J.B LEBLANC et Frédéric LIVYNS : Le miroir du damné

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France
J.B LEBLANC et Frederic LIVYNS- Le miroir du damne
Le miroir du damné
  • Éditions Séma le 14 avril 2017
  • Pages : 502
  • ISBN : 9782930880211
  • Prix : 22,00 €

PRÉSENTATION ÉDITEUR

  • Illustration de Christophe HUET

Au cœur du massif des Maures, le petit village de Tarsac est le cadre de meurtres sauvages qui font ressurgir la peur et la paranoïa.

Qui est cet assassin particulièrement retors qui ne laisse aucune trace et semble connaître parfaitement ses victimes ?

C’est ce que devront découvrir le lieutenant Courtas du SRPJ de Toulon et Martin Fabre, le chef de la police municipale. Cette enquête les confrontera à des croyances révolues sur fond de sorcellerie et à un étrange miroir qui semble être le cœur de l’énigme.

Mais, dans cette cuvette infernale écrasée par la chaleur, les morts se succèdent à un rythme effréné, et le temps leur manque…

L’AVIS DE YANNICK SCOTTO

« Ici rien n’est comme ailleurs »

Que dire de cette oeuvre de J.B LEBLANC Frédéric LIVYNS si ce n’est que ce dernier est bien un des fournisseurs officiels de cauchemars ?.

Tarsac est un petit village à part du massif des Maures.
Alors que tout semble paisible, d’étranges meurtres y sont perpétrés et la barbarie de ces derniers n’a d’égal que la difficulté à les résoudre pour les enquêteurs..

Un corps sans vie dans le tunnel du mémorial à Tarsac..
Un passage obscur reliant le bas vers le haut du village…
Un avant et un après ?
La vie et la mort ?
Un tunnel : une tête broyée…

Le lieutenant Courtas du SRPJ de Toulon mène l’enquête aidé par Martin Fabre, maire de la commune et.. chef de la police municipale.

Retour en arrière : année 2005
Malédiction?
Delirium Tremens ?
Sorcellerie ?
Clément Brimac…
Henry..
Lucy la nécromancienne…

« Je suis revenu…Et c’est de ta faute…Je me régale déjà de la peur des villageois…Meeerciiii… »

On dit que les yeux sont le miroir de l’âme les amis.
Et vous, au détour du Miroir, arriverez-vous à conserver la vôtre ?

Le « Réducteur » vous salut !

L’AVIS DE LAURENT FABRE

Dans tous les villages de France et de Navarre, des secrets enfouis au plus profond de la mémoire collective peuvent rester à l’état léthargique … ou pas.
A Tarsac, petit bled perdu au coeur du massif des Maures, le maire et chef de la police municipale, Martin Fabre, pensait couler des jours paisibles jusqu’à la retraite.
C’est sans compter sur la découverte du corps d’un adolescent, un matin d’août.
Les ombres du passé vont alors resurgir, pour le plus grand malheur des habitants de Tarsac …

Tout d’abord, je remercie le site Zonelivre et Séma Editions de m’avoir permis de découvrir cette histoire écrite à 4 mains, un roman fantastique qui m’a littéralement subjugué, fasciné en ce sens qu’il apporte du sang neuf dans le paysage livresque de la littérature de genre.

En 2017, j’ai découvert l’écriture de Frédéric Livyns avec l’excellent L’obscur, un thriller qui m’avait donné des frissons, fait vibrer le coeur du lecteur et amateur du genre dans une intrigue mystérieuse dans laquelle planait l’horreur surnaturelle, la terreur relative à l’inconnu, cette zone … obscure et obsédante d’apparitions venues d’ailleurs. Vous pouvez d’ailleur retrouvé ma chronique sur le site Amazon.

Après cette lecture du Miroir du damné, bien malin la personne qui arriverait à distinguer des styles d’écriture différente liée à tel ou tel auteur, ce sont donc plus de 480 pages écrites de façon magistrale et concomittante, addictive pour ne rien lâcher jusqu’à la fin où quand deux talents d’écrivain s’unissent pour donner de nouvelles lettres de noblesse à un genre de littérature qui n’a pas fini de nous surprendre, de nous effrayer, de nous emmener loin, très loin dans les abîmes de la terreur.

