Cay RADEMACHER : Le faussaire de Hambourg

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Allemagne
Cay RADEMACHER - Le faussaire de Hambourg
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  • Éditions Le Masque le 16 janvier 2019
  • Traduit par Georges Sturm
  • Pages : 336
  • ISBN : 9782702445655
  • Prix : 20,90 €

PRÉSENTATION ÉDITEUR

Hambourg, 1948, au cours d’une interpellation de routine à Sankt Pauli, l’inspecteur principal Frank Stave est grièvement blessé. Une fois rétabli, il quitte la brigade des Homicides pour l’Office de lutte contre le marché noir. Il est immédiatement confronté à une affaire énigmatique : des femmes en train de déblayer les ruines d’un immeuble de bureaux sont tombées sur des œuvres d’art datant de la République de Weimar – juste à côté d’un cadavre, dont le collègue des Homicides n’a manifestement pas l’intention de découvrir l’identité.

Peu de temps après, le lieutenant MacDonald confie une autre enquête à Stave : de curieux billets de banque ont fait leur apparition au marché noir et dérangent les plans secrets des Alliés. Stave découvre d’étranges parallèles entre les deux affaires… Mais la vérité est dangereuse. Et pas seulement pour lui…

L’AVIS DE HÉLÈNE B.

J’attendais avec impatience le dernier roman de la trilogie de Cay Rademacher mettant en scène l’agent de police Stave dans une Allemagne d’après-guerre défigurée, appauvrie et sous le joug des alliés. Cette trilogie est un énorme coup de cœur et ce dernier roman a encore comblé toutes mes attentes.

Nous sommes en 1948, l’inspecteur Stave a été sévèrement blessé aux poumons lors d’une précédente enquête. La relation sentimentale qu’il entretenait avec Anna lors des deux autres épisodes est terminée. Quant à son fils, il cultive dans un jardin des feuilles de tabac qu’il échange au marché noir contre diverses choses. Stave prend une décision radicale au tout début du roman. En effet, il décide de quitter le service des homicides pour le service traitant du marché noir et des trafics irréguliers. Son nouveau poste pris, Stave se voit confier une première enquête concernant plusieurs œuvres d’art retrouvées sous les décombres d’un immeuble. Cependant, un cadavre y est également retrouvé et l’Oberinspektor Donnëcke se charge de l’enquête en la bâclant comme il faut. Stave n’a aucune accointance avec ce Donnëcke, il décide d’enquêter en sous-marin sur la mort de ce pauvre homme qui ne semble pas accidentelle. Comme dans les deux autres romans, Stave a toujours l’appui et le soutien du légiste et du procureur Ehrlich ce qui lui permet d’avoir toutes les informations nécessaires et une approbation illégitime certes mais bien utile. Une fois encore, L’auteur va au-delà de la simple résolution d’un meurtre et nous invite cette fois-ci la veille de la proclamation du Deutsch Mark en juin 1948.

L’enquête va donc amener Stave dans le milieu du cinéma mais aussi dans celui des artistes comme les sculpteurs ou les peintres. Pendant la guerre, les nazis ont interdit l’art moderne dit « dégénéré » comme l’expressionnisme, le dadaïsme ou encore le cubisme au profit d’un art plus classique et codé dit « héroïque ». Ainsi, la censure va bon train mais les nazis ne brûlent pas nécessairement ces œuvres et beaucoup seront vendues à des collectionneurs, y compris des nazis…. En ce qui concerne le cinéma, Goebbels ministre de la propagande va se servir de metteurs en scène pour diffuser l’idéologie nazi à travers des films exultant la suprématie aryenne. Dans le roman, le réalisateur Veit Harlan connu pour le film Le juif süss, est donc évoqué et interrogé par l’inspecteur Stave. Ce personnage va permettre à l’auteur de parler du processus de dénazification mené par les alliés. La guerre terminée, et l’Allemagne aux mains des alliés, ces derniers vont essayer d’éradiquer toute influence nazie dans la société allemande. Les alliés établissent une liste de nazis à juger. C’est à ce moment qu’interviennent « les certificats « Persil » nommés Persilscheim en allemand et dont l’auteur fait mention très souvent dans ce dernier roman. « Persil » comme la lessive qui permet de laver les fautes et crimes de certains individus. Il est effarant de voir le nombre de personnes qui continueront à vivre en toute impunité et à exercer parfois des responsabilités au sein de leur ville ou des institutions.

Enfin, l’auteur construit toute son intrigue sur une réalité économique et sociale fortement perturbée par l’arrivée imminente de la nouvelle monnaie créée par les alliés. Tout ceci permettra aux allemands de sortir la tête de l’eau et de contrer le marché noir qui a envahi les villes. Par ailleurs, l’auteur donne un souffle supplémentaire aux relations de Stave et son fils. Leurs relations semblent s’apaiser et le fils qui s’était engagé dans le mauvais chemin idéologique pendant la guerre reprend sa vie en main. De même, nous en apprenons davantage sur le passé d’Anna dont est encore amoureux Stave et l’anglais Mac Donald avec lequel il a travaillé est sur le point de quitter Hambourg. L’auteur propose une fin et une destinée pour chacun de ses personnages et ne laisse pas le lecteur sur sa faim.

Je conseille fortement cette trilogie à tous les amateurs de polar et d’Histoire. Les enquêtes sont toujours en lien avec l’Histoire de l’Allemagne nazie et le lecteur apprend beaucoup de choses sur la vie des allemands pendant la guerre et après la capitulation. Enfin, le personnage de Stave est attachant dans les trois tomes. Son passé douloureux, ses craintes de père, sa claudication et sa détermination font de lui un personnage fort et entier.

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