Daniel QUIROS : Été rouge

3
1012
Costa-Rica

INFOS ÉDITEUR

ete rouge - quiros

Parution aux éditions de l’Aube en novembre 2014

Parution aux éditions Aube Noir Poche le 5 novembre 2015

Traduit par Roland Faye

Ce livre a reçu le prix National de Littérature Aquileo J. Echeverría, la plus haute distinction littéraire du Costa Rica.

Côte du Pacifique, Costa Rica. Un Éden où les pinèdes sont massacrées afin de permettre la construction de villas luxueuses pour des investisseurs étrangers… et des caïds de la drogue. Un Éden où il fait terriblement chaud, où l’alcool ne peut faire oublier le sable, la poussière et le vent.

C’est là, dans un tranquille village de pêcheurs, qu’est découvert sur la plage le cadavre d’une femme, surnommée l’Argentine.

Don Chepe, ancien guérillero qui a lutté aux côtés des sandi­nistes, décide de retrouver l’assassin de son amie. Une enquête qui le conduit à découvrir les liens obscurs entre passé et présent, utopie et désenchantement… et à revisiter l’histoire de son pays.

Entre torpeur et violence, ce livre nous colle à la peau.

(Source : Aube – Pages : 192 – ISBN : 9782815910972 – Prix : 16,90 €)

L’AVIS DE LUCIE MERVAL

Aujourd’hui, je vous convie à partir en voyage au Costa-Rica. C’est la première fois que je lis un roman se déroulant dans ce pays et je ne suis pas déçue.

Bienvenue sur la côte, dans un petit village de pêcheurs baptisé Paraiso (Paradis). Cadre idyllique ? Détrompez-vous ! Il y fait chaud, très chaud, la poussière virevolte… Seule alternative, se désaltérer, boire une bière fraîche au troquet du coin… C’est d’ailleurs ce que fait Don Chepe, ancien guerillo puis agent d’assurance qui coule depuis quelques temps une retraite anticipée au bord de la mer, quand il apprend que le corps de son amie « L’Argentine » a été retrouvé sur la plage. Très vite, il va s’improviser détective privé pour retrouver son assassin. « L’Argentine » était une femme d’une cinquantaine d’années, un peu hippie, au passé mystérieux. Elle tenait un café-librairie à Tamarindo. Don Chepe venait y boire un coup de temps en temps et au fil des jours, une relation amicale s’était nouée avec sa tenancière, tous deux évoquant avec passion les livres qu’ils avaient dévoré. Suite à son décès, il découvre qu’elle lui a légué ses livres et quelques documents. En décortiquant cet héritage, il y trouvera quelques indices le mettant sur la piste de son passé…

Les premières investigations menées par la police semblent mener à des petits délinquants du coin. Il faut dire que la région est en pleine expansion touristique, tant mieux pour l’économie du pays mais cela crée aussi de nouvelles formes de violence, larcins… Don Chepe sent que c’est bien plus profond que ça. Il ne lâchera rien !

Néanmoins, le cagnard et la poussière rendent toute initiative contraignante. Il y a une véritable atmosphère d’étouffement et une certaine « nonchalance » qui se dégage de ce roman. Il faut imaginer que le flic du coin fait la permanence dans son fauteuil à bascule un peu comme devant un saloon… Malgré tout, notre détective improvisé ne veut pas en rester là. Il va sillonner le pays, de pistes en pistes, de bières en bières (et quelques fois, un petit whisky), de clopes en clopes… « J’en avais assez des nuits sans sommeil, et des journées passées à cavaler sous la chaleur à la poursuite des ombres du passé » (P.124). En effet, sa quête personnelle va nous emmener vers un passé pas si lointain mais inconnu (du moins pour moi), celui de la guerre civile au Nicaragua dans les années 80 dans le but de renverser le régime dictatorial de Somoza. L’auteur y parle aussi du rôle des Etats-Unis (Plus précisément la CIA) dans ce conflit et de la supposée neutralité du Costa-Rica, pays limitrophe…

Un polar basé donc sur des faits réels écrit à la première personne, prenant, instructif, avec un personnage principal auquel on ne peut que s’attacher et une atmosphère très dépaysante.

Je vous invite vivement à découvrir cet auteur voire même aller à sa rencontre puisqu’il sera présent aux Quais du Polar de Lyon 2015.

L’AVIS DE PIERRE-MARC PANIGONI

Nous avons affaire ici à un auteur sud-américain, qui comme beaucoup d’entre eux utilise le vécu de cette région du monde pour construire son intrigue, qui se révèle être au final un acte d’engagement quasiment politique.

Tout commence dans la région rurale de Paraisio (Paradis qui n’en est plus un). Le cadavre d’une femme est retrouvé. Il s’agit de l’Argentine, surnom donné à Ilana une ancienne révolutionnaire.

Suite à cet assassinat, Don Chepe, ancien révolutionnaire sandiniste désabusé, va enquêter sur la mort de son amie.

Ce roman est une vraie belle découverte.

Sans en avoir l’air, c’est un roman noir engagé comme il s’en fait de moins en moins. Nous avons affaire à un meurtre puis à une enquête mais cela n’est qu’un prétexte pour faire un retour sur les évènements qui ont secoué le Costa Rica, comme l’attentat de 1984 à La Cruz ou la libéralisation du marché.

Ces évènements ne sont pas neutres, car ils hantent les costas ricains, tout comme Don Chepe qui voit la rédemption avec la résolution de ce meurtre. Lui l’ancien révolutionnaire qui ne croit plus en son ancien combat, qui au grès de l’enquête va s’apercevoir que son pays change mais pas forcément comme lui l’avait imaginé et espéré. Peut-il continuer ainsi alors qu’il existe encore des plaies non cicatrisées dans son pays ? Bien plus qu’une enquête, j’ai le sentiment d’avoir affaire une quête intérieure résultant d’un passé plus que complexe.

Niveau ambiance tout est là également. Nous avons un faux rythme qui permet de nous immerger dans l’univers quotidien chaud, pesant et poussiéreux des protagonistes. Ce sentiment de chaleur étouffante est rendu également par un jeu d’écriture subtile qui permet d’accélérer notre plongée dans cet univers où il en faut peu pour que la violence ressurgisse.

Pour continuer sur l’écriture que je trouve séduisante, j’aurais tendance à dire que cette dernière est totalement maitrisée dans le sens où même si j’appuie mon avis essentiellement sur l’environnement politico-historique, l’auteur reste neutre, c’est-à-dire qu’il dépeint un pays, des habitants et une culture comme il les voit, sans exagération de trait.

Peut être est ce pour renforcer la rumeur comme quoi le Costa Rica serait la Suisse Américaine…

Pour finir, et je vais me répéter, mais ce roman est une très belle découverte, et je vous encourage à vous laisser séduire par ce roman de Daniel Quiros.

Sponsor

3 Commentaires

  1. J’aime particulièrement les polars révélant l’histoire d’un pays, en particulier lorsqu’il s’agit de celle tourmentée des pays d’Amérique latine. De plus, les éditions de l’Aube publient généralement des textes intéressants.
    Merci pour cette découverte !

LAISSER UN COMMENTAIRE

Votre commentaire
Entrer votre nom ici