Lilja SIGURDARDOTTIR : Reykjavik noir – 01 – Piégée

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Islande
Lilja SIGURDARDOTTIR - Reykjavik noir - Piegee
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  • Éditions Métailié le 23 mars 2017
  • Éditions Points le 8 mars 2018
  • Traduit par Jean-Christophe Salaün
  • Pages : 384
  • ISBN : 9782757868478
  • Prix : 7,80 €

PRÉSENTATION ÉDITEUR

Sonja a été contrainte de devenir passeuse de cocaïne pour retrouver la garde de son petit garçon. Elle doit jouer au chat et à la souris avec des narcotrafiquants féroces, un ex-mari pervers, un avocat ambigu, une compagne envahissante.

Elle doit se montrer de plus en plus inventive, de plus en plus audacieuse. Elle doit sortir du piège dans lequel elle s’est laissé enfermer. Seule certitude, Tómas son petit garçon, lui, ne vit que pour ses week-ends auprès de sa si jolie maman.

Il y a aussi, à l’aéroport de Keflavík, Bragi, le vieux douanier, très intrigué par cette jeune femme élégante et décidée qui traverse régulièrement les salles d’embarquement.
Entre malversations et trafic de drogue, Piégée est un thriller original et brillant, mêlant une intrigue pleine de suspense, des personnages attachants et une description fantastique de la capitale de l’Islande pendant l’hiver 2010-2011, couverte de cendres et sous le choc du krach financier.

Nominé pour le Drop of Blood, le prix islandais du roman policier 2016.

L’AVIS DE SOPHIE PEUGNEZ

Une jeune femme se prépare à prendre l’avion sans bagage, elle a juste le catalogue d’une maison très connue dans les mains. Elle observe autour d’elle, repère sa « proie », elle se rend dans la boutique « duty free », achète une valise, quelques emplettes et elle fait l’échange au moment importun. Car Sonja avec son allure de femme affaire est une véritable passeuse de drogue. Son rôle de mule elle l’assume, elle a vraiment le sentiment bien le gérer même si à la base ce n’est pas un choix. Elle a été « Piégée ». C’est pour son petit garçon Tomas qu’elle a fait ça, elle n’en n’a pas la garde et ses difficultés financières la poussent à continuer pour qu’ils puissent enfin vivre tous les deux. Car lui aussi souffre de cette séparation.

Agla fera-t-elle partie de sa vie ? La relation entre elles deux est très complexe : sensuelle mais pas continue. La difficulté d’assumer cette attirance, cette alchimie, vis-à-vis de la société. Et Agla qui travaille dans le milieu bancaire se retrouve rattrapée par la justice suite à la crise financière islandaise. Chacune a sa part d’ombre ou son jardin secret qu’elle ne dévoile pas à l’autre.

Arriveront-elles à trouver la sérénité, l’équilibre et l’une d’elle risque-t-elle de finir derrière les barreaux ? Surtout que le douanier Brago a repéré la jolie silhouette de cette mystérieuse passagère. Or son flair et son expérience vont commencer à le titiller et il va l’observer de plus près.

« Piégée » traduit de l’islandais par Jean-Christophe Salaün est une jolie vraie découverte. J’ai adoré dès les première lignes découvrir cette jeune femme intrigante, passeuse de drogue (même si je n’adhère pas du tout à la prise de ce type de substance). Mais ô combien attachante, l’amour qu’elle porte à son fils la guide, lui donne de la force, elle est prête à tout pour lui. Elle assume aussi ses envies, le corps et les caresses d’Agla sont « sa came » à elle.

Ce roman policier publié aux Editions Métailié à plusieurs grilles de lecture : l’immersion de la vie quotidienne de Sonja, ses difficultés familiales et financières. « Anti-héros » par ses actes mais à qui on peut certainement donner le statut de victime. En tout cas tellement réelle et sensible que j’avais envie de la protéger, qu’elle s’en sorte, quoiqu’elle fasse, quel que soient ses choix et pourtant ils sont loin d’être tous louables.

C’est à la fois facile à lire t en même temps c’est une vraie réflexion sur la situation économique de l’Islande et également de l’Europe. La Grèce et sa chute mais aussi ce qui attend la France et qui est loin d’être rassurant.

Un très bon texte de cette nouvelle venue dans le paysage du roman policier nordique : Lilja Sigurdardottir qui dévoile l’univers des passeurs de drogue, peut-on s’arrêter lorsqu’on a mis un doigt dans l’engrenage ? Et j’aime tout particulièrement l’histoire de Sonja et Agla. Le doute, les craintes de cette dernière sont très émouvantes. Pas toujours facile d’assumer ses envies les plus intimes. Surtout quand la société est loin d’être toujours tolérante. Une sensualité très élégante. J’ai vraiment de me plonger à nouveau dans cet univers.

L’AVIS DE CATHIE L.