Dès le début, le lecteur pénètre directement au coeur de l’intrigue, des éléments clés mettent progressivement le doigt sur quelque chose d’intangible, de secrets ancestraux inavoués, un passé marqué par des faits meurtriers ayant laissé des traces dans le coeur des villageois de Tarsac, des stigmates à jamais ouvertes, des personnages blessés ou semblant apathiques voire aphasiques…

Dans tous les romans, le passé demeure perpétuellement à l’effigie d’une empreinte indissociable du présent auquel chacun la gére avec ses moyens ou s’y prête avec plus ou moins de bonheur, les souvenirs douloureux qui restent latents voire enfermés à double canevas dans les profondeurs de l’esprit.

L’atmophère est pesante, lourde comme l’étau qui étouffe les habitants, lentement mais sûrement, le temps à la canicule n’est pas étranger à rendre toute action insurmontable, une épreuve mentale et physique d’autant plus douloureuse surtout quand la mort s’invite, une tension quasi permanente et sourde, quand le passé se décide à pointer le bout de son nez, à tourmenter les habitants, chacun des personnages semblent cacher quelque chose …
Quand le procureur décide d’associer un policier de la « ville » avec son acolyte de Tarsac, l’enquête sur la mort de l’adolescent va prendre une tournure souvent inédite, baignant dans un climat de suspicion, de doutes, ce qui devait s’apparenter à une investigation criminelle avec un mobile à priori classique dans le sens du terme va basculer, balayer toutes les certitudes dans le coeur des protaganistes.

A partir de cet instant, la lecture va devenir viscérale, définitivement inquiétante, les auteurs savent distiller des instants de peur avec un grand P, celle qui vous cloue sur place, vous fera suer d’une délicieuse et horrible perle dans votre subsconcient, insidieusement, le cauchemar ne fait pourtant que commencer, l’épouvante peut surgir à tout moment, personne n’est à l’abri, des apparitions et des manifestations sans commune mesure, la panique et l’improbable se mue en muraille de défense et de déni, je comprends à quel point le grand réalisateur de film d’horreur, John Carpenter évoque la peur comme l’émotion humaine la plus puissante, elle est innée en chacun de nous et depuis des temps immémoriaux, elle est inscrite dans la psyché humaine, elle est impalpable, intangible, insaississable et se manifeste sous des formes les plus diverses et frôlant toutes les sphères psychologiques et mentales de la personne incriminée.

A l’instar de romans fantastique où le surnaturel se mêle et s’immisce dans le quotidien, où l’horreur s’installe graduellement et qui va chambouler la petite routine des habitants, des incidents, des accidents, des meurtres, le paradoxe entre l’immuable attachement aux traditions ancestrales et l’arrivée de ce policier de la ville, entre la difficulté de trouver du réseau dans ce coin perdu et isolé de tout, visiblement la 3G n’est pas pour demain ici, tout concourre à rendre une enquête compliquée, ralentie, en proie à des personnages troubles, inquiétants, les légendes ne sont pas urbaines mais bel et bien rurales, je n’insisterai jamais à quel point Le miroir du damné m’a envoûté, scotché du début à la fin, j’avais un peu appréhendé les presque 500 pages pour un roman fantastique et d’horreur, la crainte de redite ou de redondance dans la construction, les auteurs ont su harmoniser l’intrigue, donner de la matière, de l’épaisseur à chacun des personnages, du grain à moudre pour le lecteur dans ses interrogations, que s’est-il passé dans l’histoire du village de Tarsac ?

Quels secrets honteux ou horribles les habitants se gardent d’en faire étalage ?

Pourquoi ces rumeurs et surtout cette volonté farouche de mettre des bâtons dans les roues de l’enquête sur la mort de l’adolescent ?

L’importance de vous faire ressentir tout ce qui m’a séduit et sans révéler l’intrigue, les tenants et aboutissants d’une histoire chorale, de celle qui va faire inévitablement le rapprochement et le lien entre chacun, les raisons du coeur, l’indicible qui s’inscrit dans la mémoire collective, l’amour illimité d’un père, la culpabilité qui ronge les sangs, la vie est cruelle et parfois injuste, la réalité n’est qu’un miroir du quotidien, que peut bien cacher l’envers du décor, les ombres qui délimitent nos champs visuels et débordent notre espace ?

