Interview de l’auteur Cyril HERRY

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Rencontre avec l’auteur Cyril HERRY à l’occasion de la sortie de son roman Scalp, en février 2018, aux éditions Seuil.

Cyril HerryJérôme PEUGNEZ : Bonjour Cyril HERRY, pouvez-vous me décrire en quelques mots votre parcours ?

Cyril HERRY : Je suis né à Limoges en 1970 et je vis actuellement dans un village situé non loin de cette ville, entouré de forêts et de champs. Jusqu’à l’âge de 17 ans, je voulais être dessinateur de bande dessinée, mais, aux arts décos, la découverte de la photo a modifié cette perspective. J’écrivais déjà ; des histoires courtes, puis de moins en moins courtes. Les mots et l’image ont été très tôt mes alliés dans la vie.

JP: Comment vous est venu l’envie d’écrire ? A quelle période ?

CH : Je me suis toujours inventé des histoires. Je suppose que le fait d’être ce que j’étais ne me suffisait pas, ou alors la réalité me décevait déjà ? C’est loin tout ça… Ce sont sans doute mes premières lectures qui m’ont donné envie d’écrire. Non seulement je pouvais m’imaginer des aventures quand je jouais chez moi ou dans la nature, mais en plus je pouvais en raconter avec un stylo sur des feuilles de papier. L’âge que j’avais, je ne sais plus. Je me souviens seulement avoir relié un jour un gros paquet de feuilles, collées entre elles, ou agrafées, et les avoir dotées d’une couverture cartonnée sur laquelle j’ai inscrit un titre et fait un dessin, avant même d’écrire l’histoire. Ça ressemblait à un livre.

JP: Quelles étaient vos lectures de votre enfance ?

CH : Malataverne, de Bernard Clavel, est le premier roman qui m’a marqué. C’est une professeur au collège qui nous l’avait fait lire. Il se déroule en milieu rural et il est question de trois adolescents qui transgressent des lois morales et se retrouvent rapidement confrontés à la notion de responsabilité. Par la suite, j’ai découvert les Contes Fantastiques de Maupassant, les Histoires Extraordinaires de Poe, et le chef d’œuvre de Daniel Defoe : Robinson Crusoé. Je n’étais déjà plus un enfant, et je ne sais pas combien d’ébauches de cabanes j’ai construit en m’imaginant que j’étais Robinson.

JP: Quel est votre ‘modus operandi’ d’écriture ? (Votre rythme de travail ? Connaissez-vous déjà la fin du livre au départ ou laissez-vous évoluer vos personnages ?)

CH : J’aime écrire le matin très tôt, quand il fait encore nuit, que l’on soit en hiver ou en été. J’ai les idées claires. Il m’arrive aussi de ne pas parvenir à m’endormir et de me relever à deux ou trois heures du matin pour rallumer mon ordinateur, et d’écrire jusqu’à ce que mes yeux se ferment tout seuls. Il n’y a pas de règles, j’écoute mes envies. Il y a des jours où je vais écrire cinq pages, et d’autres cinq lignes. Lorsque je travaille sur un roman, c’est lui qui décide quand je dois écrire – et quand je ne dois pas. Se forcer à écrire quand l’esprit n’y est pas, c’est néfaste. S’imposer des horaires est inconcevable selon moi.

Il m’est arrivé de commencer à écrire des romans sans savoir où j’allais, parce que j’avais les lieux, parce que je tenais les personnages, parce que je savais de quoi je voulais parler, mais sans connaître la fin. Je me suis souvent cassé la figure de cette façon. Je me suis retrouvé avec des manuscrits bancals, des histoires en zigzag, des personnages indécis, voire inutiles. Une quinzaine de romans reposent ainsi dans mon disque dur. Personne ne les a jamais lus, car je n’en suis pas satisfait. Je ne fais partie de ces auteurs qui estiment que tout ce qu’ils écrivent est digne d’être édité. Les erreurs font progresser, et mieux vaut savoir où l’on veut en venir quand on commence à écrire un roman. Mieux vaut savoir où l’on va au juste, car le lecteur n’est pas dans votre tête. Il n’est pas dupe non plus ; il a envie de lire un roman construit, organisé, qui tient debout. Le squelette humain possède 206 os ; il ne tiendrait pas le choc avec 180, et il aurait une drôle d’allure avec 230.

JP: Quelle est la genèse de votre dernier roman « Scalp » ?

Cyril HERRY - Scalp
Scalp

CH : Il y a deux cœurs dans Scalp. Le premier tourne autour de cet enfant qui s’appelle Hans, qui vient d’apprendre que l’homme qu’il appelle « papa » depuis qu’il est né n’est pas son vrai père. Sa quête débute lorsque sa mère décide de l’emmener dans l’endroit où son véritable père a choisi de vivre. C’est le premier cœur : la quête du père.

Le deuxième vise une sphère plus sociale : un homme décide de vivre à l’écart de tout, en pleine nature, dans une yourte qu’il installe au bord d’un étang. Son mode de vie dérange rapidement les habitants des environs. On le regarde comme un étranger, un parasite. On ne veut pas de lui ici et tout est mis en œuvre pour l’inciter à s’en aller. Il s’agit donc du père de Hans.

Scalp est l’histoire d’un enfant de 9 ans dont l’imaginaire entre en collision violente avec le monde des adultes et avec la réalité. J’ai choisi la forêt pour mettre en scène cette collision.

JP : Il y a-t-il des personnages qui existent vraiment, dont vous vous êtes inspiré ?