Lilja Sigurdardottir, née en Islande en 1972, est une romancière de romans policiers. En 2008, grâce à un concours, elle est remarquée par les éditions Bjartur désireuses de renouveler leur vivier d’auteurs de romans policiers. L’année suivante, elle publie Spor son premier roman. Elle est l’auteur de trois autres romans parus en Islande entre 2010 et 2016, mais c’est avec le troisième, Gildran, qu’elle obtient le succès.

Le roman

Piégée, Gildran dans la version originale parue en 2015 en Islande, est publié en 2016 par les éditions Métailié. Les chapitres courts sont dévolus à un personnage dont on suit les faits et gestes en détail, ce qui a le mérite de proposer plusieurs points de vue grâce auxquels le lecteur assiste à l’évolution de l’intrigue. Le rythme est lent, comme les pièces d’un puzzle qui se mettent en place petit à petit ; on sait qu’il va se passer quelque chose, mais quoi et quand, mystère !! Au fil des pages on sent les mailles du filet se resserrer faisant monter la tension crescendo.

Par les thèmes abordés, Piégée s’ancre dans une réalité que nous vivons tous plus ou moins ou à laquelle nous sommes sensibles : la crise économique qui a frappé l’Islande de plein fouet, l’homosexualité, le trafic de drogue.

L’intrigue

Suite à une séparation douloureuse, Sonja est victime d’un chantage odieux: si elle veut retrouver la garde de son fils, elle devra devenir passeuse de drogue. La jeune femme n’hésite pas une seconde et passe un marché. Petit à petit, elle apprend les astuces pour ne pas se faire repérer, ni par les douaniers, ni par les flics en civil. Ayant mis au point un profil de femme d’affaires entreprenante et crédible, gérante de sa propre start-up, elle devient un des meilleurs éléments du réseau. Ne vivant que pour les rares week-end de bonheur passés auprès de son petit Tomas, Sonja va tenter par tous les moyens de se sortir de ce piège.

Mais à Keyflavik, l’aéroport de Reykjavik, Bragi, un douanier expérimenté, est bientôt intrigué par les allées et venues de cette jeune femme élégante qui traverse régulièrement les couloirs de l’aéroport d’un pas décidé. Le doute s’installe dans son esprit et, par divers recoupements, il se forge une opinion qu’il n’aura de cesse d’infirmer ou de confirmer. Sonja parviendra-t-elle à briser les chaînes qui l’entravent ? Bragi la dénoncera-t-elle ? Une véritable course contre le temps s’engage alors pour la jeune femme…

Ambiance et climat social

Piégée propose, en toile de fond de son intrigue centrée autour du trafic de drogue, une description très réaliste et contrastée de l’Islande du krach financier qui s’est abattu sur l’île de glace durant l’hiver 2010-2011. Les nombreuses allusions faites par l’auteur constituent les pièces d’un puzzle qui, une fois reconstitué, donne au récit un cadre concordant parfaitement avec le drame qui se joue sous nos yeux. Entreprises fermées, nombre de chômeurs en hausse, morosité du marché, inquiétude des travailleurs, tous les ingrédients sont réunis pour créer une ambiance des plus maussades: heureux les chanceux ayant conservé leur emploi, comme Agla ou Libby : « Chaque semaine, les medias annonçaient des dégraissages massifs, les entreprises fermaient les unes après les autres et les banques qui ramassaient celles qui tenaient encore debout imposaient leur lot de licenciements. » (Page 87)…. « De plus, elle avait le sentiment que cette île était un bateau en plein naufrage et que tout ce qu’il restait à faire, c’était sauver sa peau. Les pouvoirs publics luttaient, tentaient de négocier, de se maintenir à flot, ignorant la véritable nature des ennemis à qui il avait affaire…Le pays tout entier était sur le déclin. Les Rothschild et leurs amis se présenteraient bientôt dans le sillage du FMI pour racheter tout ce qui avait un semblant de valeur. » (Page 132).

En conclusion

Lilja Sigurdarsdottir propose avec Piégée un thriller original et bien construit qui se lit très facilement. Elle joue avec nos nerfs et notre compassion avec une maestria consommée. Le lecteur ne peut que vibrer à l’unisson du coeur de cette jeune mère de famille qui lutte pour se sortir du piège dans lequel elle s’est naïvement laissée enfermer, prête à tout pour récupérer la garde de son petit garçon. Qui de nous n’en ferait pas autant? Un très beau portrait de femme bafouée mais digne et endurante, consciente de ses erreurs et de ses faiblesses qu’elle rachète par l’amour et par son courage.

Le + : comme souvent avec les polars scandinaves, la peinture sociale et la description d’un état en perdition apportent un atout supplémentaire à une histoire qui, somme toute, pourrait n’être qu’une histoire de drogue parmi tant d’autres. Un roman à lire autant pour la connaissance du monde de la drogue, de ses réseaux, de ses acteurs que pour son intrigue passionnante.

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