J’adhère à ces histoires mélangeant différents genres comme le polar, l’étrange, le mytérieux inexplicable, les variables sont multiples, les contours délibérément flous, la frontière entre la réalité et le surnaturel est de plus en plus mince, l’intrigue sait s’emballer sans donner dans la surenchère ou l’emphase, les éléments de réponse sont dilués petit à petit, les personnages hermétiques se livrent à une guerre des tranchées, pour les deux enquêteurs aux antipodes l’un l’autre, ils vont devoir trouver un compromis pour aboutir leur mission, sans laisser trop de plumes, le climax se profile, le dénouement est à la hauteur des attentes, le lecteur y trouvera son compte avec une alternance des chapitres bien équilibrée, une écriture maîtrisée, des dialogues acérés, des mises en situation crédibles bien que le facteur fantastique-horreur soit implacable et se précise, autant vous le dire haut et fort, rien de forcé dans cette noirceur absolue et irréversible, tout semble écrit naturellement pour expliquer l’inexplicable, le surnaturel …

la patience est mère de toutes les vertus, le temps est compté, j’admets volontiers être rôdé et rompus dans les romans fantastiques avec la lecture de presque toute la collection de la défunte collection de Terreur de Presse Pocket ou celle de Gore de Fleuve Noir, pourtant c’est toujours avec un plaisir coupable que je me replonge avec effroi et appréhension avec ce que je recherche avant tout dans ce genre de lecture, ressentir l’épouvante, la frange qui sinue entre la vie et la mort, entre la banalité du quotidien et des situations irrationnelles, de vivre des histoires malsaines avec des personnages douteux, dévastés ou au bord de la syncope quant il s’agit de faire face à l’horreur pure, à la peur frontale et délicieusement sournoise, jamais dans l’excès ou le flot d’hémoglobine gratuit, une aura maléfique, une atmosphère confiné et flirtant souvent avec la paranoïa de des personnages principaux, une méfiance qui les éloigne et les rapproche tout à la fois, c’est toute la complexité et la contradiction qui caractérise la psychologie de Martin Fabre et de son homologue de la « ville », Le miroir du damné s’inscrit dans la qualité et parmi les meilleures histoires que j’ai pu lire, les auteurs prennent le temps de développer une bonne histoire avec une succession d’évènements, de révélations fracassantes pour faire rebondir, des personnages qui évoluent et progressent quand ce n’est pas le contraire, c’est vivant, c’est finement et psychologiquement dépeint, l’ambiance est bien rendue, cette torpeur, cette température qui n’en finit pas de faire grimper le mercure, tout est possible et toutes les théories ouvertes … pour le plus grand bonheur des fans assidus du genre, ils ne seront pas prêt d’oublier cette fin paroxystique, un modèle du genre qui invoque et interpelle, j’apprécie aussi cette conclusion dont je vous laisse apprécier la teneur, près de 450 pages de lecture, cela méritait bien d’en arrivé là …

Si vous aimez avoir peur, être saisi d’épouvante et pétrifié devant la terreur, l’angoisse par tous les pores de la peau, cette frousse qui vous fait dresser les cheveux sur la tête, si vous voulez tout savoir (ou presque) sur les secrets que pourrait révéler un miroir magique, découvrir ce qui se cache derrière les âmes des morts alors il ne vous plus qu’à lire Le miroir du Damné de Jibé Leblanc et Frederic Livyns, édité chez Selma Editions. Un duo gagnant.

Une lecture indispensable et désormais incontournable. Un must du genre.

L’AVIS DE CATHIE L.

Le Miroir du Damné a été publié par les éditions Séma, maison d’édition belge, en 2017 dans la collection « Séma’Isain ». Le style est tr_s réaliste, donnant beaucoup de détails, un peu comme dans un film. On suit les déplacements des personnages comme si on les suivait avec une caméra sur l’épaule, proximité très grisante et en même temps un peu inquiétante, de quoi nous faire agréablement frissonner…

Composition du roman : sa complexité en fait tout l’intérêt. Les pièces du puzzle du passé distillées au compte-goutte, venant s’imbriquer dans les chapitres dédiés au présent => Puzzle du passé/puzzle du présent. Mais aussi l’enquête policière sur le meurtre d’Alain imbriquée dans l’histoire de Kalvyn, de son retour dans son village natal, le ramenant dans son passé :

« Les odeurs familières, que la météo exacerbait, le ramenèrent près de quinze ans en arrière. La senteur des vignobles, du raisin qui mûrissait sur pied, celle des pins des collines, celle de la roche chauffée à blanc, la fragrance du pays, les effluves de l’insouciance et du bonheur. Il se revit courir à travers les champs avec son petit frère. Un court instant, il l’entendit rire. » (Page 61).

