’elle ose. C’est aussi nostalgique, parfois drôle, ironique, acide et tant d’autres choses, mais c’est surtout et avant toute chose un magnifique roman noir avec une idée de génie derrière…