Gudbergur BERGSSON : Deuil

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Islande

INFOS ÉDITEUR

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Parution aux éditions Métailié le 14 février 2013

Traduit de l’islandais par Eric BOURY

Quand on arrive au bout du chemin et qu’on n’a plus pour horizon que la disparition ou l’éternité, vers où se tourner ? Presque invariablement vers son passé. Dans la solitude de sa maison, témoin de tant de moments uniques, le héros de ce texte se souvient de sa vie, son veuvage précoce, sa relation très particulière avec les femmes, les enfants, les amis, les voisins, son travail.

Le silence n’est troublé que par le sifflement de la bouilloire, la musique quotidienne d’adieu à un vieil homme solitaire et à sa vie. Un homme enchaîné à un destin inéluctable et qui sait que seul l’amour (ou le désamour) est capable de passer la frontière qui sépare la vie de la mort. L’auteur porte un regard provocant sur la vieillesse et sur la vie quotidienne, apparemment anodine, que chacun parcourt à sa façon.

(Source : Métailié – Pages : 128 – ISBN : 9782864249023 – Prix : 16 €)

L’AVIS DE SOPHIE PEUGNEZ

Sur le seuil de la mort.

Assise sur le bord d’une fenêtre vermoulue, la mort regarde.

Un homme est dans son lit, il se souvient. Il veut se lever mais il attend la bouilloire qui n’a pas encore sifflé. Il s’est coupé du monde en mettant des boules quiès. Il reprend contact avec la réalité, sa réalité.

Il pense à tout ce qu’il put voir à travers cette fenêtre, véritable cordon ombilical avec le monde extérieur.

La vie de son voisinage, les vieux de son âge qui disparaissent du jour au lendemain avec un panneau à vendre. Le quartier a vieilli, quelques cris d’enfants mais surtout les cris des fous, des drogués. Vieillir. Ce rapport a son corps qui a changé. Mélancolie.

Et comme si ses pensées s’emballaient. Le souvenir de sa femme, des femmes. De la violence psychologique dont elles peuvent faire preuve avec une parole ou même un regard. Mais aussi les moments d’amour de celui qui a aimé donner.

Des enfants qui se coupent, s’éloignent. Présents physiquement parfois mais en même temps tellement lointains…

Deux parties très distinctes dans ce roman : dans un premier temps le rapport à la vieillesse. Dans un second temps, l’album photo mental d’un vieux qui se meurt. Témoigne ultime, les images se mélangent comme les sentiments. La mélancolie avec quelques éclats de bonheur…

C’est écrit avec beaucoup d’élégance. Je n’ai pu m’empêcher de penser au sublime texte de Dino BUZZATI “Chasseurs de vieux” (dans “le K”) : la vieillesse nous rattrape tous. On ne peut s’empêcher d’avoir de l’empathie pour cet homme qui part.

Pour certains ce livre peut prendre le visage de la violence extrême : voir l’espace d’un instant son visage couvert de rides, ou même sa main fripée. Ne plus se souvenir peu à peu des visages…

Pour d’autres ce texte peut prendre le visage de l’apaisement.

Comme on referme la porte lorsqu’un nourrisson s’endort, accepter de refermer la porte derrière cette personne âgée qui vient de s’enfoncer dans un long et profond sommeil.

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