Les allusions à une ancienne affaire entretiennent le mystère, l’envie de répondre à cette question: mais que s’est-il passé dans ce village de suffisamment traumatisant pour que les gens n’osent en parler à voix haute :

 » Il y avait longtemps, souffla Charles. Je ne pensais pas revivre ça de mon vivant. Brimac baissa la tête, troublé, et le mouvement fit tressaillir le vieux docteur, qui s’éclaircit aussitôt la voix et déclara : — Heu, je ne voulais pas dire ça. Je ne voulais pas ressasser ça. Ne t’inquiète pas, il s’agit d’un acte isolé, il n’y a pas de série. » (Page 65).

Le surnaturel

L’ennemi à abattre, dans Le Miroir du Damné, n’est pas celui que l’on croit. Ni un homme, ni une femme, mais un démon qui se repaît des ondes négatives engendrées par des sentiments négatifs tels que la peur, la colère, la convoitise, la rancœur. Tel est le défi que devront relever les enquêteurs, habitués à évoluer dans un environnement terre à terre, presque manichéen: les gentils à la poursuite des méchants. Sauf que le méchant n’est pas une créature terrestre. « Kalvyn s’affala lourdement dans le canapé, les mains sur le visage. Il devenait fou. Cette histoire le happait hors de la réalité (…) Lorsqu’il ôta les mains de son visage, il n’était plus seul dans la pièce. » (Page 294).

Plusieurs jours se passeront avant que Fabre et Courtas le comprennent, malgré les avertissements reçus :

 » Il y a quelque chose à Tarsac. Lié à ce village. À son histoire. Et peut-être même à ta famille. Quelque chose de puissant et maléfique. Vous vivez avec depuis toujours, sans le savoir peut-être. Du moins, je l’espère. Et ça va te consumer si tu restes là-bas. Ça va emporter tout Tarsac. « (Page 242).

« On ne peut pas intercéder avec les forces et les énergies de l’invisible sans créer le danger. Sans payer le prix. » (Page 402).

L’intrigue

La vieille Lucy est terrassée par une crise cardiaque.
Alain se fait mortellement agressé. Son corps est retrouvé avec la tête broyée.
Clément Brimac meurt d’une crise cardiaque.

=> Trois morts en moins de 24 heures… Mais que se passe-t-il à Tarsac, petit village tranquille situé au cœur du massif des Maures? Auraient-elle un lien avec une ancienne affaire qui a secoué les villageois douze ans auparavant ?

Martin Fabre, chef de la police municipale, incapable de gérer la crise, fait appel à la PJ de Toulon qui lui envoie le lieutenant Gérald Courtas. Sur les dents à cause des récents attentats, Courtas devra se débrouiller seul avec l’aide de la succincte équipe de Fabre.

Kalvyn, fils de Clément, revient au village enterrer son père après huit ans d’absence. Il se rend au funérarium afin de rendre un dernier hommage au défunt. Mais, contrairement à l’usage, le cercueil est-il déjà scellé ? Les questions et les doutes commencent à assaillir le jeune homme. Son père est-il vraiment mort d’une crise cardiaque? Décidément, il se passe des choses curieuses à Tarsac…

L’originalité de Le Miroir du Damné

L’enquête menée conjointement par la police locale et par la Pj, confrontant deux personnalités, deux méthodes, deux mondes opposés. Pourtant, le lieutenant Courtas, de la PJ de Toulon, a autant besoin de Fabre, qui connaît le village par cœur, notamment sa situation particulière :

 » À ce propos, Monsieur le procureur, je voudrais soulever un non-sens. Je veux parler de la situation de ce village et de sa carence en OPJ. Comment estce possible ? Il n’y a que des municipaux, ici ! Le premier commissariat ou la première caserne de gendarmerie est à trente minutes en voiture. La scène de crime a été découverte vers sept heures ce matin. Vous avez vu l’heure qu’il est ? Ce n’est pas possible. » (Page 32)

…que Fabre de Courtas, plus expérimenté dans la conduite d’enquêtes criminelles. » Tony, un de ses subalternes, l’avait appelé il y avait moins de vingt minutes. La panique avait fait monter sa voix dans les aigus, et ses propos étaient légèrement décousus, mais Martin avait compris l’essentiel : il avait trouvé un corps sans vie dans le tunnel du mémorial lors de sa ronde. Fabre avait alors prévenu un autre de ses subordonnés de se rendre sur place afin de sécuriser la zone. Ensuite, et malgré le fait que Tony lui avait assuré que ça ne servirait à rien, il avait appelé les pompiers. Les secours mettraient plus de trente minutes à arriver, étant donné qu’ils venaient de Pierrefeu-du-Var, en haut de la crête, après des kilomètres de vignobles. » (Page 23).