CH : Je travaille très souvent à partir de personnes qui existent et que je connais, que j’ai eu l’occasion d’observer, d’écouter, de côtoyer. Mais elles n’apparaissent jamais telles quelles dans mes histoires. Pour façonner un personnage, j’utilise souvent deux ou trois personnes. Je prélève des traits de l’une, puis des autres, jusqu’à ce que j’obtienne un personnage de roman, solide, en mesure de tenir un rôle. Il m’arrive cependant de ne partir que d’une seule personne pour concevoir un personnage. Je cueille des choses en elle et je les mélange à des créations de l’esprit afin que l’ensemble colle au roman. C’est de l’alchimie intime et intuitive.

JP : Le parcours a t-il été long et difficile entre l’écriture de votre livre et sa parution ?

CH : Long, oui. Il y a eu trois versions de Scalp, étalées sur trois ans. La première offrait beaucoup trop de digressions, je l’ai abandonnée avant la fin. La deuxième, achevée, était trop dense, mais elle m’a permis d’envisager la troisième.

Difficile, oui, car écrire est un travail. Réécrire également. Élaguer, décaper, supprimer des chapitres entiers, prendre du recul (ou tenter), perdre patience, désespérer, revenir à la charge… C’est ici que le regard de l’éditeur est extrêmement précieux, car l’auteur, au bout d’un moment, a le nez dans le guidon. Il n’y voit plus rien, il est paumé dans un tunnel. Il connaît son manuscrit par cœur et il en rêve la nuit. L’éditeur (l’éditrice en l’occurrence) dispose d’un regard neuf sur le travail effectué. Elle possède une distance que l’auteur n’a plus depuis longtemps. Elle est en mesure de disséquer le manuscrit de façon beaucoup plus objective et pertinente que l’auteur. Pertinente et radicale. Gwenaëlle Denoyers ne m’a rien épargné ; elle a usé au moins deux feutres jaunes et trois rouges.

A mes yeux, l’auteur est la personne la plus mal placée pour dire si son roman est terminé, s’il tient la route, s’il vaut la peine ou non d’être lu par autrui.

JP : Avez-vous reçu des remarques surprenantes, marquantes de la part de lecteurs, à propos de vos romans ?

CH : Un jour, sur un blog, une lectrice m’a écrit qu’il fallait savoir apprendre à en finir avec le passé. J’ai longtemps médité sur cette phrase. Je ne lui ai jamais répondu. Sans passé, nous sommes des êtres vides, ou amnésiques – ou des individus qui se mentent à eux-mêmes.

JP : Avez vous d’autres passions en dehors de l’écriture (musique, peinture, cinéma…) A part votre métier, votre carrière d’écrivain, avez-vous une autre facette cachée ?

CH : L’écriture n’est pas une passion pour moi, mais une nécessité. Et le mot « carrière » a tendance à me donner des boutons.

Outre la photographie, je vadrouille beaucoup dans la nature. C’est une autre nécessité. La nature, qu’il s’agisse d’une forêt, d’un chemin tracé au milieu des champs, des abords d’un étang ou d’un ruisseau, est une précieuse conseillère. Je m’y rends au quotidien, dans la mesure du possible.

En parallèle de mes romans, j’anime des ateliers d’écriture en milieu scolaire, avec des classes qui vont du CP à la seconde. Le fait de transmettre m’importe beaucoup. Tenter de créer des déclics, de déclencher des envies. Échanger avec des jeunes en pleine phase d’apprentissage.

Je fus aussi éditeur. J’ai tout d’abord créé les éditions Ecorce, en 2009. Une expérience passionnante qui a permis de mettre en lumière différents auteurs : Éric Maneval, Séverine Chevalier, Patrick K. Dewdney, Franck Bouysse… Par la suite, dans un enchaînement logique, j’ai dirigé la collection Territori, à la Manufacture de Livres. J’ai récemment interrompue cette activité éditoriale et clôturé la collection Territori avec le roman Les Mauvaises, de Séverine Chevalier, sorti en février 2018.

JP : Quels sont vos projets ?

CH : Je suis en train d’écrire un nouveau roman, qui me pose beaucoup de problèmes. Le sujet est très délicat. Je prends mon temps. J’envisage également d’écrire un roman pour adolescents. Et étant donné que chaque année je construis une nouvelle cabane dans la forêt, je suis en train de réfléchir à la prochaine, à son emplacement et à la forme qu’elle aura.

JP : Quels sont vos coups de cœur littéraires ?

CH : En dernier lieu, je dirais Ermites dans la taïga, de Vassili Peskov, et Récits de la cabane abandonnée, de Grey Owl. Courant 2017, en plein été par ailleurs, je citerai deux chocs : ma lecture du roman Les Saisons, de Maurice Pons, et celle du manuscrit de Séverine Chevalier, Les Mauvaises, que je suis très fier d’avoir édité.

JP : Une bande son pour lire en toute sérénité votre roman ? A moins que le silence suffise ?

CH : A chaque lecteur de voir… Mais pourquoi pas Tabula Rasa, d’Arvo Pärt, ou certaines pièces sonores réalisées par Alio Die, un projet italien tout entier dédié à la nature.

JP : Avez-vous un site internet, blog, réseaux sociaux où vos lecteurs peuvent vous laisser des messages ?

CH : J’ai un compte Facebook.

JP : Merci Cyril HERRY d’avoir pris le temps de répondre à mes questions.

CH : Merci à vous.

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