Les lieux

L’intrigue se déroule pratiquement en huis-clos dans un village perdu dans le massif des Maures, petite chaîne de montagnes située dans le département du Var. La configuration de Tarsac constitue un élément majeur du récit ; il est donc très important de bien comprendre la disposition des lieux: enclavé au fond d’un chaînon de vallons rocailleux, l’été y est très chaud, étouffant, parfois pénible. Le village est coupé en deux parties séparées par un tunnel dont l’arcade présente des pierres disjointes. Comptant seulement environ 400 habitants, il est très étendu, encerclé par des vignobles et des exploitations agricoles.

Le village : « Le village n’avait pas changé. Le hameau avait toujours donné l’impression d’être hors du temps. À l’opposé des grandes villes trépidantes, la vie en ce lieu s’écoulait paisiblement. Cependant, il avait oublié une particularité : les trottoirs n’existaient pas, ici. Le seuil de porte des maisons donnait directement sur la route. C’était un peu déstabilisant, mais la circulation au cœur du village avoisinait le zéro absolu en cette période de l’année. » (Page 61)… « Le poste de police était attenant à une mairie à l’aspect plus proche de la maison de maître que d’un édifice public. Il était érigé sur une place à peine ombragée par deux chênes placés autour d‘une fontaine en pierre. » (Page 47). Les ruelles se ressemblent toutes, rendant compliquée la circulation pour les étrangers, ce qui a le don de rendre fou le lieutenant Courtas.

Entre roman policier et roman fantastique, l’ambiance dans laquelle se déroule l’histoire fait partie des composantes incontournables du récit. Dans Le Miroir du Damné, les auteurs l’ont tellement bien soignée que l’appréhension, la pression qui pèsent sur les personnages s’écoulent des lignes pour s’infiltrer dans les moindres recoins de notre esprit, créant une tension dramatique parfois à la limite du soutenable. « À un embranchement, il hésita. Avec les volets fermés, les maisons se ressemblaient toutes. L’air suffocant pénétrait par les vitres baissées de la voiture. Gérald gardait la bouche ouverte pour respirer. Il n’y avait aucun habitant dans la rue. Il n’avait rencontré personne depuis son départ de chez les Fabiani. Tous se terraient dans cette cuvette de l’enfer. Se cachaient-ils de l’assassin ou de la chaleur ? Se craignaient-ils entre eux ou se méfiaient-ils seulement de lui. » (Page 48)

Au fur et à mesure que le récit progresse vers son inéluctable conclusion, les nuages noirs s’amoncellent dans un ciel jusqu’à présent d’un bleu lumineux, annonciateurs d’un orage aussi violent que les événements qui secouent le petit village, dans une symbolique certes largement utilisée mais redoutablement efficace. Le lecteur, transi d’angoisse, tourne les pages fébrilement…

Le Miroir du Damné est un véritable phénomène dans le monde du polar : un roman policier flirtant avec le fantastique !! J’entends déjà les commentaires : quoi ?? C’est quoi cette histoire à dormir debout ? On ne peut pas mener une enquête criminelle en pourchassant non des tueurs en chair et en os mais un démon… Et bien si, on peut !! La preuve en est cet excellent roman confrontant les deux univers dans une harmonie parfaite, sans fausse note ni décalage.

A différents moments du roman, les deux auteurs s’entendent à manipuler leur lecteur, à instiller le doute dans son esprit, par exemple en lui faisant se poser la question cruciale: Fabre serait-il prêt à tout pour sauver son village, même l’impensable de la part d’un policier municipal ?

Le contraste entre le monde moderne et Tarsac, figé dans un immobilisme issu des siècles passés, est particulièrement bien mis en scène, créant une atmosphère pesante, délétère : « Courtas s’appuya contre les fenêtres. Il se sentait piégé, manipulé. Coincé dans une spirale dont il ne pourrait pas sortir. Lucy devinait ce qu’il se passait dans la tête de cet homme. Son monde pragmatique, rationnel au possible, baignant dans la culture de la preuve, venait de se heurter à une réalité nouvelle, impalpable, inconcevable : celui de la peur et des croyances ancestrales. C’était un véritable choc pour lui. » (Pages 408-409).

 

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